La Ville de Paris, la Banque des Territoires et le groupement Dalkia-Eiffage-RATP Solutions Ville ont signé le 10 avril la concession du réseau de chaleur urbain. La nouvelle société d’économie mixte succédera à la CPCU le 1er janvier 2027, avec un programme de 3,4 milliards d’euros visant 76 % d’énergies renouvelables dès 2034 et une baisse tarifaire promise pour 70 % des usagers.
C’est un tournant pour la plus vaste infrastructure de chaleur urbaine de France. Vendredi 10 avril, la Ville de Paris a signé avec la Banque des Territoires et le groupement composé de Dalkia, Eiffage et RATP Solutions Ville les actes constitutifs et contractuels d’une société d’économie mixte à opération unique (SEMOP), désignée titulaire du nouveau contrat de concession du réseau de chaleur parisien. Entrée en vigueur le 23 avril après sa notification par la municipalité, cette convention de vingt-cinq ans succédera, à compter du 1er janvier 2027, à l’actuelle délégation confiée depuis 1927 à la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU).
L’enjeu dépasse les frontières de la capitale. Ce réseau tentaculaire alimente aujourd’hui près d’un million de personnes à Paris et dans seize communes limitrophes, de Boulogne-Billancourt à Saint-Denis en passant par Ivry-sur-Seine. Sa mutation, programmée sur un quart de siècle, mobilisera un plan d’investissement voisin de 3,4 milliards d’euros, porté intégralement par la SEMOP.
Une gouvernance repensée sous contrôle public
La structure capitalistique de la nouvelle entité traduit la volonté municipale de renforcer l’emprise de la puissance publique sur les décisions stratégiques. La Ville de Paris détient 34 % du capital, la Banque des Territoires 15 %, tandis que le groupement d’opérateurs privés se répartit les 51 % restants. Un équilibre conçu pour garantir la transparence de la gestion déléguée tout en préservant la capacité d’orientation des autorités publiques.
Parmi les innovations institutionnelles, la création d’un comité territorial associant les communes desservies et les parties prenantes du réseau. Doté d’un rôle de censeur au sein des instances de la SEMOP, il permettra aux collectivités périphériques de peser sur les orientations d’une infrastructure qui irrigue leur territoire sans qu’elles en aient jusqu’alors la maîtrise.
Neuf sources d’énergie pour sortir du gaz
La trajectoire de décarbonation constitue le cœur du projet. Dès 2034, la part des énergies renouvelables et de récupération (EnR²) dans le mix énergétique du réseau passera de 50 % à 76 %. Pour y parvenir, la SEMOP actionnera un éventail de neuf sources bas-carbone : géothermie, récupération de chaleur sur l’eau de Seine, valorisation de la chaleur fatale du métro, unités de valorisation énergétique, pellets, bois B, combustibles solides de récupération, biocombustibles, ainsi que l’électricité via l’installation de pompes à chaleur et de deux chaudières électriques.
L’objectif à l’horizon 2050, conforme au Plan Climat parisien, est d’atteindre 100 % d’énergies renouvelables et de récupération. La part du gaz, qui demeure aujourd’hui prépondérante, sera réduite de moitié d’ici 2034. Une diversification qui répond autant à une exigence climatique qu’à un impératif de souveraineté énergétique : alors que l’instabilité géopolitique mondiale exacerbe la volatilité des prix des hydrocarbures, limiter drastiquement l’exposition au gaz constitue un levier déterminant pour maîtriser la facture des usagers dans la durée.
Au total, le réseau élargi et modernisé permettra de diminuer les émissions de CO2 de 50 % à l’échéance 2034, soit 12 millions de tonnes évitées sur l’ensemble de la concession par rapport à un recours équivalent aux énergies fossiles.
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Une extension de 40 % du tracé
La dimension sociale du projet n’est pas absente des arbitrages municipaux. La Ville de Paris a obtenu un engagement de baisse tarifaire dès 2027 pour près de 70 % des usagers du réseau. Une promesse chiffrée qui contraste avec la tendance haussière observée sur les marchés de l’énergie depuis plusieurs années et qui vise à préserver l’accessibilité d’un service public essentiel : le chauffage et l’eau chaude sanitaire pour près d’un million d’habitants.
Le développement physique du réseau constitue le second volet du programme d’investissement. La SEMOP prévoit de faire passer le linéaire de 534 à 750 kilomètres de canalisations, vapeur et eau chaude confondues, soit une extension de plus de 40 %. Le nombre d’abonnés devrait croître dans des proportions similaires, passant de 6 330 à 9 100, avec une attention particulière portée aux zones dites blanches, non desservies à ce jour, qui capteront 40 % des nouveaux raccordements.
Les effectifs suivront cette dynamique d’expansion : de 550 à 617 collaborateurs au statut des industries électriques et gazières (IEG), auxquels s’ajouteront les recrutements nécessaires pour accompagner la montée en charge des nouveaux équipements.
Pionnière dans la lutte contre le changement climatique, la Ville de Paris mène une politique publique ambitieuse afin d’atteindre ses objectifs de neutralité carbone en 2050 dans le cadre de son Plan Climat. La signature de ce contrat avec la SEMOP en charge de décarboner, développer et moderniser le réseau de chaleur grand parisien marque l’accélération de nos actions en faveur d’une transition écologique la plus juste possible grâce à un service public de la chaleur abordable et accessible au plus grand nombre, a déclaré Emmanuel Grégoire, maire de Paris.
Marie-Laure Gadrat, directrice régionale Île-de-France de la Banque des Territoires, a souligné l’engagement de l’institution publique : La Banque des Territoires est fière de contribuer à la mutation du réseau de chaleur urbain parisien. Ce projet concrétise nos ambitions, partagées avec la Ville de Paris : l’évolution écologique et énergétique, le renforcement de la souveraineté énergétique francilienne, et la cohésion sociale, à travers des prix stables et compétitifs proposés dans la durée aux usagers.
Du côté des opérateurs, Sylvie Jéhanno, présidente-directrice générale de Dalkia, a mis en avant le volet géothermique du projet : Nous créerons ici le premier réseau de chaleur géothermique en France et en Europe. Benoît de Ruffray, PDG d’Eiffage, a insisté sur la capacité de financement du groupement : Notre expertise en financement des grands projets emporte la confiance de nos partenaires financiers et sécurise notre projet par un schéma de financement bancaire optimisé. Xavier Piechaczyk, PDG de la RATP, a enfin rappelé l’engagement social de l’opération : Nous resterons à l’écoute de l’ensemble des salariés de la CPCU.


















