Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics a annoncé la semaine dernière à Sopot, en Pologne, son intention de déployer plus d’une centaine de robots humanoïdes dans ses usines européennes vieillissantes. La stratégie vise à éviter la fermeture de sites de production tout en faisant face à une restructuration douloureuse et à la concurrence asiatique.
Dans un contexte de restructuration profonde et de pression concurrentielle accrue, STMicroelectronics cherche une voie pour préserver son tissu industriel européen. La solution envisagée passe par une automatisation d’un nouveau genre, incarnée par des machines à forme humaine capables d’interagir avec les infrastructures existantes.
Une réponse à la crise structurelle
Lors d’une conférence organisée par l’association professionnelle SEMI à Sopot, Thomas Morgenstern, vice-président exécutif de la fabrication chez STMicro, a dévoilé la stratégie du groupe. Une vidéo présentée montrait un robot chargeant un porte-plaquettes de silicium dans une machine. « C’est le premier que nous avons », a déclaré Morgenstern. « Dans les prochaines années, nous parlons de chiffres dépassant la centaine de robots humanoïdes effectuant des tâches dans nos installations. »
Ces machines, développées en partenariat avec l’entreprise italienne Oversonic Robotics, sont conçues pour prendre en charge les opérations répétitives et physiquement exigeantes. Le robot RoBee a été déployé pour la première fois dans l’usine d’assemblage et des tests ont été avancés de STMicro à Malte fin 2025. Il travaille aux côtés des humains et des systèmes d’automatisation existants, gérant des flux de fabrication et de logistique complexes.
L’objectif affiché est double : améliorer l’efficacité opérationnelle tout en permettant aux employés de se consacrer à des postes plus qualifiés, dont l’entreprise affirme qu’ils sont en pénurie. « Si vous avez un système de trois ou quatre équipes, un humanoïde peut remplacer trois équipes sur quatre », a précisé Morgenstern à Reuters. « Nous ne voulons fermer aucune usine en Europe… l’objectif est d’accroître l’efficacité. »
Le défi des usines historiques
Cette initiative s’inscrit dans un plan de restructuration lancé en octobre 2024 qui prévoit le départ de 5 000 employés. STMicro a enregistré une perte trimestrielle mi-2025, sa première depuis plus d’une décennie, plombée par les charges de restructuration. Si des progrès ont été réalisés en France, les efforts ont buté sur des obstacles en Italie, où les syndicats se sont opposés aux licenciements dans l’usine d’Agrate en Lombardie.
Les fabricants européens de puces font face à une pression croissante de la part des concurrents mondiaux, notamment en Chine, où des chaînes de production automatisées modernes rehaussent les standards d’efficacité. La modernisation des usines vieillissantes est compliquée par plusieurs facteurs :
- Les coûts élevés de mise aux normes
- Les obstacles réglementaires spécifiques à chaque pays européen
- Les négociations syndicales complexes
- L’inadmissibilité aux subventions de la loi européenne sur les puces électroniques, réservées aux nouveaux projets innovants
Une vision stratégique pour l’industrie européenne
Le groupement industriel SEMI milite pour que la future loi européenne sur les puces 2.0 investisse davantage dans les chaînes d’approvisionnement et les capacités industrielles existantes, plutôt que de se concentrer uniquement sur de nouvelles installations. Leur position rejoint la stratégie de STMicro, qui considère l’automatisation par robots humanoïdes comme un moyen de prolonger la durée de vie de ses usines historiques.
La démarche du fabricant franco-italien représente un pari sur l’avenir de l’industrie européenne des semi-conducteurs. Il s’agit de trouver un équilibre entre les impératifs de réduction des coûts et la volonté de maintenir les opérations sur le continent, tout en répondant aux défis posés par la concurrence asiatique.
La réussite de leur stratégie dépendra en fait de plusieurs facteurs clés : d’une part de la capacité des robots humanoïdes à s’intégrer efficacement dans les processus existants, l’acceptation par les équipes humaines et d’autre part, la viabilité économique à long terme de cette solution face aux investissements massifs consentis par les concurrents asiatiques dans des installations neuves et hautement automatisées.


















