Oublier ses lunettes de lecture pourrait bientôt devenir un geste quotidien. La Food and Drug Administration (Administration des aliments et des médicaments) (FDA) américaine vient d’approuver Vizz, un collyre à base d’aceclidine capable de restaurer la vision de près jusqu’à dix heures d’affilée. Saluée comme « une rupture » par les spécialistes, l’innovation repose sur un mécanisme simple : rétrécir momentanément la pupille pour créer un effet « sténopé ». Maintenant, reste à savoir si cette solution tiendra toutes ses promesses hors des essais cliniques.
Près d’un adulte sur deux de plus de 45 ans souffre de presbytie, avec un défaut d’accommodation lié au vieillissement du cristallin. Faute de traitement curatif, la prise en charge repose sur des lunettes, sur des lentilles multifocales ou, plus rarement, sur une chirurgie du cristallin. L’arrivée en 2021 de Vuity, premier collyre à base de pilocarpine, a ouvert la voie à une alternative médicamenteuse. Mais ses effets ne dépassaient guère six heures et s’accompagnaient parfois de céphalées ou de vision voilée. On comprend bien alors que l’homologation de Vizz, présentée comme « la seule myotique sélective de la pupille », suscite des attentes fortes.
L’aceclidine : une contraction de l’iris sans flou lointain
Contrairement à la pilocarpine qui contracte également le muscle ciliaire, l’aceclidine cible presque exclusivement l’iris. En réduisant le diamètre pupillaire, elle augmente la profondeur de champ ; l’image de près se forme plus nettement sur la rétine sans altérer la vision de loin. Dans deux essais pivots de phase 3 (CLARITY 1 avec 2466 participants), 82% des patients ont gagné au moins trois lignes d’acuité en vision de près dès la première demi-heure, bénéfice maintenu jusqu’à dix heures. Aucune complication grave n’aurait été signalée après plus de 30 000 journées de traitement cumulé.
Tolérance et limites : ce que révèlent les données
Les effets indésirables rapportés resteraient mineurs : picotements à l’instillation, légère baisse de luminosité et maux de tête transitoires, survenant chez moins d’un quart des sujets. Toutefois, faute de recul supérieur à six mois, l’impact d’un resserrement pupillaire quotidien sur la vision nocturne ou la fatigue oculaire demeure incertain. En effet, l’absence de flou lointain est rassurante, mais la prudence s’impose tant que des publications indépendantes ne confirment pas ces résultats.
Lenz Therapeutics prévoit un lancement aux États-Unis au quatrième trimestre 2025, avec une demande d’extension en Europe dans la foulée. Reste la question du coût : ni le prix ni la prise en charge par les systèmes de santé n’ont encore été précisés. Des sources évoquent le prix de 70 euros pour un flacon d’un mois. Les ophtalmologistes soulignent d’ores et déjà que ces gouttes ne remplaceront pas totalement les lunettes : elles offrent une plage de vision rapprochée confortable, mais ne corrigent pas l’astigmatisme ni la presbytie avancée.
Si l’efficacité de Wizz se confirme et que son prix se révèle abordable, la goutte quotidienne pourrait devenir aussi courante que la lecture du matin. À plus long terme, la concurrence d’autres molécules, le brimochol ou les associations pilocarpine-diclofénac déjà en phase 3, pourrait encore élargir l’arsenal thérapeutique. Le défi reste néanmoins le même : améliorer la vie quotidienne sans sacrifier la sécurité oculaire.
Source : Lenz Therapeutics