Le constructeur automobile français Renault s’engage dans la production de drones de combat en partenariat avec la PME Turgis Gaillard. Le projet, baptisé « Chorus » et soutenu par un contrat potentiel d’un milliard d’euros avec l’État, viserait à produire en série des munitions téléopérées. Les informations ont été révélées dans un premier temps par l’Usine Nouvelle puis confirmées par Renault lundi soir à l’AFP. Cela marquerait une étape clé dans la reconversion de sites industriels civils vers la défense.
Un partenariat stratégique pour la souveraineté industrielle
Renault a donc officialisé un partenariat avec la PME toulousaine Turgis Gaillard, spécialiste des drones depuis quinze ans, pour fabriquer des drones militaires de type « munition téléopérée à longue portée« . Ce projet, nommé « Chorus », serait mené sous contrat avec la Direction Générale de l’Armement (DGA). L’objectif serait de créer une filière française complète de conception et de production de ces engins, en s’appuyant sur l’expertise industrielle du constructeur automobile.
La production ne se ferait pas dans de nouvelles unités dédiées, mais au sein de sites Renault existants comme l’usine du Mans. Pour Renault, il s’agirait aussi de sécuriser l’activité et l’emploi sur des sites historiques. Dans tous les cas, l’initiative arrive dans un contexte géopolitique tendu où la souveraineté technologique et la capacité à produire rapidement des équipements de défense sont devenues des priorités stratégiques.
Caractéristiques, enjeux et interrogations
Les drones du projet « Chorus » sont décrits comme des engins d’environ dix mètres de long, capables d’atteindre des vitesses allant jusqu’à 400 km/h. Leur principal atout, selon les informations disponibles, serait leur coût de production, présenté comme bien inférieur à celui des missiles de croisière classiques. L’approche « low-cost » vise à permettre un usage plus large et moins restrictif sur le champ de bataille moderne, où le nombre et la capacité de renouvellement des équipements deviennent déterminants.
Le contrat qui se profile avec l’État français porterait sur un montant d’un milliard d’euros étalé sur dix ans.
Si l’annonce a été saluée par certains comme une bonne nouvelle pour l’industrie et la souveraineté nationale, elle n’a pas manqué de susciter des réactions critiques. Certaines ont pointé du doigt la « militarisation » de l’industrie automobile française, soulevant des questions éthiques sur la reconversion d’un symbole de la mobilité civile vers la production d’armes. Le sujet touche en effet à des cordes sensibles : l’avenir de l’industrie, la défense nationale, et l’identité même des grands groupes français.
Vers une nouvelle identité industrielle ?
Bien plus qu’un simple contrat de sous-traitance pour Renault, le projet « Chorus » pourrait marquer un tournant stratégique pour le groupe, lui ouvrant les portes du marché de la défense. La réussite de ce partenariat avec Turgis Gaillard et la DGA conditionnera également la capacité de la France à disposer d’une chaîne d’approvisionnement autonome en drones de combat.
Dans un paysage industriel en pleine mutation, Renault teste finalement une nouvelle voie, celle d’un constructeur hybride, à la fois acteur de la mobilité civile et de la souveraineté technologique et militaire.











