La société israélienne ForSight Robotics a annoncé mardi avoir réalisé la première intervention de cataracte entièrement assistée par robot sur un patient humain, sans anesthésie générale. L’opération, effectuée aux Philippines par le Dr Alexey Rapoport, marque une avancée technique majeure dans un domaine où les systèmes robotiques ne prenaient jusqu’à présent en charge que certaines étapes. L’entreprise vise à combler le déficit d’accès aux soins ophtalmologiques dans les régions mal desservies.
La salle d’opération de l’Institut ophtalmologique asiatique de Manille a été le théâtre d’une intervention qui pourrait modifier durablement la pratique de la chirurgie ophtalmologique. Pour la première fois, un système robotique a pris en charge l’intégralité d’une opération de la cataracte sur un patient humain, sans recours à l’anesthésie générale. La réalisation technique, annoncée mardi par la société israélienne ForSight Robotics, représente une étape significative dans l’automatisation des procédures chirurgicales les plus délicates.
Une plateforme conçue pour l’exhaustivité
La plateforme JASPER, acronyme de Joint Aligned System for Precise Eye Robotics, se distingue des précédentes approches robotiques en ophtalmologie par sa capacité à gérer l’ensemble du processus opératoire. Alors que les systèmes existants se limitaient à certaines phases de l’intervention, comme l’incision ou l’aspiration du cristallin, JASPER accompagne le chirurgien de la première à la dernière étape. L’exhaustivité technique répond à un double objectif : augmenter la précision des gestes et réduire la variabilité entre les interventions.
Le système intègre plusieurs composants clés :
- Une imagerie avancée permettant une visualisation tridimensionnelle des structures oculaires
- Des instruments miniaturisés adaptés à la microchirurgie
- Une interface homme-machine optimisée pour le contrôle des mouvements
- Des algorithmes de mise à l’échelle qui transforment les gestes du chirurgien en actions plus précises
Enjeux humains et sanitaires
Au-delà de la performance technique, l’avancée intervient dans un contexte de pénurie mondiale de chirurgiens ophtalmologistes qualifiés. Selon les estimations de ForSight Robotics, plus de six cents millions de personnes nécessiteraient une intervention pour cataracte, alors que seulement trente millions de procédures sont réalisées annuellement. La disproportion trouve son origine dans plusieurs facteurs structurels.
La microchirurgie oculaire impose des contraintes physiques importantes aux praticiens. Le maintien prolongé de postures inconfortables, combiné à la nécessité d’une extrême précision manuelle, génère fréquemment des troubles musculosquelettiques. Ces conditions de travail difficiles contribuent à limiter le nombre de chirurgiens disposés à se spécialiser dans ce domaine, particulièrement dans les régions où les infrastructures médicales sont insuffisantes.
Le Dr Joseph Nathan, cofondateur et directeur médical de ForSight Robotics, souligne que « cette réalisation ouvre la voie à un accès considérablement élargi à la chirurgie restauratrice de la vue pour des millions de personnes à travers le monde ». Cette perspective s’appuie sur la capacité potentielle des systèmes robotiques à standardiser les procédures et à réduire la dépendance vis-à-vis de l’expertise individuelle des chirurgiens.
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Contexte concurrentiel et validation réglementaire
L’annonce de ForSight Robotics intervient dans un paysage concurrentiel en pleine évolution. Quelques mois auparavant, en octobre 2025, Horizon Surgical Systems et l’UCLA avaient présenté les résultats d’un essai clinique utilisant la plateforme Polaris sur dix patients. La distinction principale entre ces deux approches réside dans le degré d’automatisation : tandis que Polaris assiste le chirurgien, JASPER prétend réaliser l’intégralité de l’intervention de manière autonome.
La différence technique s’accompagne d’une divergence stratégique. ForSight met en avant l’absence d’anesthésie générale lors de son intervention, ce qui correspond aux standards actuels de la chirurgie de la cataracte. Cette caractéristique pourrait faciliter l’adoption du système dans des environnements où les ressources anesthésiques sont limitées.
La société a levé cent vingt-cinq millions de dollars lors d’un tour de financement de série B en 2025, avec la participation d’Eclipse Ventures et du Dr Fred Moll, cofondateur d’Intuitive Surgical. Ce dernier, qui siège au conseil d’administration, considère que ForSight « est en train de réinventer la façon dont la chirurgie oculaire est pratiquée ».
Perspectives et défis à venir
La réussite technique annoncée par ForSight Robotics ne constitue qu’une première étape dans un processus de validation plus large. La plateforme JASPER n’a pas encore obtenu l’autorisation de la Food and Drug Administration américaine, une condition indispensable à sa commercialisation sur le marché nord-américain. L’entreprise indique désormais se concentrer sur la validation clinique et le dépôt des dossiers réglementaires nécessaires.
Plusieurs questions restent en suspens concernant l’implémentation à grande échelle de cette technologie. Le coût des systèmes robotiques, leur maintenance dans des environnements éloignés, et la formation des équipes médicales représentent des obstacles potentiels à leur diffusion dans les régions les plus nécessiteuses. Par ailleurs, l’acceptation par la communauté médicale d’une automatisation complète des procédures chirurgicales nécessitera des démonstrations convaincantes de sécurité et d’efficacité.
Le Dr Alexey Rapoport, qui a réalisé l’intervention aux Philippines, décrit cette expérience comme « le moment le plus marquant de ma carrière ». Son témoignage, ainsi que celui des autres acteurs impliqués, suggère que la robotisation de la chirurgie ophtalmologique pourrait connaître une accélération significative dans les années à venir.


















