Au premier trimestre 2026, le groupe pétrolier français affiche un bénéfice de 5,8 milliards d’euros, en hausse de 51 % sur un an, tandis que le détroit d’Ormuz est en grande partie bloqué. Greenpeace dénonce des profits de guerre et réclame une taxation permanente des multinationales du secteur.
La fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, n’a nullement entamé la capacité de TotalEnergies à produire des résultats financiers exceptionnels. Au premier trimestre 2026, le géant pétrolier français a engrangé 5,8 milliards d’euros de bénéfices, soit une progression de 51 % par rapport au premier trimestre 2025, exercice déjà considéré comme une référence. Dans le même temps, l’envolée du cours de Bourse a généré un enrichissement massif des actionnaires, estimé à 55,4 milliards d’euros, dont près de 15 millions pour Patrick Pouyanné, le président-directeur général du groupe.
Une mécanique financière devenue familière
La flambée des bénéfices intervient alors que les prix à la pompe pèsent lourdement sur les ménages français et européens. Pour Sarah Roussel, chargée de campagne Énergies fossiles à Greenpeace France, le parallèle avec 2022 est frappant. « Le schéma est bien connu : comme au début de la guerre en Ukraine, TotalEnergies profite de l’envolée des prix du pétrole liée à l’instabilité géopolitique pour maximiser ses bénéfices. Derrière ces résultats records se cachent des profits de guerre indécents, qui atterrissent en grande partie dans la poche de ses actionnaires, alors que des millions de personnes voient leur facture énergétique exploser. Il est urgent que le gouvernement français prenne ses responsabilités et mette fin à cette situation inacceptable en taxant plus fortement les profits des grandes entreprises pétrolières.«
L’organisation écologiste pointe une asymétrie grandissante : d’un côté, des multinationales qui capitalisent sur chaque tension géopolitique pour doper leurs marges ; de l’autre, des citoyens exposés à une volatilité des prix sur laquelle ils n’ont aucune prise.
Une fiscalité repensée, de Paris à New York
Face au constat dressé, Greenpeace France appelle le gouvernement à instaurer des taxes permanentes supplémentaires sur l’ensemble des profits réalisés par les entreprises pétrolières et gazières. Une position qui trouve un écho auprès de plusieurs États membres de l’Union européenne, déjà engagés dans des réflexions similaires.
Mais la réponse ne saurait être uniquement nationale. L’ONG voit dans la Convention fiscale des Nations unies, actuellement en négociation à New York, un levier potentiel pour changer les règles du jeu. L’objectif affiché : instaurer une taxation internationale des profits mondiaux des multinationales les plus polluantes, là où elles créent de la valeur, et non plus là où elles optimisent leur fiscalité.
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« Alors que les géants des énergies fossiles accumulent des milliards, pendant que des millions de ménages ont du mal à faire face à la hausse de leur facture énergétique, il est inacceptable que les États tardent à agir« , insiste Sarah Roussel. « Des taxes supplémentaires sur les profits des multinationales polluantes permettraient de financer la réduction de la facture d’énergie des ménages les plus précaires, d’accélérer l’indépendance énergétique européenne, en investissant dans la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, tout en soutenant les populations les plus vulnérables.«
Santa Marta, laboratoire d’une sortie des fossiles
Au-delà de la question fiscale, les bénéfices records remettent en lumière la dépendance dangereuse des économies aux énergies fossiles, qui expose les populations aux aléas géopolitiques et à la volatilité des cours. La Conférence de Santa Marta, qui se tient actuellement en Colombie, tente précisément de négocier une sortie juste, ordonnée et financée du pétrole, du gaz et du charbon.
Greenpeace France exhorte les États participants, et en particulier la France, à traduire leurs engagements en mesures concrètes. Une sortie rapide des énergies fossiles, argue l’organisation, constituerait le meilleur rempart contre le retour cyclique des épisodes où les drames humains nourrissent les dividendes.
* Une analyse d’Eurodad et de la Global Alliance for Tax Justice montre qu’une surtaxe de 20 % sur les profits des 100 plus grandes entreprises du secteur depuis l’accord de Paris aurait permis de lever plus de 1000 milliards de dollars


















