Il est vrai que tout le monde sort la tondeuse au même moment, et que pour certains, c’est un plaisir de piloter un engin qui ressemble, pour les gros modèles, à un petit tracteur. Un passe-temps comme un autre. Pour beaucoup, il faut le dire, ce n’est pas du tout un plaisir, mais une corvée qui revient bien trop souvent. Ah si on pouvait le faire faire à quelqu’un, ce serait une délivrance. Et en plus, cela permettrait de changer de gamme de matériel, d’adopter des machines performantes que seul un usage intensif justifie. Ce serait sans doute bon pour l’environnement, à condition bien sûr que les produits de la tonte soient compostés et ainsi recyclés.
Car il faut bien le dire, les tondeuses, ça fait du bruit et ça pollue. En Californie, par exemple, elles sont à l’origine de 2% de la pollution atmosphérique et du smog qui en résulte. Au point qu’une réglementation a été adoptée pour économiser par jour l’équivalent de la pollution de 800 000 voitures. Les tondeuses ont en effet un rendement thermique désastreux, et elles polluent 100 fois plus qu’une voiture[3].
On a donc en place tous les ingrédients des mauvaises solutions : chacun son matériel, utilisé très peu, donc acheté à l’économie et peu performant à tous égards. Des prix tirés du côté des industriels, qui cherchent à gagner sur les aspects secondaires de leur point de vue, comme la consommation et la pollution. Il faut vendre avant tout. Ajoutez une culture du gazon anglais généralisé, si possible bien vert, donc arrosé abondamment en été et gorgé d’engrais, et vous avez sous les yeux le cadre d’une dégradation écologique parfaitement évitable.
Tout d’abord en abandonnant cette image du gazon anglais, et le besoin d’uniformité dans le traitement de son jardin. Selon l’usage, chaque partie pourrait être tondue à des intervalles différents, tout comme le font les gestionnaires d’espaces verts[4]. Cela permet d’économiser sur le temps de tonte, mais aussi de favoriser la vie naturelle dans les secteurs qui ne nécessitent pas d’être rasés régulièrement. La faune et la flore vous en seront reconnaissants.
Ensuite, si on a plus d’argent que de temps à y consacrer, en faisant appel à des professionnels. Cela crée des emplois de service, cela permet aussi de faire ce travail tous les jours de la semaine et non uniquement les week end, où des règlements municipaux tendent à restreindre l’usage d’engins bruyants, pour le respect du repos de tous. Le matériel des artisans ou des entreprises sera plus performant à tous égards (consommation, vitesse, pollutions) et mieux entretenu que celui des particuliers. L’efficacité du personnel et les consommations entrent directement dans le calcul des acteurs économiques, et à l’inverse, l’économie personnelle ne fait que très rarement ses comptes. Le renouvellement du matériel sera beaucoup plus rapide, ce qui permet de bénéficier de machines plus modernes et d’un meilleur rendement. Efficacité économique, environnementale et sociale sont au rendez-vous.
Et si vous avez plus de temps que d’argent à consacrer à votre pelouse, n’hésitez pas à chercher des partenaires pour partager la propriété de votre machine et l’entretenir. Pour le même budget, vous aurez un matériel plus performant, et dont l’utilisation sera optimisée. Il vous reste à trouver ces compères, à établir avec eux des liens de confiance, ce qui n’est pas étranger à une recherche de développement personnel durable.
Et puis enfin, n’oubliez pas qu’il existe des tondeuses mécaniques, qui ne consomment d’autre énergie que la vôtre, qui ne fait pas de bruit si vous l’huilez convenablement. Ou encore des faux, si l’herbe est plus haute.
Le jardin est à l’évidence une formidable occasion de se rapprocher de la nature, de prendre du plaisir en l’entretenant. Mais pas n’importe comment, en y introduisant inconsidérément des produits et en achetant des matériels hors de proportion avec les besoins. Le développement durable est une exigence de rigueur à adopter face aux grands enjeux de notre société, c’est également vrai pour le jardin, et la tondeuse.
Notes :
[1] Voir Location, chronique du 7 mars 2006
[2] www.caisse-commune.com
[3] Si l’on en croit Felicity Barringer, dans le New York Times du 24 avril 2006
[4] On pourra se reporter sur ce point à la chronique Différent, du 29 mars 2007
[ Archive ] – Cet article a été écrit par Dominique Bidou
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