Les Autorités de sûreté nucléaire britannique (HSE/ND), française (ASN) et finlandaise (STUK) ont soulevé hier chacune des questions techniques concernant le système de contrôle de commande de l'EPR.
Les questions soulevées portent d'abord sur la garantie de l'adéquation des systèmes de sûreté (ceux utilisés pour gérer les situations où l'installation est en dehors des limites normales), et de leur indépendance vis-à-vis des systèmes de contrôle (ceux utilisés pour exploiter l’installation en fonctionnement normal).
L'indépendance de ces systèmes est importante. En effet, si un système de sûreté est appelé à servir en cas de perte d'un système de contrôle, alors ces deux systèmes ne doivent pas faillir simultanément. La conception d’EPR, telle que proposée initialement par les exploitants et le fabricant, AREVA, n'est pas conforme à ce principe d'indépendance dans la mesure où il y a beaucoup d’interconnexions complexes entre les systèmes de contrôle et de sûreté.
En conséquence, les Autorités ont demandé aux exploitants et au fabricant d'améliorer la conception initiale de l’EPR.
La réponse du groupe Areva ne s'est pas fait attendre. Hier matin dans un communiqué, Areva précise que "la sûreté du réacteur EPR n'est pas mise en cause et Areva travaille actuellement avec les autorités de chaque pays afin d'apporter des adaptations qui répondent aux exigences locales".
Tout au long de la journée de mardi, les réactions se sont multipliées à commencer par les écologistes Corinne Lepage (CAP 21) et Dominique Voynet (également Sénatrice). La première appelle de ses voeux un "moratoire" sur la construction des réacteurs EPR, qui constituent selon elle, une "aberration sur le plan économique et industriel". Et la seconde accuse sur France Inter : "un chantier ruineux, (avec) plus de trois milliards d'euros, (et) un retard de plusieurs années, (plus) des doutes sérieux sur la sûreté."
Par ailleurs, on apprenait lundi qu'un réacteur nucléaire sur trois était actuellement à l'arrêt pour des opérations de maintenance et qu'au moins cinq le sont pour des incidents sérieux.
Aussi, comme la France produit 80% de son électricité grâce au nucléaire, le RTE (le gestionnaire du réseau de transport d'électricité en France) a averti que notre pays risquait une rupture d'approvisionnement en électricité cet hiver et pourrait importer de l'électricité (4 000 Mw) pour faire face à des coupures de courant.
De son côté, Greenpeace conclu tout de go que "le nucléaire est une filière en faillite". L'ONG exige ainsi "l’arrêt immédiat des deux chantiers EPR et l'annulation du projet EPR de Penly". Elle demande également "la mise en place d’un débat démocratique qui n’a jamais eu lieu sur le nucléaire."