Face aux critiques parlementaires, le gouvernement a opéré un revirement de dernière minute. Alors qu’un gel était initialement prévu, le barème de l’impôt sur le revenu sera finalement revalorisé de 0,9% pour la déclaration des revenus de 2025, payable en 2026. La mesure, qui représente un coût de 2 milliards d’euros pour les finances publiques, vise à éviter que 200 000 foyers ne basculent dans l’impôt. Une décision stratégique intervenue à quelques jours de l’adoption du projet de loi de finances.
Dans un contexte budgétaire tendu, la fiscalité des ménages reste un sujet éminemment sensible. Confirmée par le cabinet de la ministre des Comptes publics, la revalorisation de 0,9% du barème de l’impôt sur le revenu pour 2026 marque un infléchissement notable de la stratégie gouvernementale. Initialement, l’exécutif avait envisagé un gel pur et simple, une option économiquement rationnelle mais politiquement périlleuse. Ce changement d’orientation, intervenu à la veille de l’adoption définitive du projet de loi de finances via l’article 49.3 de la Constitution, est perçu comme une concession destinée à apaiser l’opposition et à sécuriser le vote du budget.
L’indexation, bien que modeste, n’est pas anodine. Elle représente un effort budgétaire d’environ 2 milliards d’euros, une somme significative dans un cadre financier contraint. Surtout, elle a une portée concrète immédiate pour près de 19 millions de foyers fiscaux potentiellement imposables. Sans cette revalorisation, l’inflation aurait mécaniquement tiré vers le haut les revenus nominaux, faisant franchir le premier seuil d’imposition à environ 200 000 contribuables supplémentaires. Le gouvernement a donc choisi de protéger ce segment de la population d’une imposition nouvelle, un calcul autant social que politique.
Un nouveau barème aux effets concrets
Le nouveau barème, qui s’appliquera aux revenus perçus en 2025 et déclarés au printemps 2026, modifie les seuils des différentes tranches. Pour une personne célibataire sans enfant, le seuil d’entrée dans l’impôt passera ainsi de 11 497 € à 11 600 € de revenu annuel. En termes de revenu mensuel net, cela signifie qu’un célibataire sans enfant ne sera imposable qu’à partir d’environ 1 629 € par mois, contre un peu moins auparavant.
Les nouvelles tranches d’imposition pour 2026 se déclinent ainsi :
* Tranche à 0% : pour un revenu fiscal par part inférieur ou égal à 11 600 €.
* Tranche à 11% : pour la fraction de revenu comprise entre 11 601 € et 29 579 €.
* Tranche à 30% : pour la fraction de revenu comprise entre 29 580 € et 84 577 €.
* Tranche à 41% : pour la fraction de revenu comprise entre 84 578 € et 181 917 €.
* Tranche à 45% : pour la fraction de revenu supérieure à 181 917 €.
L’impact varie naturellement selon la composition du foyer. Pour un célibataire avec un enfant à charge, le seuil de non-imposition atteindra environ 23 391 € annuels (soit l’équivalent de 2 165 € nets mensuels). Un couple marié ou pacsé sans enfant, quant à lui, ne paiera pas d’impôt si ses revenus communs ne dépassent pas 32 866 € par an (environ 3 043 € nets mensuels pour le ménage).
Une décision à l’équilibre politique précaire
La saga de cette revalorisation montre actuellement les tensions inhérentes à l’élaboration budgétaire. En première lecture, l’Assemblée nationale avait voté une indexation à 1,1%, un taux légèrement supérieur à l’inflation anticipée. Le gouvernement, soucieux de maîtriser les dépenses, a finalement arbitré en faveur d’un taux de 0,9%, inférieur à la volonté des députés mais supérieur au gel initial.
La manœuvre intervient alors que le gouvernement a engagé sa responsabilité sur le texte du budget via le 49.3, évitant ainsi un vote parlementaire incertain. La revalorisation apparaît comme un geste pour désamorcer les critiques, notamment sur la question du pouvoir d’achat. Certains analystes soulignent que cette décision de dernière minute vise à atténuer les critiques sur le pouvoir d’achat.
Quelle horizon pour l’avenir fiscal ?
Au-delà de l’année 2026, la séquence pose la question de la méthode de revalorisation annuelle du barème. Le débat entre l’indexation automatique sur l’inflation, le gel ponctuel ou des ajustements discrétionnaires en fonction du contexte politique reste entier. La décision de 2026, prise dans l’urgence du calendrier parlementaire, ne préjuge pas des choix futurs.
Pour le contribuable, l’essentiel réside dans la prévisibilité. Si cette mesure protège à court terme de l’entrée dans une tranche supérieure due à la seule inflation, elle ne règle pas les interrogations plus structurelles sur la complexité du système fiscal ou la juste répartition de l’effort.











