L’activité des entreprises artisanales du bâtiment a reculé de 1,5 % au premier trimestre 2026, plombée par la crise au Moyen-Orient et la flambée des coûts de l’énergie. La CAPEB, par la voix de son président Jean-Christophe Repon, exhorte le gouvernement à agir sans délai après des échanges à Matignon le 27 avril dernier.
Après une année 2025 particulièrement dégradée, le secteur artisanal du bâtiment ne perçoit toujours pas les signes tangibles d’un redressement. Le premier trimestre 2026 confirme une orientation baissière : l’activité recule de 1,5 % en glissement annuel, sous l’effet combiné d’une demande atone et d’un nouveau choc exogène provoqué par l’embrasement au Moyen-Orient. La flambée des prix de l’énergie et des matériaux qui en découle place les entrepreneurs face à une équation économique de plus en plus difficile à résoudre.
Des indicateurs qui ne trompent pas
Dans le détail, la construction neuve accuse une chute de 2,5 %, tandis que l’entretien-amélioration cède 1 %. Les carnets de commandes plafonnent à 80 jours de travail, un seuil qui offre une visibilité limitée aux entreprises. Les travaux de rénovation énergétique, pourtant essentiels pour soutenir l’activité, poursuivent leur recul à -1,5 % pour le sixième trimestre consécutif.

Quelques indicateurs immobiliers laissent entrevoir une éclaircie : ventes dans l’ancien, crédits à l’habitat, autorisations et mises en chantier repartent timidement. Mais ce frémissement, encore fragile, ne se répercute pas sur le terrain. Les structures artisanales, qui représentent l’écrasante majorité du tissu productif du bâtiment, restent à l’écart de ces timides signaux positifs.
Le choc des coûts, ou la crise de trop
La résurgence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient agit comme un accélérateur de la volatilité des prix de l’énergie et des matières premières. Selon les données recueillies par la CAPEB, trois artisans sur dix déclarent déjà subir un impact important, voire très important, de la hausse des prix du pétrole. Dans 85 % des cas, les déplacements vers les chantiers sont directement affectés. Pour 44 % des répondants, la hausse se diffuse par les fournisseurs, via l’augmentation des coûts de transport et des matériaux.
Cette exposition à un choc extérieur échappe totalement à la maîtrise des entrepreneurs. Pour beaucoup, il s’agit de la crise de trop, après plusieurs années de repli. Le souvenir de la guerre en Ukraine, qui avait provoqué en 2022 une hausse moyenne des prix de 30 % suivie de deux années de récession, reste vivace dans les mémoires.
Des trésoreries sous tension et des emplois menacés
Les équilibres financiers des entreprises se détériorent à vue d’œil. Le solde d’opinion sur la trésorerie chute à -18 points. Un quart des entreprises expriment des besoins de financement, pour un montant moyen de 24 000 euros. La contraction des marges touche 19 % des structures, contre seulement 6 % qui constatent une amélioration. Dans 67 % des cas, la dégradation est directement imputable à la hausse des coûts.
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Sur le front de l’emploi, la situation n’est guère plus rassurante. Fin 2025, environ 12 200 postes ont été supprimés sur un an dans les entreprises de moins de dix salariés. Les perspectives demeurent orientées à la baisse : davantage d’entreprises envisagent de réduire leurs effectifs que d’en recruter.
Matignon, un signal à concrétiser
« Les dernières données conjoncturelles montrent que nous sommes à un point de bascule. L’activité, déjà orientée à la baisse depuis des mois, est fortement pénalisée par la réalité des coûts qui repartent fortement à la hausse. Avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, nos entreprises subissent un nouveau choc qu’elles ne peuvent plus absorber. C’est la crise de trop. Les indicateurs invitent à agir immédiatement pour éviter l’enlisement des entreprises artisanales du bâtiment dans le marasme économique et leur permettre de retrouver une activité dynamique et créatrice d’emplois. Les échanges engagés à Matignon ce lundi 27 avril sont un signal positif, mais ils doivent désormais se traduire sans délai par des mesures concrètes et efficaces. » précise Jean-Christophe Repon, Président de la CAPEB.
Pour la confédération, le constat est sans appel. Sans réponses rapides et lisibles des pouvoirs publics, le frémissement observé en ce début d’année pourrait être rapidement anéanti. Le risque, désormais identifié, est celui d’un arrêt brutal de toute perspective de redressement. Les prochaines semaines seront déterminantes pour juger de la capacité des pouvoirs publics à répondre à ce signal d’alarme par un plan d’action.
Lire la note de conjoncture complète : ici (.pdf)
Source : CAPEB


















