Le projet d’enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs de France voit son coût réévalué à 33,36 milliards d’euros, selon un arrêté publié le 1er avril au Journal officiel. L’estimation, signée par les ministres Roland Lescure et Maud Brégeon, représente une hausse d’un tiers par rapport aux 25 milliards fixés en 2016 et couvre l’ensemble du cycle du projet sur 151 ans.
Le projet d’enfouissement des déchets nucléaires français les plus dangereux connaît une inflation budgétaire significative, révélant les difficultés persistantes de la gestion à long terme des résidus radioactifs. L’annonce officielle de cette réévaluation intervient alors que le dossier technique avance vers son autorisation définitive.
Une envolée budgétaire sous-estimée
La nouvelle estimation à 33,36 milliards d’euros représente une augmentation de plus de 8 milliards par rapport au chiffre de 2016. La révision à la hausse s’inscrit dans une fourchette que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs avait présentée en mai 2025, oscillant entre 26,1 et 37,5 milliards. L’Andra maintient pourtant que ce chiffrage reste « globalement maîtrisé, très proche » de son évaluation de 2014, qui s’élevait déjà à environ 33,8 milliards.
La décomposition des coûts montre que la construction initiale représente 9,74 milliards, tandis que la fiscalité due par l’Andra atteint 3,66 milliards. Ces montants sont calculés aux conditions économiques de janvier 2025, ce qui laisse présager d’éventuelles révisions ultérieures face à l’inflation et aux aléas techniques d’un chantier qui doit s’étendre sur plus d’un siècle et demi.
Un calendrier qui s’accélère malgré les incertitudes financières
Le projet Cigéo, lancé en 1991, prévoit d’accueillir à 500 mètres sous terre quelque 83 000 mètres cubes de déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue. La moitié de ces déchets est déjà produite, ce qui confère une certaine urgence à la mise en œuvre du site de stockage.
Le financement repose sur les provisions constituées par les trois principaux producteurs de déchets : EDF, Orano et le Commissariat à l’énergie atomique. La structure financière, bien que théoriquement sécurisée, pourrait être mise à l’épreuve par les dépassements budgétaires successifs.
Sur le plan réglementaire, le projet a franchi une étape déterminante en décembre 2025 lorsque l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a jugé ses conditions de sûreté « satisfaisantes ». La validation technique ouvre la voie à une enquête publique prévue au printemps 2026, suivie d’un éventuel décret d’autorisation de création attendu fin 2027.
Les défis techniques d’un chantier séculaire
La complexité du projet Cigéo réside dans sa temporalité exceptionnelle. Conçu pour fonctionner sur 151 ans à partir de 2016, il doit garantir la sécurité du stockage des déchets pendant des millénaires. La dimension temporelle pose des questions fondamentales sur la pérennité des institutions, la transmission des savoirs techniques et la stabilité géologique du site.
Les caractéristiques techniques du projet incluent :
- Une profondeur de 500 mètres dans une couche d’argile du Callovo-Oxfordien
- Un volume total de stockage de 83 000 mètres cubes
- Une mise en service progressive prévue à l’horizon 2050
- Un début de construction envisagé pour vers 2027 ou début 2028
La réévaluation budgétaire intervient à un moment charnière pour la politique nucléaire française. Alors que le gouvernement mise sur le développement de nouvelles capacités de production, la question du traitement des déchets reste un point de tension majeur avec les populations locales et les associations environnementales.
L’écart entre les estimations successives soulève des interrogations sur la capacité des autorités à anticiper les coûts réels d’une infrastructure aussi complexe. L’incertitude financière pourrait influencer les débats lors de l’enquête publique de 2026, où les opposants au projet ne manqueront pas de pointer les dérives budgétaires.
La gestion des déchets nucléaires représente un défi à la fois technique, financier et éthique pour les générations présentes et futures. La hausse des coûts de Cigéo montre bien les difficultés à évaluer avec précision les investissements nécessaires pour des projets dont l’horizon dépasse largement le cadre temporel habituel des décisions politiques et économiques.

















