Lors de la London Climate Action Week, Nvidia a présenté sa plateforme serveur Rubin, première architecture intégralement refroidie par un circuit liquide fermé à 45 degrés Celsius. L’entreprise promet une consommation d’eau quasi nulle et des millions de dollars d’économies pour les installations hyperscale.
Faire circuler un liquide à 45 degrés Celsius sur des processeurs pour les empêcher de surchauffer : la proposition de Nvidia, formulée lundi à la London Climate Action Week, heurte l’intuition. Pourtant, la plateforme Rubin dont la production en série démarre cet automne repose entièrement sur ce principe. Plus aucun ventilateur ! A la place, un mélange composé de 75 % d’eau et de 25 % de propylène glycol parcourt un circuit scellé, traverse des plaques froides montées directement sur les puces et les composants réseau, puis ressort à environ 55 degrés après avoir absorbé la chaleur. Aucune goutte ne s’évapore dans l’atmosphère.
Un degré de plus, 4 % d’énergie en moins
Plus un liquide de refroidissement est chaud, moins il faut dépenser d’énergie pour le ramener à température ambiante. Les données sectorielles citées par Nvidia indiquent qu’augmenter d’un seul degré Celsius la température d’une centrale de refroidissement réduit les coûts énergétiques d’environ 4 %. À 45 degrés, des refroidisseurs secs extérieurs, de larges radiateurs à serpentins, suffisent dans bon nombre de climats, sans jamais solliciter un groupe frigorifique mécanique.
Ali Heydari, directeur du refroidissement et de l’infrastructure des centres de données chez Nvidia, évoque une consommation d’eau « quasi nulle » pour les installations équipées de systèmes à refroidisseurs secs. D’après ses estimations, les groupes frigorifiques n’interviennent qu’environ 1 % des heures de fonctionnement annuelles sur certains sites. Pour une installation hyperscale de 50 mégawatts, Nvidia chiffre les économies à plus de 4 millions de dollars par an, en additionnant les postes énergétiques et hydriques.
Jensen Huang, PDG de l’entreprise, avait esquissé cette orientation en janvier lors du CES 2026, affirmant que les « data centers n’ont pas besoin de refroidisseurs à eau » et que Nvidia refroidissait « essentiellement ce supercalculateur avec de l’eau chaude ». La présentation de lundi ancre désormais cette approche dans le schéma de référence Nvidia DSX AI Factory, boussole technique destinée aux fournisseurs cloud et aux opérateurs qui bâtissent des systèmes autour de l’architecture Rubin.
Microsoft sur une trajectoire parallèle
Nvidia n’avance pas seule. Les centres de données Fairwater de Microsoft, implantés au Wisconsin et à Atlanta, utilisent déjà un refroidissement liquide en circuit fermé sans évaporation. Steve Solomon, vice-président de l’ingénierie des infrastructures de centres de données, précise qu’une fois le système rempli lors de la construction, aucun apport d’eau douce n’est requis. Microsoft a déployé cette technologie sur de nouvelles installations à Phoenix (Arizona) et à Mt. Pleasant (Wisconsin) dès 2024, avec une mise en service programmée cette année.
Ces annonces interviennent alors que la pression s’accentue sur la filière. Un rapport de l’Institut des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé, publié le 3 juin, projette que les centres de données pourraient consommer 9 300 milliards de litres d’eau par an d’ici 2030, de quoi couvrir les besoins domestiques de base de 1,3 milliard de personnes en Afrique subsaharienne. De son côté, Amazon a révélé plus tôt ce mois-ci une consommation de 0,12 litre d’eau par kilowattheure pour ses propres centres, chiffre qu’il décrit comme sept fois plus efficace que la moyenne sectorielle, tout en indiquant avoir atteint 75 % de son objectif de bilan hydrique positif à l’horizon 2030.
Climat et infrastructure, les deux verrous
L’approche de Nvidia trouve ses limites là où le thermomètre grimpe durablement. Dans les régions chaudes et humides, certaines zones du Texas ou de l’Asie du Sud-Est, les refroidisseurs secs peinent à dissiper la chaleur tout au long de l’année, et un refroidissement mécanique partiel reste parfois incontournable.
Surtout, la bascule exige une refonte complète de l’infrastructure existante. Nvidia a confirmé que chaque fournisseur cloud déployant des systèmes Rubin doit migrer intégralement vers le refroidissement liquide, une condition qui engage des investissements structurels lourds pour les opérateurs.
Source : Nvidia-news
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