Les groupes NGE et Webuild ont présenté aujourd’hui à Courbevoie le tunnelier qui creusera les 7 kilomètres du lot 2 de la ligne 15 Ouest du Grand Paris Express. D’une valeur de 1,38 milliard d’euros, cet équipement reconditionné illustre une approche industrielle visant à réduire l’empreinte carbone du plus grand projet de transport urbain européen.
Dans l’atelier de WEM, filiale du groupe Webuild, le silence mécanique qui entoure le tunnelier de 100 mètres de long contraste avec le vacarme qui l’attend sous terre. Cet équipement, déjà utilisé sur la ligne 16 du Grand Paris Express, vient d’être entièrement reconditionné pour une nouvelle mission : creuser les 7 kilomètres de galerie entre Bécon-les-Bruyères et Saint-Denis-Pleyel. Le chantier, d’une valeur de 1,38 milliard d’euros, représente le lot 2 de la future ligne 15 Ouest, pièce maîtresse du réseau de transport francilien.
Une machine au service d’un projet pharaonique
Le tunnelier, avec son diamètre de 9,86 mètres, s’apprête à travailler dans des conditions géologiques complexes. Son parcours souterrain traversera des zones urbaines denses entre Courbevoie et Saint-Denis, nécessitant une précision millimétrique pour éviter les perturbations en surface. La machine extraira environ 500 000 mètres cubes de déblais, dont 80 % seront réemployés dans d’autres projets de construction.
Le projet se distingue par plusieurs choix techniques audacieux :Ces décisions répondent à une double exigence : optimiser les performances opérationnelles tout en minimisant l’impact environnemental. Le béton fibré, moins gourmand en acier, offre des propriétés mécaniques supérieures sur le long terme.
Continuité industrielle et expertise accumulée
Pour NGE et Webuild, cette mission représente le troisième chantier commun sur le Grand Paris Express. Les deux groupes ont déjà collaboré sur le prolongement sud de la ligne 14 vers l’aéroport d’Orly (4,1 km de tunnel) et sur le lot 2 de la ligne 16 (11 km). Cette expérience accumulée leur permet d’affiner leurs méthodes et d’optimiser la gestion des risques. « Chaque nouveau chantier nous permet d’améliorer nos processus et de renforcer notre savoir-faire », souligne un cadre du consortium.
La ligne 15, dont fait partie ce tronçon, deviendra la plus longue ligne de métro de France avec 75 kilomètres de voies. Elle traversera 45 communes et 4 départements, connectant 95 % de ses gares aux réseaux de transport existants : Transilien, RER, métro, tramway et bus. Cette interconnexion massive vise à fluidifier les déplacements dans une région où la saturation des transports constitue un défi quotidien pour des millions d’usagers.
Calendrier
Le tunnelier devrait commencer son travail dans les prochaines semaines, avançant à un rythme moyen de 15 à 20 mètres par jour selon les conditions géologiques. La pose des 23 000 voussoirs s’effectuera simultanément au creusement, selon une technique éprouvée qui garantit la stabilité immédiate de la galerie. L’achèvement des travaux de percement est attendu en 2027/2028, ouvrant la voie aux aménagements intérieurs et aux installations techniques nécessaires à l’exploitation commerciale. La mise en service complète de la ligne 15 Ouest (tronçon incluant ce lot) est prévue à l’horizon 2030–2031.
Ce projet illustre une évolution dans la conception des grandes infrastructures : la recherche d’efficacité ne se limite plus aux seuls aspects techniques et économiques, mais intègre désormais systématiquement la dimension environnementale. Le reconditionnement d’équipements lourds, l’optimisation des matériaux et la réduction des nuisances logistiques deviennent des critères déterminants dans l’attribution des marchés. Le Grand Paris Express, au-delà de sa fonction de transport, sert ainsi de laboratoire pour des méthodes de construction plus durables, dont les enseignements pourraient influencer les futurs projets d’infrastructure en Europe.











