Les rides sont omniprésentes dans la nature. Elles façonnent la surface des feuilles, des ailes d’insectes, et même les minuscules structures en forme de doigts qui tapissent l’intestin humain. Ces motifs ne sont pas seulement décoratifs. Ils contrôlent la manière dont les surfaces interagissent avec la lumière, les liquides et les cellules vivantes. Cependant, reproduire de telles textures complexes en laboratoire, en particulier en trois dimensions et à l’échelle micro et nanométrique, représente un défi de longue date pour les scientifiques.
Dans l’International Journal of Extreme Manufacturing, des chercheurs de l’Institut technique de physique et de chimie de l’Académie chinoise des sciences rapportent désormais une méthode pour construire de telles surfaces de manière ascendante. En combinant l’écriture laser ultrarapide avec un processus naturel de formation de motifs connu sous le nom d’auto-organisation de Turing, les chercheurs ont développé une méthode pour « programmer » des nanorides 3D à l’intérieur de matériaux mous.
Au cœur de cette approche se trouve l’écriture directe par laser femtoseconde, qui utilise des impulsions laser extrêmement courtes pour solidifier les matériaux avec une très haute précision spatiale. À cela, les chercheurs ont ajouté un mécanisme de réaction-diffusion, d’abord proposé par le mathématicien Alan Turing, dans lequel des interactions chimiques simples génèrent spontanément des motifs ordonnés. Lorsque la polymérisation induite par laser et le processus de Turing se produisent ensemble, des rides nanométriques émergent naturellement pendant l’écriture du matériau.
« Au lieu de graver des motifs sur une surface, nous laissons le matériau s’organiser lui-même tout en le guidant avec la lumière », indique la professeure Mei-Ling Zheng, auteure correspondante de l’étude. « Cela nous donne à la fois la liberté de l’auto-organisation et la précision de la fabrication laser. »
Une innovation clé est l’utilisation de la polarisation laser pour contrôler le résultat. En changeant la direction de polarisation, l’équipe peut décider comment les rides se développent. Dans certains cas, les rides s’alignaient en crêtes ordonnées à l’échelle nanométrique ; dans d’autres, elles se sont développées en motifs verticaux en forme de piliers. La taille, l’orientation et l’espacement de ces structures pouvaient être bien ajustés en modifiant les paramètres du laser.
Pour comprendre et prédire quand ces motifs apparaîtraient, les scientifiques ont également développé un modèle théorique accessible qui relie les réglages laser à la formation des rides. En utilisant un hydrogel à base d’acide hyaluronique méthacrylé, un matériau couramment utilisé dans la recherche biomédicale, ils ont montré comment et quand ces motifs émergent, transformant un processus autrefois mystérieux en un outil de fabrication contrôlable.
Avec ce niveau de précision, l’équipe a recréé plusieurs surfaces naturelles emblématiques. Ils ont produit des motifs d’œil de papillon connus pour réduire la réflexion, des répliques d’ailes de cigale avec leurs textures distinctives, et des structures ressemblant aux microvillosités intestinales, qui augmentent considérablement la surface dans le corps humain. Ces exemples soulignent comment la méthode peut traduire l’inspiration biologique en matériaux conçus.
L’équipe a également démontré une application pratique dans la détection chimique. En recouvrant les surfaces nanoridées d’une fine couche d’argent, ils ont produit des substrats pour la diffusion Raman exaltée de surface capables de détecter des quantités extrêmement faibles d’une molécule test. Les capteurs ont identifié des signaux à des concentrations aussi basses qu’une partie par milliard.
« Les nanorides ordonnées font deux choses à la fois », explique la professeure Zheng. « Elles aident à capturer les molécules à la surface et, en même temps, améliorent le signal optique. C’est cette combinaison qui conduit à une sensibilité aussi élevée. »
Jusqu’à présent, la méthode fonctionne mieux avec des matériaux mous portant des charges de surface, comme les hydrogels. L’étendre à d’autres matériaux organiques et inorganiques, et améliorer la résistance mécanique des structures formées à de faibles concentrations de matériau, sont des objectifs importants pour les recherches futures.
En mêlant la précision laser aux règles naturelles de formation de motifs, cette recherche ouvre de nouvelles possibilités pour les surfaces bio-inspirées, les capteurs ultra-sensibles et les matériaux conçus pour interagir intelligemment avec les cellules et la lumière. Elle suggère un avenir où des structures nanométriques complexes pourraient être écrites aussi facilement qu’un motif de lumière, tout en portant la sophistication du monde naturel.
Article : 3D Turing nanowrinkles via anisotropic photopolymerization – Journal : International Journal of Extreme Manufacturing – DOI : Lien vers l’étude
Source : IJEM






















