En 2025, la consommation de bioéthanol en France a progressé de 15%, atteignant plus de 19 millions d’hectolitres, selon les données de la Collective du bioéthanol. La hausse intervient dans un cadre semé d’incertitude politique et réglementaire qui a alimenté l’attentisme des consommateurs, mais le Superéthanol-E85 maintient sa position avec 34% de l’éthanol consommé. Une étude IFOP** commandée par la filière révèle que le pouvoir d’achat reste le critère déterminant pour 76% des Français, qui privilégient encore le moteur thermique.
L’année 2025 aura été marquée par un paradoxe énergétique. Alors que l’incertitude politique et réglementaire a nourri une forme d’attente chez les consommateurs, les volumes de bioéthanol consommés ont progressé de 15%. La croissance s’explique principalement par la hausse des ventes d’essences (+5,6%) et par la maximisation de leur contenu en éthanol. Le Superéthanol-E85, quant à lui, se maintient à un niveau proche de son record historique de 2022, représentant désormais 34% de l’éthanol utilisé dans l’Hexagone.
Une filière qui résiste aux incertitudes
La Collective du bioéthanol a commandé une étude à l’IFOP pour mieux comprendre les attentes des automobilistes français. Les résultats font apparaître une préoccupation du pouvoir d’achat qui domine largement les choix en matière de mobilité. Les Français privilégient le prix dans le choix d’un véhicule, en combinaison avec le coût du carburant à l’usage, souligne l’étude. Cette réalité économique explique en partie la résilience du bioéthanol, malgré un environnement réglementaire complexe.
Les chiffres clés de l’année 2025 :
- Consommation de bioéthanol dans les essences en hausse de 15%
- Plus de 19 millions d’hectolitres de bioéthanol consommés
- Le Superéthanol-E85 représente un litre sur trois de l’éthanol consommé
- Économie de 2,7 millions de tonnes de CO2 par rapport aux carburants fossiles
- Équivalent des émissions de 1,4 million de voitures évitées
Le pouvoir d’achat comme moteur principal
Depuis son introduction en 2006, le Superéthanol-E85 s’est imposé comme le carburant du pouvoir d’achat. En 2025, avec un prix moyen à la pompe de 0,73€/litre, soit près d’un euro de moins que le SP95-E10 (1,69€/litre), les économies réalisées par les automobilistes sont substantielles. Pour un parcours annuel de 13 000 kilomètres, les conducteurs convertis à l’E85 ont économisé 705€ par rapport au SP95-E10 spécifiquement. Ce chiffre atteint 1 085€ pour 20 000 kilomètres, en tenant compte d’une surconsommation de 25%.
Le parc automobile compatible continue de s’étendre. En 2025, 11 300 Ford Kuga FHEV Flexifuel E85 ont été achetés, soit près de 2 000 unités de plus que l’année précédente. Depuis 2006, 418 000 automobilistes sont passés au Superéthanol-E85, dont 62% grâce à un boîtier de conversion homologué et 38% avec un véhicule flex-E85 d’origine.
L’infrastructure de distribution suit cette progression. Plus de 4 000 stations distribuent désormais de l’E85, représentant 42% des stations-service françaises. De plus, 93% des automobilistes habitent à moins de 10 kilomètres d’une station distribuant de l’E85.
Les Français et leur rapport à la mobilité
L’enquête IFOP réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes révèle des tendances structurantes. Pour répondre à leurs contraintes budgétaires, à leur usage quotidien et aux enjeux de décarbonation, 76% des Français plébiscitent le moteur thermique, seul ou associé à une hybridation. Parmi eux, 52% optent pour le moteur essence et 24% pour le Diesel, confirmant la bascule vers les véhicules à motorisation essence.
La notoriété du Superéthanol-E85 est désormais bien établie : 76% des Français interrogés en ont déjà entendu parler. Une majorité de 58% considère qu’il constitue une alternative crédible aux carburants fossiles traditionnels pour les véhicules essence ou hybrides, aux côtés de la voiture électrique.
Le choix énergétique reste cependant conditionné par des considérations économiques. Après le coût d’acquisition du véhicule, c’est le coût de l’énergie qui devient le critère le plus important pour l’achat d’un véhicule, cité par 32% des Français et arrivant en première position pour 10% d’entre eux.
Les freins à l’adoption
Malgré cette notoriété croissante, des obstacles persistent. Pour 30% des Français interrogés, le manque de connaissances sur le bioéthanol et son fonctionnement constitue le principal frein à une adoption plus large. Ainsi, une meilleure information du grand public serait nécessaire pour que le Superéthanol-E85 soit davantage utilisé.
D’autres préoccupations émergent :
- 36% des Français souhaitent davantage de véhicules compatibles
- 30% pensent qu’il faut augmenter le nombre de stations E85
- 27% réclament des aides pour l’installation de boîtiers de conversion
- 25% veulent des garanties claires concernant la compatibilité avec les moteurs
Quelques perspectives européennes et innovations
L’horizon réglementaire européen évolue favorablement pour la filière. Le projet de la Commission européenne pour réviser le règlement CO2 des véhicules légers, publié le 16 décembre 2025, rouvre la possibilité de commercialiser des véhicules équipés d’un moteur thermique après 2035, à condition qu’ils consomment des carburants contenant du bioéthanol. Cette évolution reconnaît la valeur des biocarburants dans la décarbonation des transports, en complément de l’électrification.
A l’avenir, des hybrides rechargeables flex-E85 rouleront au Superéthanol-E85 100 % renouvelable, sans essence fossile, avec des gains de CO2, similaires ou meilleurs que le 100 % électrique en analyse de cycle de vie semble anticiper la Collective du bioéthanol.
Sur le plan fiscal, la stabilité semble acquise. « Il n’y a pas et il n’y aura pas de hausse des taxes sur l’E85 : cette décision a été confirmée à tous les niveaux, après des votes au Parlement à 80% en faveur de la stabilité fiscale. La plupart des Français ont compris que la fiscalité sur ce biocarburant était préservée. Pour autant, les résultats du sondage de l’IFOP montrent que 21 % des Français ont besoin de gages sur une fiscalité basse et stable qui permette un prix durablement attractif pour le Superéthanol-E85», assure la Collective.
La filière du bioéthanol représente aujourd’hui 9 000 emplois agricoles et industriels, directs, indirects et induits, en équivalent temps plein. Elle permet à plus de 55 000 agriculteurs de diversifier leurs débouchés depuis vingt ans, tout en soutenant la compétitivité des sucreries et amidonneries associées. Alors que l’Europe redéfinit son cadre réglementaire et que les innovations techniques se multiplient, le bioéthanol français semble avoir trouvé un équilibre entre exigences environnementales et réalités économiques.
** Sondage IFOP : ici



















