Une plateforme utilise l’intelligence artificielle pour modéliser l’efficacité des murs végétaux avant leur installation. Basée sur près de 2 000 mesures d’échanges gazeux de six espèces de plantes d’intérieur, cette technologie permet d’estimer la réduction de carbone et les économies d’énergie potentielles dans les bâtiments modernes.
Dans les environnements urbains où la qualité de l’air intérieur devient un enjeu sanitaire majeur, une nouvelle approche scientifique émerge pour quantifier précisément l’apport des végétaux. VertINGreen, une plateforme développée par Yehuda Yungstein et le Dr David Helman, s’appuie sur des modèles d’apprentissage automatique entraînés à partir de près de 2 000 mesures d’échanges gazeux provenant de six espèces de plantes d’intérieur courantes. Ces algorithmes peuvent anticiper la performance d’un mur végétal en matière de purification de l’air avant même son installation, en estimant la réduction de carbone et les économies d’énergie potentielles liées à une ventilation mécanique réduite.
De la promesse théorique à la réalité mesurable
Les murs végétaux verticaux représentent depuis longtemps une alternative naturelle aux systèmes mécaniques énergivores pour améliorer la qualité de l’air intérieur. Cependant, leur adoption a été freinée par des performances irrégulières et un entretien complexe. Des travaux de recherche menés à l’Université de Séville ont démontré leur potentiel, révélant que les systèmes actifs de jardins verticaux éliminaient 96 % à 98 % des polluants intérieurs, notamment le formaldéhyde et le dioxyde de soufre, en 24 heures. VertINGreen ambitionne de combler l’écart entre ces résultats de laboratoire et la fiabilité en conditions réelles.
Les modèles prédictifs développés par l’équipe ont atteint des taux de précision supérieurs à 0,94 pour les estimations d’assimilation du carbone. L’approche quantitative répond à un besoin exprimé par les chercheurs eux-mêmes : « Les murs végétaux ont un potentiel énorme, mais jusqu’à présent, nous manquions d’outils pour vraiment comprendre et gérer leur fonctionnement en intérieur ».
Surveillance par imagerie hyperspectrale
La plateforme ne se limite pas à la phase de conception. Elle assure également le suivi des installations après leur mise en place grâce à l’imagerie hyperspectrale. La technique capture la lumière au-delà du spectre visible pour détecter les premiers signes de stress végétal, tels qu’une carence en eau ou une maladie, plusieurs semaines avant que les symptômes ne deviennent perceptibles à l’œil nu. L’innovation réside dans la capacité du système à fonctionner avec seulement quelques bandes spectrales, ce qui maintient les coûts d’équipement à un niveau accessible pour un large éventail de projets de construction.
La surveillance continue permet d’optimiser l’entretien et de garantir la pérennité des performances des murs végétaux, transformant ces installations d’éléments décoratifs en véritables systèmes actifs de purification de l’air.
Un outil pour les professionnels du bâtiment
Les concepteurs de VertINGreen présentent leur plateforme comme un instrument destiné aux architectes, ingénieurs et gestionnaires de bâtiments souhaitant intégrer la nature dans les espaces intérieurs avec une approche scientifique. « VertINGreen nous permet de passer de l’inspiration à la mise en œuvre », expliquent-ils. « Elle donne aux architectes, ingénieurs et gestionnaires de bâtiments les outils dont ils ont besoin pour faire confiance à la nature et l’utiliser pleinement à l’intérieur des bâtiments. »
Cette démarche arrive dans une évolution plus large de l’architecture vers des bâtiments dits « vivants », où les éléments naturels ne sont plus simplement des ajouts esthétiques mais des composants fonctionnels intégrés au système global du bâtiment. La capacité à modéliser et à suivre les performances des végétaux en temps réel ouvre la voie à une nouvelle génération d’espaces intérieurs où la biologie et la technologie travaillent en synergie pour créer des environnements plus sains et plus durables.
L’analyse des données collectées par VertINGreen révèle que l’intégration des végétaux dans les bâtiments répond à une demande croissante de naturalisation des espaces urbains, mais que cette tendance nécessite des outils de mesure et de gestion adaptés. La plateforme représente ainsi une tentative de rationaliser l’utilisation des plantes en intérieur, en transformant une pratique souvent intuitive en une discipline quantifiable et optimisable.
Article : « VertINGreen: A Practical Application for Planning and Monitoring Indoor Vertical Green Living Walls Based on Remote Sensing and Machine Learning Models » – DOI : 10.1155/ina/5782002

















