Des chercheurs américains de l’Université de l’Arkansas ont développé un revêtement de sulfure de zirconium de deux nanomètres qui capture l’oxygène libéré dans les batteries lithium-ion. L’innovation, publiée dans la revue Small, permet de prolonger la durée de vie des cathodes NMC811 de 200 à plus de 1 000 cycles, une avancée significative pour les véhicules électriques et l’électronique portable.
La course à l’amélioration des batteries lithium-ion vient de franchir une étape notable avec la mise au point d’un revêtement nanométrique capable de piéger l’oxygène libéré lors des cycles de charge et de décharge. Leur découverte, issue des travaux de l’Université de l’Arkansas, s’attaque directement à l’une des principales causes de dégradation des batteries modernes.
Le talon d’Achille des cathodes riches en nickel
Les cathodes NMC811, qui combinent nickel, manganèse et cobalt dans des proportions 8:1:1, représentent aujourd’hui la référence pour les véhicules électriques et l’électronique portable en raison de leur densité énergétique élevée. Cependant, leur forte teneur en nickel les rend particulièrement vulnérables à la libération d’oxygène pendant l’utilisation. Ce phénomène entraîne une cascade de problèmes : dégradation de l’électrolyte, production de gaz potentiellement dangereux et apparition de microfissures dans la structure de la cathode. Ces mécanismes combinés limitent généralement la durée de vie de ces batteries à environ 200 cycles complets avant une chute significative de leur capacité.
Un piège à oxygène de deux nanomètres
L’équipe dirigée par Xiangbo « Henry » Meng, professeur agrégé en génie mécanique, a développé une solution élégante reposant sur un revêtement de sulfure de zirconium d’une épaisseur de seulement deux nanomètres. Appliqué par dépôt de couches atomiques, la fine pellicule agit comme un piège chimique. Lorsque l’oxygène est libéré par la cathode, il réagit avec le sulfure de zirconium pour former du sulfate de zirconium, une substance stable qui constitue une barrière protectrice durable.
Le mécanisme de conversion chimique a été validé avec plusieurs autres matériaux sulfurés, notamment :
- Le sulfure de lithium
- Le sulfure d’aluminium
- Le sulfure de zinc
- Le sulfure de cuivre
Des résultats qui dépassent les attentes
Les tests réalisés par Kevin Velasquez, doctorant au Nano & Energy Lab, sur des piles boutons ont révélé des performances remarquables. Alors que les cathodes non revêtues voient leur capacité s’effondrer après environ 200 cycles, les échantillons traités ont dépassé les 1 000 cycles tout en conservant une capacité significative. Après 1 300 cycles, les batteries revêtues maintenaient encore 60 % de leur capacité initiale, soit une amélioration par cinq de leur durée de vie utile.
Meng décrit ces revêtements comme « des couches protectrices robustes, propres et antioxydantes sur les cathodes de batteries ». Leur approche présente l’avantage de ne pas modifier la chimie fondamentale de la batterie tout en adressant directement le mécanisme de dégradation.
Perspectives industrielles et propriété intellectuelle
Le projet, financé par le département américain de l’Énergie, entre maintenant dans une phase de développement appliqué. Le groupe de recherche collabore avec le laboratoire national d’Argonne pour tester ces revêtements sur différents formats de batteries, une étape cruciale avant une éventuelle industrialisation. Plusieurs grandes entreprises technologiques auraient déjà manifesté leur intérêt pour ces résultats.

La protection intellectuelle est bien avancée : Meng détient actuellement quatre brevets délivrés, quinze autres en attente et six divulgations supplémentaires, dont cinq concernent spécifiquement les revêtements aux sulfures.
Cette avancée intervient à un moment où l’industrie des batteries cherche activement des solutions pour améliorer la durabilité des systèmes de stockage d’énergie, particulièrement dans le secteur automobile où la longévité des batteries constitue un critère déterminant pour l’adoption des véhicules électriques. Si les tests à plus grande échelle confirment ces résultats prometteurs, leur technologie pourrait contribuer à réduire les coûts du cycle de vie des batteries tout en améliorant leur sécurité.
Source : Arkansas U.

















