L’arrivée du NextGen Acela sur le corridor ferroviaire Nord-Est marque un tournant pour la mobilité américaine : à 260 km/h, ces rames deviennent les plus rapides des États-Unis et symbolisent l’irruption de la grande vitesse « made in France » outre-Atlantique. Assemblées à Hornell, dans l’État de New York, elles embarquent 95% de composants locaux, soutenant une chaîne d’approvisionnement qui irrigue 29 États. En offrant 27% de places supplémentaires et une consommation énergétique optimisée, le convoi signé Alstom entend réconcilier performance, souveraineté industrielle et transition écologique.
« Les trains Acela NextGen sont les premiers trains à grande vitesse construits en Amérique. L’équipe d’Alstom a apporté aux États-Unis près de cinq décennies d’expérience mondiale dans le domaine de la grande vitesse ferroviaire afin de livrer les trains les plus rapides et les plus avancés technologiquement du pays », a indiqué Henri Poupart-Lafarge, Directeur Général d’Alstom
Les États-Unis n’avaient pas vu leur record de vitesse ferroviaire bouger depuis la mise en circulation de la première génération d’Acela au tournant des années 2000. Le NextGen Acela bouleverse cette inertie : grâce à la plate-forme Avelia Liberty, héritée du savoir-faire TGV, il franchit la barre des 260 km/h, tirant parti du système d’inclinaison active Tiltronix. Cette dernière autorise des courbes prises 30% plus vite sans sacrifier le confort, un atout décisif sur un tracé sinueux reliant Washington à Boston via New York.
Une renaissance industrielle « made in USA»
L’effet d’annonce dépasse la seule performance : Alstom revendique 180 fournisseurs dans 29 États et 15 000 emplois induits par le programme. L’usine de Hornell, modernisée à hauteur de 87 millions de dollars, assemble les 28 rames, chacune constituée à 95% de pièces d’origine américaine. Ce choix répond aux exigences fédérales de contenus locaux tout en réamorçant une filière jadis moribonde, du bogie forgé en Pennsylvanie à l’électronique de contrôle issue du Midwest.
Alstom confirme par ailleurs que des sites français, italiens et indiens ont également été mis à contribution pour la conception et la fabrication de ces rames Avelia Liberty :
- Belfort, pour les motrices ;
- La Rochelle, pour la conception du train (prenant le relais de Saint-Ouen) ainsi que pour les systèmes de contrôle et de gestion des trains (TCMS) et pour la modélisation numérique du train ;
- Le Creusot, pour les bogies ;
- Saint-Ouen, pour le design et la conception du train (avant de passer le relais de la conception à La Rochelle) ;
- Tarbes, pour les chaînes de traction ;
- Valenciennes, pour les intériorismes ;
- Villeurbanne, pour les systèmes d’information passagers et l’électronique embarquée ;
- Savigliano, pour la conception, la fabrication et la peinture des chaudrons, la technologie pendulaire et le système de surveillance des bogies ;
- Sesto San Giovanni, pour l’électronique de pendulation ; et
- Bangalore, pour le logiciel TCMS.
À bord, la rupture est palpable : baies vitrées élargies, éclairage LED adaptatif, Wi-Fi haut débit, prises USB et fauteuils ergonomiques à appuie-têtes profilés. La capacité grimpe de 27%, permettant à Amtrak d’augmenter de 40% la fréquence sur le corridor. Sous la carrosserie, l’allégement des caisses, le freinage régénératif et une chaîne de traction à haut rendement offrent un cocktail d’efficacité énergétique inédit pour un train américain de cette catégorie.
Alstom ne se contente pas de livrer les rames. En effet, un contrat de maintenance de 15 ans, renouvelable, prévoit la fourniture de pièces en moins de huit heures et l’analyse prédictive de centaines de capteurs embarqués. L’objectif sera de maximiser la disponibilité tout en lissant les coûts de cycle de vie pour Amtrak, qui peine encore à concilier impératifs budgétaires et ambitions de modernisation.
Une locomotive politique et climatique
Au-delà de l’innovation technique, le NextGen Acela sert d’étendard à l’administration fédérale, déterminée à verdir les transports et à relocaliser la production stratégique. Dans un pays dominé par l’avion et la voiture, porter la grande vitesse à l’échelle régionale pourrait à terme redessiner la carte des déplacements et stimuler une réduction des émissions sur le corridor le plus fréquenté d’Amérique du Nord.
Avec ces rames flambant neuves, Amtrak et Alstom posent la première pierre d’une éventuelle renaissance ferroviaire américaine. Si la greffe de la grande vitesse prend sur le Nord-Est, d’autres corridors (Californie, Texas ou Midwest) pourraient emboîter le pas et enclencher un cercle vertueux d’investissements.
Source : CP / Alstom