La société chinoise Unitree Robotics a lancé la vente directe de son robot humanoïde R1 auprès du grand public international, via la plateforme AliExpress. Proposé à partir de 6 800 dollars, l’automate d’1,20 mètre capable d’acrobaties cible les États-Unis, le Canada, le Japon et Singapour. Une offensive commerciale sans précédent sur un segment où les grands concurrents restent loin de toute distribution grand public, et qui intervient alors que Pékin accélère sa stratégie industrielle dans la robotique humanoïde.
C’est une première difficile à ignorer dans le paysage encore balbutiant de la robotique humanoïde grand public. La société chinoise Unitree Robotics a mis en vente son robot R1 sur AliExpress, la plateforme de commerce en ligne du groupe Alibaba, qui permet à quiconque disposant d’une connexion Internet d’acquérir un automate bipède directement depuis la Chine. Le modèle complet est affiché à environ 8 150 dollars, frais d’importation inclus, avec livraison gratuite vers les États-Unis. Une déclinaison allégée, le R1 AIR, s’établit autour de 6 800 dollars. Les expéditions devraient démarrer aux alentours du 30 juin, selon les informations relayées par Bloomberg Law.
Un gabarit modeste, des capacités surprenantes
Le R1 ne paie pas de mine par sa taille avec 1,20 mètre de haut pour un poids avoisinant les 29 kilogrammes. Un format contenu qui n’empêche pas Unitree de le présenter comme un « robot sportif« , capable de réaliser des roues, de dévaler des pentes en courant et de se redresser seul après une chute. La revue Wired a d’ailleurs souligné l’arrivée de cette machine « avec des capacités acrobatiques« , y voyant la manifestation d’un contrôle moteur déjà poussé.
Trois versions pour trois publics
Unitree décline son R1 en trois variantes distinctes :
- R1 AIR : 20 degrés de liberté, positionnée comme une porte d’entrée accessible, autour de 6 800 dollars.
- R1 standard : 26 degrés de liberté grâce à une articulation supplémentaire au niveau de la taille et de la tête, pour environ 8 150 dollars.
- R1 EDU : également 26 degrés de liberté, mais seule cette mouture autorise l’installation de logiciels personnalisés et donne un accès complet au kit de développement logiciel (SDK).
En Chine, où le robot a fait son apparition en 2025, le tarif débute à 29 900 yuans, soit approximativement 4 370 dollars. La différence avec le prix international révèle des droits de douane et des frais logistiques, un écart que les concurrents occidentaux n’ont tout simplement pas encore eu à gérer puisqu’aucun d’entre eux ne commercialise de robot humanoïde auprès du grand public.
Un positionnement tarifaire qui bouscule les repères
À ces niveaux de prix, Unitree se place très en deçà des rares références existantes sur le marché. Optimus, le robot humanoïde de Tesla, ne dispose toujours pas d’un tarif confirmé pour une éventuelle commercialisation, et la plateforme Atlas de Boston Dynamics demeure un objet de recherche inaccessible aux particuliers.
La firme de Hangzhou cherche-t-elle à verrouiller un segment encore vierge avant que ses rivaux américains ne s’y engouffrent ? La réponse se trouve probablement dans le calendrier. Bloomberg Law rapporte que Tesla et Boston Dynamics restent à plusieurs années d’une distribution grand public. Unitree, en ouvrant le bal, prend une longueur d’avance et familiarise le marché avec sa marque, quitte à brader temporairement ses marges.
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L’écosystème chinois en ordre de marche
Le 29 mars, une usine de Foshan, dans la province du Guangdong, fruit d’une coentreprise entre Leju Robotics et Dongfang Precision Science and Technology, a mis en service ce qui serait la première ligne de production chinoise capable de fabriquer 10 000 robots humanoïdes par an. La cadence annoncée donne le vertige : une unité toutes les trente minutes environ.Les projections du cabinet TrendForce confirment cette montée en puissance : la production chinoise de robots humanoïdes devrait bondir de 94 % en 2026, Unitree et son compatriote AgiBot devant représenter à eux deux près de 80 % des livraisons mondiales.
Parallèlement à ce déploiement commercial, Unitree continue d’envoyer des signaux techniques. Le 11 avril, une vidéo de test a montré son robot H1 atteindre une vitesse de pointe de 10 mètres par seconde, soit 36 km/h, flirtant avec le rythme des sprinters d’élite. Wang Xingxing, le PDG de l’entreprise, a déclaré que le H1 pourrait franchir la barre des 10 secondes au 100 mètres d’ici le milieu de l’année 2026. Bloomberg Law a par ailleurs ajouté que cette expansion internationale intervient avant une introduction en bourse programmée. L’équation est simple : occuper médiatiquement et commercialement le terrain avant l’IPO, démontrer aux investisseurs que Unitree n’est pas qu’un laboratoire agile mais un acteur capable d’adresser directement les consommateurs, sans intermédiaire.
Quelle réalité derrière la promesse ?
Reste une question que le battage médiatique ne saurait éluder, à savoir : à quoi sert réellement un robot humanoïde à usage domestique en 2025 ?
Les démonstrations acrobatiques impressionnent, mais ne renseignent guère sur l’utilité quotidienne de ces machines. Unitree ne communique pas, à ce stade, sur des applications concrètes comme l’assistance aux personnes âgées, la manutention domestique ou la surveillance. Le R1 semble avant tout conçu comme une plateforme de démonstration technologique et, dans sa version EDU, comme un outil pédagogique pour développeurs.
La véritable bascule vers des usages domestiques tangibles dépendra de la richesse de l’écosystème logiciel qui se greffera, ou non, autour du SDK. Or, ce type de construction communautaire prend du temps et n’offre aucune garantie. La disponibilité d’un robot humanoïde sur une plateforme grand public comme AliExpress marque néanmoins une étape. Le simple fait qu’un particulier puisse, depuis son canapé, ajouter un automate bipède à son panier aux côtés de câbles USB et de coques de smartphone constitue un signal faible mais tangible.
La robotique humanoïde sort du laboratoire et du salon professionnel pour entrer, fût-ce de manière encore balbutiante, dans le circuit de la consommation courante.


















