Alors qu’une loi agricole d’urgence est débattue au Parlement en mai 2026, la question de l’accès à la terre et du renouvellement des fermes reste absente du texte. Avec 40 000 exploitations disparues en trois ans et un excédent commercial au plus bas, Terre de Liens alerte sur l’urgence foncière et appelle les parlementaires à agir sur quatre leviers réglementaires.
L’excédent agroalimentaire français s’effrite. En 2025, il touche son point le plus bas depuis la fin des années soixante-dix. Pourtant, derrière l’apparent affaiblissement de la performance hexagonale, se cache une mécanique bien plus préoccupante : la balance commerciale, brandie comme étendard de la vitalité agricole, ne dit rien de la réalité du terrain.
Un indicateur qui masque la dépendance
La dégradation de l’excédent commercial ne traduit pas un recul de la production. Elle révèle une dépendance croissante aux importations. Le mécanisme est devenu implacable car plus la France exporte, plus elle importe, dans une logique de filières calée sur les prix mondiaux, toujours plus instables.
L’agriculture tricolore s’enferme dans une spirale d’échanges où la valeur ajoutée s’évapore. Surtout, la balance commerciale reste muette sur l’effondrement des revenus des exploitants. Elle donne une image lisse et rassurante d’un système à bout de souffle.
40 000 fermes disparues : l’hémorragie silencieuse
Les chiffres donnent le vertige. En trois ans, près de 40 000 exploitations agricoles ont cessé leur activité sur le territoire français. La disparition s’accompagne d’une concentration foncière brutale : aujourd’hui, 10 % des fermes contrôlent un tiers des surfaces agricoles, absorbant méthodiquement les structures plus modestes. Les territoires s’hyperspécialisent, la diversité des productions recule, et les petites fermes s’évanouissent dans l’indifférence statistique des moyennes nationales.
Les politiques publiques persistent pourtant à privilégier la compétitivité à l’export. La Loi d’Orientation Agricole avait déjà esquivé le sujet foncier. Le nouveau texte en discussion confirme l’angle mort, alors même que le renouvellement des générations impose de repenser intégralement l’accès à la terre. Une agriculture capable de nourrir durablement la population repose pourtant sur des fermes nombreuses, des systèmes diversifiés et des ressources naturelles préservées.
Newsletter Enerzine
Recevez les meilleurs articles
Énergie, environnement, innovation, science : l’essentiel directement dans votre boîte mail.
« La bonne gestion des terres est la véritable urgence. Il faut installer des paysans et garantir une agriculture diversifiée qui n’hypothèque pas son propre avenir », alerte Astrid Bouchedor, responsable du plaidoyer de Terre de Liens.
Les quatre leviers que le Parlement doit actionner
Le projet de loi d’urgence, en ignorant les causes structurelles de la crise, risque de reproduire les errements passés. Sans action sur l’accès au foncier, le renouvellement des générations et la préservation des ressources naturelles, aucune politique ne garantira la souveraineté alimentaire affichée comme objectif par le gouvernement.
Les débats en commission ont d’ailleurs mis en lumière les risques de contournement du marché foncier via des montages juridiques opaques, confirmant la nécessité d’aller plus loin en matière de transparence et de régulation.
Terre de Liens appelle les parlementaires à agir sur quatre fronts précis :
- Transparence foncière : création d’un registre national des exploitations et d’observatoires publics des transactions ;
- Régulation de l’accès à la terre : autorisations administratives préalables, priorisation des projets pourvoyeurs d’emploi et respectueux de l’environnement ;
- Renforcement des outils existants : extension des pouvoirs et du délai d’intervention des SAFER à 9 ans en cas de démembrement, préemption partielle pour mieux réguler les grandes opérations ;
- Encadrement des baux de très longue durée : renforcer les capacités d’intervention des SAFER, assurer un contrôle effectif des conditions économiques et juridiques de ces baux et subordonner leur validité à des objectifs d’intérêt général.
Au final, la souveraineté alimentaire restera un slogan tant que l’accès à la terre demeurera le grand impensé des politiques agricoles. Les parlementaires disposent encore d’une fenêtre pour inscrire ces principes dans la loi.


















