TotalEnergies a inauguré le 19 mars la première unité française de recyclage avancé des plastiques par pyrolyse sur son site de Grandpuits, au sud-est de Paris. L’installation d’une capacité de 15 000 tonnes annuelles transforme les déchets plastiques ménagers en huile synthétique, marquant une étape clé dans la reconversion de l’ancienne raffinerie en plateforme sans pétrole brut.
Dans un mouvement qui témoigne de la mutation profonde du secteur énergétique, TotalEnergies a franchi une étape significative avec l’inauguration de la première unité française de recyclage avancé des plastiques par pyrolyse. La réalisation se situe dans un projet plus vaste de transformation industrielle, où une ancienne raffinerie se mue progressivement en plateforme dédiée à l’économie circulaire.
La pyrolyse, une technologie de rupture
Le procédé mis en œuvre à Grandpuits repose sur la pyrolyse, une technique qui chauffe les plastiques difficiles à recycler à haute température, dans un environnement privé d’oxygène. Il permet de décomposer les polymères au niveau moléculaire pour obtenir une huile synthétique. Avec une capacité annuelle de 15 000 tonnes de déchets plastiques traités, l’installation représente une réponse technique aux limites du recyclage mécanique traditionnel.
L’huile produite sert ensuite de matière première pétrochimique, se substituant partiellement aux combustibles fossiles dans la fabrication de nouveaux polymères. Selon les déclarations de l’entreprise, les plastiques issus de ce procédé atteignent une qualité comparable à celle des matériaux vierges, ouvrant la voie à des applications exigeantes comme le contact alimentaire ou les dispositifs médicaux.
Un approvisionnement sécurisé
La viabilité économique de ce type d’installation repose sur la garantie d’un approvisionnement régulier en déchets plastiques. TotalEnergies a anticipé cette contrainte en signant un accord à long terme avec Citeo, l’éco-organisme chargé de la gestion des emballages ménagers, et Paprec, un acteur majeur du recyclage en France. Cette collaboration tripartite assure un flux constant de matières premières pour l’unité de pyrolyse.
L’usine de recyclage avancé s’inscrit dans un projet de transformation plus ambitieux, évalué à plus de 500 millions d’euros. L’ancienne raffinerie de Grandpuits, qui traitait autrefois du pétrole brut, se reconvertit progressivement en ce que TotalEnergies qualifie de plateforme zéro-pétrole brut. Ce complexe industriel comprendra également une bioraffinerie pour la production de carburant d’aviation durable et une unité de recyclage mécanique des plastiques dont la mise en service est prévue dans le courant de l’année.
« Le démarrage de la première usine française de recyclage avancé des plastiques constitue une étape importante dans la conversion de notre site de Grandpuits en complexe zéro-pétrole brut », a souligné Valérie Goff, vice-présidente senior pour les Renouvelables, Carburants et Produits chimiques chez TotalEnergies.
Une stratégie industrielle à l’échelle mondiale
L’initiative française s’inscrit dans une ambition plus large affichée par TotalEnergies : produire un million de tonnes de polymères circulaires d’ici 2030. Pour atteindre cet objectif, le groupe développe des projets similaires en partenariat avec Plastic Energy, notamment en Espagne et aux États-Unis. L’expansion géographique répond à une demande croissante pour les plastiques recyclés, qui augmente d’environ 10 % par an selon les estimations du groupe.

Les réglementations européennes, qui imposent progressivement des quotas de contenu recyclé dans les emballages, constituent un moteur réglementaire pour ce développement. Les industriels doivent désormais intégrer ces contraintes dans leur chaîne d’approvisionnement, créant ainsi un marché structurel pour les polymères issus du recyclage avancé.
La mise en service de l’unité de Grandpuits représente donc à la fois une avancée technologique et un signal fort sur la capacité des acteurs historiques de l’énergie à se repositionner dans l’économie circulaire. Reste à observer comment cette technologie trouvera sa place dans l’écosystème du recyclage français, entre les approches mécaniques traditionnelles et les innovations émergentes dans le domaine de la chimie des polymères.

















