Le gouvernement a annoncé jeudi dernier une réforme majeure du système d’aides aux pompes à chaleur (PAC). Désormais, pour bénéficier du niveau maximal de subventions, les équipements devront avoir leur circuit frigorifique assemblé en Europe. La mesure, qui vise à concilier transition énergétique et souveraineté industrielle, crée une différence de financement pouvant atteindre 400 % entre les modèles « agréés » et les autres. L’annonce place les fabricants et les consommateurs face à un calendrier serré, avec une entrée en vigueur prévue pour septembre 2026.
Une mesure ciblée pour relancer l’industrie européenne
La nouvelle politique, dévoilée par le ministère de l’Industrie, conditionne l’accès aux certificats d’économie d’énergie (CEE), une aide financière essentielle, à un critère de provenance. Pour être « agréée » et ouvrir droit à une prime moyenne de 3 500 €, une pompe à chaleur air-eau et eau-eau (géothermiques/sol-eau incluses) devra voir son circuit frigorifique, cœur de l’appareil, assemblé « dans l’espace économique européen ». Les modèles ne répondant pas à ce critère n’auront droit qu’à la prime CEE de base (environ 700 €).
La décision gouvernementale intervient dans une stratégie plus large de relocalisation industrielle. Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a présenté cette mesure comme un moyen de « concilier transition écologique et développement industriel ». L’objectif affiché est clair : stimuler la production sur le sol européen. La capacité de production française, actuellement évaluée à 300 000 unités par an, vise les 500 000, soit une augmentation potentielle de plus de 65 %.
Un calendrier serré et des implications immédiates
L’annonce a déclenché une course contre la montre pour l’ensemble de la filière. Les fabricants désireux de voir leurs modèles agréés peuvent déposer leur demande dès maintenant via la plateforme ouverte par la Direction générale des Entreprises (DGE). La liste officielle des modèles agréés sera publiée à compter du 1er juillet 2026, laissant un délai de seulement deux mois avant l’entrée en vigueur effective du dispositif en septembre.
Cela crée une période d’incertitude pour les consommateurs qui envisagent des travaux de rénovation. Dans l’immédiat, les professionnels redoutent un ralentissement des projets en attendant la clarification de la liste des produits subventionnés, tandis que les particuliers pourraient être tentés de reporter leur décision.
Il est important de préciser que cette aide conditionnée aux CEE vient s’ajouter à d’autres dispositifs existants, comme MaPrimeRénov’ (pouvant aller jusqu’à 11 000 € pour les ménages les plus modestes), l’éco-prêt à taux zéro ou la TVA réduite à 5,5 %. Le coût total d’une installation de pompe à chaleur air-eau avoisinant souvent les 15 000 €, le montant de l’aide CEE reste un levier financier déterminant dans le choix des ménages.
Une politique inspirée du secteur automobile
Cette réforme n’est pas sans rappeler le mécanisme du bonus écologique pour les véhicules électriques, où le montant de l’aide est également modulé en fonction de critères environnementaux et, de plus en plus, d’origine de fabrication. La France réplique ainsi un modèle connu, appliquant à la filière des équipements de chauffage une logique de « préférence européenne » déjà à l’œuvre dans d’autres secteurs.
L’orientation politique mise en œuvre ici suscite toutefois des débats entre les impératifs de rapidité de la transition énergétique qui pourrait pousser à acheter les équipements les plus compétitifs, où qu’ils soient produits et la volonté de construire une autonomie stratégique et des emplois locaux. Le risque, à court terme, est une complexification du paysage des aides et une possible hausse des prix pour les modèles européens, si l’offre ne parvient pas à suivre la demande stimulée par les subventions.
En conditionnant une partie substantielle des aides à une origine européenne, la France opère un virage industriel dans sa politique de rénovation énergétique. Si l’objectif de renforcer la souveraineté industrielle du continent est clair, la réussite de cette mesure dépendra de la capacité des fabricants européens à répondre rapidement à la demande, en quantité et à un prix raisonnable. Les prochains mois, marqués par la publication de la liste des modèles agréés, seront déterminants pour évaluer l’impact réel de cette politique sur le déploiement des pompes à chaleur dans les foyers français et sur la santé de la filière industrielle européenne.











