Une étape cosmique inédite se profile à l’horizon 2026. Lancée il y a près d’un demi-siècle, la sonde Voyager 1, l’objet humain le plus lointain, s’apprête à atteindre la distance symbolique d’un jour-lumière de la Terre. Le franchissement, prévu pour novembre prochain, marquera une première dans l’histoire de l’exploration spatiale et impose déjà de repenser la manière de communiquer avec ce pionnier interstellaire.
Loin, très loin. À plus de 25 milliards de kilomètres de la Terre, une sorte de « dinosaure » de l’espace poursuit silencieusement sa route vers l’infini. Voyager 1, la sonde spatiale lancée par la NASA en 1977, est devenue à la fois un symbole de curiosité et de prouesse humaine. Vers mi-novembre 2026, la sonde deviendra le premier objet construit par l’homme à se trouver à exactement un jour-lumière de son point de départ. Une distance si vertigineuse que la lumière elle-même, voyageant à près de 300 000 kilomètres par seconde, mettra 24 heures à la parcourir.
Une longévité et des découvertes hors normes
L’épopée de Voyager 1 dépasse toutes les espérances de ses concepteurs. Initialement conçue pour une mission d’étude de Jupiter et Saturne sur cinq ans, la sonde a dépassé toutes les attentes. Après avoir révélé les premiers volcans actifs en dehors de la Terre sur la lune Io de Jupiter, et détaillé les anneaux complexes de Saturne, elle a poursuivi sa route vers les confins du système solaire. En août 2012, elle a franchi l’héliopause, la frontière où le vent solaire cède la place au milieu interstellaire, devenant ainsi le premier artefact humain à entrer dans cet espace entre les étoiles.
Près de quatorze ans plus tard, elle continue d’envoyer des données précieuses. Ses onze instruments scientifiques, bien qu’un à un éteints pour préserver l’énergie de son générateur thermoélectrique à radioisotope, ont permis de cartographier les limites de l’influence du Soleil et d’étudier les rayons cosmiques galactiques. «À fin janvier 2025, elle était à 25 milliards de km de la Terre, voyageant à environ 61 198 km/h », rapporte une synthèse d’informations. Sa jumelle, Voyager 2, qui a pris un chemin différent, se trouve quant à elle à environ 19 heures et 46 minutes-lumière.

Le défi du jour-lumière : une nouvelle ère de communication
Le cap du jour-lumière, fixé à environ 25,9 milliards de kilomètres impose une réalité opérationnelle nouvelle et contraignante pour les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Actuellement, le signal radio, qui se déplace à la vitesse de la lumière, met environ 23 heures et 34 minutes pour nous parvenir de Voyager 1. Un délai déjà considérable. En novembre 2026, ce temps de trajet atteindra exactement 24 heures. Conséquence directe : toute commande envoyée depuis la Terre mettra un jour à arriver, et la confirmation de son exécution mettra un autre jour à revenir. Un dialogue avec la sonde nécessitera donc une patience de 48 heures.
La contrainte rend obsolète toute intervention de la Terre et exige par conséquent une autonomie accrue de la sonde. Les équipes au sol ont déjà fait preuve d’une ingéniosité remarquable pour maintenir le contact, comme la réactivation réussie de moteurs de correction de trajectoire endormis depuis 37 ans en 2025. Désormais, il s’agit de préparer Voyager 1 à gérer seule les imprévus, car le temps de réaction terrestre sera désormais compté en jours.
La fin d’une ère et un héritage pour l’éternité
L’approche de ce jalon soulève aussi la question de savoir jusqu’à quand pourrons-nous entendre Voyager 1 ? La sonde tire son énergie d’un générateur dont la puissance décroît inexorablement d’environ 4 watts par an. Pour préserver ses fonctions vitales, les scientifiques ont déjà dû éteindre successivement ses instruments et ses systèmes de chauffage. Les prévisions estiment que les derniers systèmes pourraient cesser de fonctionner entre 2030 et 2035. Après cela, Voyager 1 deviendra un messager silencieux, poursuivant sa route balistique.
Son voyage, cependant, est loin d’être terminé. Morte mais indestructible dans le vide spatial, elle continuera sa course. Dans environ 40 000 ans, elle passera à moins de 1,6 année-lumière de l’étoile Gliese 445, dans la constellation de la Girafe. À son bord, elle emporte le célèbre « Golden Record », un disque de cuivre plaqué or contenant des sons et des images de la Terre, destiné à d’éventuels êtres capables de l’intercepter. Elle apporte avec elle un double héritage, scientifique, avec des données qui ont révolutionné notre compréhension du système solaire, et philosophique, comme une bouteille à la mer cosmique lancée par l’humanité.



















