La société canadienne General Fusion, spécialisée dans le développement de l’énergie de fusion nucléaire, a déposé mardi une déclaration d’enregistrement auprès de la SEC américaine pour une fusion avec la SPAC Spring Valley Acquisition Corp. III. L’opération, si elle est approuvée, ferait de General Fusion la première entreprise entièrement dédiée à la fusion nucléaire à être cotée en bourse, avec une valorisation estimée à environ 1 milliard de dollars au Nasdaq.
Le dépôt d’une déclaration d’enregistrement auprès de la Securities and Exchange Commission américaine marque un tournant décisif pour General Fusion. La société fondée en 2002 à Vancouver avec le soutien initial de Jeff Bezos, pourrait devenir la première entreprise exclusivement consacrée à l’énergie de fusion nucléaire à obtenir une cotation boursière. L’opération, qui doit être finalisée d’ici mi-2026 sous réserve des approbations réglementaires et des actionnaires, intervient après une année 2025 particulièrement difficile pour l’entreprise.
Un sauvetage financier inattendu
Il y a moins d’un an, la situation de General Fusion paraissait précaire. En mai 2025, le PDG Greg Twinney avait publié une lettre ouverte aux investisseurs pour alerter sur les difficultés de levée de fonds. L’entreprise avait alors procédé à des licenciements touchant au moins 25% de son effectif. Une bouée de sauvetage de 22 millions de dollars provenant d’investisseurs existants en août 2025 avait permis de maintenir les activités pendant que la direction cherchait une solution pérenne.
Cette solution s’est finalement matérialisée par l’intermédiaire de Spring Valley Acquisition Corp. III, une SPAC basée à Dallas qui avait levé 230 millions de dollars lors de son introduction en bourse en septembre 2025. La structure d’acquisition avait pour mandat spécifique d’investir dans les infrastructures énergétiques et les technologies de décarbonation. « Nous pensons que la fusion est à un point d’inflexion, tout comme General Fusion », a déclaré Greg Twinney dans un communiqué accompagnant le dépôt auprès de la SEC.
Une technologie alternative
General Fusion développe une approche distincte dans le paysage de la fusion nucléaire. Contrairement aux méthodes dominantes qui utilisent des aimants supraconducteurs ou des lasers de haute puissance, la société canadienne mise sur la fusion magnétique par cible. Ce procédé comprime le plasma à l’aide d’une couche de lithium, une technique qui présente selon l’entreprise des avantages en termes de simplicité et de coût.
Les fonds issus de l’opération boursière doivent permettre d’accélérer le développement de la Lawson Machine 26, un dispositif de démonstration qui a commencé à former des plasmas magnétisés début 2025. Cependant, l’entreprise a récemment repoussé son objectif d’atteindre le seuil de rentabilité scientifique – le moment où une réaction produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme – de 2026 à 2028.
Un secteur en effervescence
Selon la Fusion Industry Association, le secteur a attiré 2,64 milliards de dollars de nouveaux financements au cours des douze mois se terminant en juillet 2025, soit une augmentation de 178% sur un an.
L’opération proposée comprend environ 107,7 millions de dollars provenant d’un investissement privé en actions publiques sursouscrit, en plus de la fiducie de 230 millions de dollars de Spring Valley. Si la transaction est approuvée, General Fusion serait cotée au Nasdaq sous le symbole boursier « GFUZ », avec une valorisation des capitaux propres pro forma implicite d’environ 1 milliard de dollars.
Une course boursière engagée
General Fusion n’est pas la seule entreprise du secteur à envisager une introduction en bourse. En décembre dernier, TAE Technologies a accepté de fusionner avec Trump Media & Technology Group dans le cadre d’une transaction entièrement en actions de 6 milliards de dollars. Cette opération créerait également une entité de fusion cotée en bourse, bien que non exclusivement dédiée à cette activité compte tenu des participations médiatiques et financières existantes de Trump Media.
La trajectoire de Spring Valley III, le promoteur de la SPAC, mérite attention. Cette structure avait précédemment accompagné NuScale Power vers une cotation en bourse en 2022, créant ainsi la première société de réacteurs modulaires de petite taille cotée en bourse. L’expérience pourrait s’avérer précieuse pour General Fusion dans sa nouvelle vie boursière.
L’énergie de fusion nucléaire reste une perspective à long terme, avec des horizons techniques qui se déplacent régulièrement. La capacité de General Fusion à maintenir le cap vers son objectif scientifique tout en répondant aux exigences des marchés financiers constituera un test significatif pour l’ensemble du secteur. La réussite de cette première cotation boursière dédiée à la fusion pourrait ouvrir la voie à d’autres entreprises du domaine, modifiant durablement le paysage du financement des énergies de demain.
















