ASML, détenteur d’un quasi-monopole sur les machines de lithographie avançées, a lancé les travaux d’un campus de 350 000 m² près d’Eindhoven, convaincu que la demande de puces pour l’intelligence artificielle soutiendra sa croissance pendant de nombreuses années.
La firme néerlandaise a lancé mardi les travaux du Brainport Industries Campus North, un nouveau site industriel édifié près d’Eindhoven. Le groupe néerlandais, qui occupe une position privilégiée sur les machines nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs avancés, parie sur une demande soutenue en puces destinées à l’intelligence artificielle pour nourrir sa croissance dans les années à venir.
Un projet en plusieurs phases sur 35 hectares
La cérémonie de lancement des travaux a réuni le Premier ministre néerlandais Rob Jetten et le maire d’Eindhoven, Jeroen Dijsselbloem. Le projet, échelonné en plusieurs phases, s’étendra à terme sur environ 350 000 mètres carrés, répartis sur 35 hectares à proximité de l’aéroport d’Eindhoven, à environ sept kilomètres du siège social d’ASML à Veldhoven.
« La demande mondiale croissante de l’industrie des semi-conducteurs exige des investissements continus », a déclaré le PDG Christophe Fouquet. « BIC North nous offre l’espace et la flexibilité dont nous avons besoin pour continuer à innover et à accompagner nos clients à travers le monde. »
La première phase doit ouvrir en 2029 et accueillir au moins 3 000 employés, principalement des équipes transférées depuis d’autres sites du groupe, au sein d’un ensemble combinant production, logistique et bureaux. À pleine capacité, le campus pourrait compter jusqu’à 20 000 postes de travail.
- Surface totale : environ 350 000 mètres carrés sur 35 hectares.
- Première phase : ouverture prévue en 2029, avec au moins 3 000 employés.
- Capacité maximale : jusqu’à 20 000 postes de travail.
- Livraisons : 86 systèmes de lithographie au deuxième trimestre, en hausse de 28 %.
Une « flow factory » inspirée de l’automobile
Le cœur du nouveau site abritera la « flow factory » d’ASML, un modèle de fabrication de nouvelle génération pour ses systèmes de lithographie TWINSCAN, inspiré des méthodes employées dans les industries automobile et aérospatiale.
L’objectif consiste à fluidifier la circulation des matériaux et des flux de travail, afin de permettre une production modulaire plus rapide et à plus grande échelle.
Une capacité de production sous tension
L’expansion répond à une contrainte mesurable. ASML a livré 86 nouveaux systèmes de lithographie au cours du deuxième trimestre, soit une hausse de 28 % par rapport au trimestre précédent, et la direction vise une augmentation de 30 % de la capacité EUV basse-NA pour 2027. En juillet, la société indiquait que la quasi-totalité de sa capacité de production d’outils de lithographie EUV était réservée jusqu’à fin 2027, selon Reuters.
Ses clients, TSMC, Samsung, SK Hynix, Micron et Intel, augmentent leurs propres capacités pour répondre à la demande en calcul IA émanant de sociétés telles que Nvidia, Google et Amazon.
Un signal politique aux Pays-Bas
La construction à Eindhoven comporte une dimension politique. En 2024, ASML avait menacé de délocaliser ses nouvelles capacités de production à l’étranger si les autorités néerlandaises ne répondaient pas à ses besoins d’expansion, notamment en matière de permis de construire, d’améliorations routières et de raccordements électriques. Le projet se projette dans une initiative régionale plus large, appuyée sur des investissements public-privé consacrés au logement, aux infrastructures et à la formation dans la région Brainport.
L’expansion d’ASML contraste avec le repli observé ailleurs dans l’industrie manufacturière européenne. Volkswagen par exemple a récemment annoncé une restructuration qui supprimera 50 000 emplois. ASML, l’une des entreprises les plus valorisées d’Europe avec une capitalisation boursière d’environ 584 milliards d’euros, a vu son action progresser de plus de 60 % depuis le début de l’année.
Le nouveau campus ne résoudra toutefois pas les goulets d’étranglement actuels à court terme. Les usines existantes et leurs fournisseurs devront encore honorer trois ans de commandes clients avant que la première phase n’apporte un soulagement.
















