Le chasseur tricolore s’offre un cerveau numérique. Deux algorithmes d’intelligence artificielle souverains viennent d’être testés en vol par Dassault Aviation sur Rafale. L’ambition affichée consiste à ouvrir la voie à de nouvelles capacités d’assistance, dans un cadre où l’équipage humain demeure au centre de la décision.
📌 L’essentiel en 3 points
- Dassault Aviation a testé en vol sur Rafale deux algorithmes d’IA souverains, l’un développé en interne, l’autre avec Thales et cortAIx.
- L’avionneur décrit ces solutions comme des briques d’IA maîtrisée et supervisée, sans détailler leurs fonctions précises ni leurs résultats opérationnels.
- Aucun calendrier d’intégration de ces algorithmes n’a été annoncé. Le standard Rafale F5 vise à renforcer le combat collaboratif, à intégrer des armes de saturation et à s’appuyer sur un drone furtif de combat ; sa qualification est envisagée autour de 2033.
Les ingénieurs de Dassault Aviation ne présentent pas ces essais comme l’arrivée d’un pilote automatique de combat. Le premier algorithme a été développé par les équipes de l’avionneur. Le second résulte d’une collaboration avec Thales et son accélérateur cortAIx. Les deux solutions ont été expérimentées en vol à bord du Rafale et Dassault les considère comme éligibles aux prochaines évolutions de l’appareil.
L’industriel ne détaille toutefois ni les fonctions précises confiées à ces algorithmes, ni leur configuration d’essai, ni les résultats obtenus. Il est donc impossible, à ce stade, d’affirmer qu’ils détectent des menaces, proposent des manœuvres tactiques ou pilotent des systèmes de guerre électronique. Dassault les inscrit plus largement dans une démarche d’IA souveraine, maîtrisée et supervisée, au service de l’équipage humain.
Un standard F5 taillé pour le combat collaboratif
Le Rafale F5 ne se limite pas seulement à une mise à jour logicielle. L’évolution majeure du chasseur de Dassault tient également dans la préparation du combat aérien des prochaines décennies. Le standard doit notamment renforcer la connectivité et le combat collaboratif, tout en prévoyant l’intégration d’armes de saturation.
Le Rafale F5 sera appuyé par un drone furtif de combat. Les premiers contrats de développement liés à cet appareil ont été notifiés à Dassault Aviation, Thales et Safran. Selon la Direction générale de l’armement, il a pour objectif de soutenir le Rafale dans les missions d’entrée en premier, de combat air-air, de frappes air-surface et de suppression des défenses aériennes ennemies dans les environnements contestés.
C’est donc dans ce cadre que l’intelligence artificielle doit prendre une place accrue. La DGA prévoit une intégration renforcée de l’IA au sein du système de mission du drone furtif de combat. Les autorités et les industriels n’ont pas encore précisé le rôle exact que pourraient jouer, à bord du Rafale, les deux algorithmes testés en vol par Dassault Aviation.
La souveraineté technologique comme boussole
À l’heure où les puissances militaires accélèrent leurs investissements dans l’intelligence artificielle, le caractère souverain de ces algorithmes constitue un élément central de la communication de Dassault Aviation. Le premier a été développé par ses ingénieurs ; le second est issu de travaux menés avec Thales et cortAIx.
L’approche prônée traduit la volonté de maîtriser le développement de fonctions d’IA destinées au Rafale. En revanche, l’avionneur ne fournit pas de précisions sur l’architecture de traitement des données, les conditions de mise à jour des logiciels ou les modalités d’exploitation opérationnelle de ces outils.
Selon Dassault Aviation, leur mise en vol montre les compétences de l’avionneur dans l’intégration de l’intelligence artificielle aux systèmes de combat. Ces essais ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’établir une comparaison avec les capacités du F-35 américain, ni de documenter une doctrine européenne spécifique de l’IA appliquée au combat aérien.
Des zones d’ombre persistantes
Malgré l’annonce de ces essais, plusieurs inconnues demeurent. Dassault Aviation n’a fournit aucun budget propre à ces deux algorithmes, ni un calendrier pour leur éventuelle intégration sur Rafale. L’avionneur indique seulement qu’ils sont éligibles aux prochaines évolutions de l’appareil, sans les rattacher explicitement au futur standard F5.
Le programme F5 possède, de son côté, son propre calendrier. La Direction générale de l’armement a notifié des contrats préparatoires afin de sécuriser le lancement de la réalisation du standard, attendu fin 2026. Sa qualification est envisagée à l’horizon 2033.
À ce stade, Dassault présente donc l’IA comme un soutien potentiel à l’équipage humain, et non comme son substitut. Les effets concrets de ces technologies sur le travail des pilotes, leur niveau d’autonomie réel et les conditions de leur déploiement opérationnel restent encore à préciser.
















