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Réduire de 5 à 10% l'énergie des immeubles d'une Ville (entière !)
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Article publié le 29/10/2011 à 11:43 par William Van Sprolant
 
Par la CORrection hivernale de la température du Réseau d’Eau potable urbain ; un procédé (CORSAIRE) inédit à l’origine (1995) d’une thèse de master en énergie de l’Ecole Polytechniques Fédérale de Lausanne (Suisse) sur la valorisation des rejets thermiques du CERN, mais depuis enlisé à Genève… Un article certes long mais justifié par l’originalité et l’enjeu d’un concept digne de l’œuf de Colomb.

Concept général

Le procédé CORSAIRE vise à corriger de 5 à 10°C (utiles) la chute hivernale de la température des réseaux d’eau potable urbain (de moyenne et haute latitudes) avec de l’énergie-chaleur « fatale » issue de sites industriels situés en périphérie des villes, tels que par exemples, centrales thermoélectriques (1/2 à 2/3 de l’énergie primaire perdue), usines d’incinération, stations de traitement d’eaux usées (en sortie), etc.

Depuis un bassin tampon couvert de la source de rejets thermiques, au moyen d’une pompe et d’une conduite d’adduction, l’eau industrielle « caloporteuse » (15 - 25°C) est approchée du Réseau d’Eau Potable urbain (REP) qui en semestre d’hiver est plutôt glacé (6 - 10°C). La chaleur de l’eau industrielle est ensuite cédée à l’eau potable dans une Station d’Echange Thermique (SET) constituée uniquement d’une batterie d’échangeurs de chaleur à plaques en acier inoxydable. La puissance thermique reçue par m3/s d’eau potable est de 4'200 kW par degré d’élévation de sa température (C eau= 4,2 kJ/kg.K).

Un bassin-déversoir sommital assure que la pression de l’eau industrielle reste inférieure à celle de l’eau potable, empêchant sa contamination en cas de fuite dans l’échangeur de chaleur. Ce bassin-déversoir permet également un pompage d’adduction en « heures creuses ». En sortie de la SET, l’eau industrielle refroidie peut être restituée au cours d’eau le plus proche sans impact thermique sur le milieu ; ceci durant tout le semestre d’hiver (saison de chauffage de l’habitat).

 schéma de principe du procédé CORSAIRE

 Fig. 1 : schéma de principe du procédé CORSAIRE
 
Le REP n’étant pas isolé, l’eau potable déglacée va perdre dans le sol une partie (± 1/3) de sa chaleur reçue et donc se refroidir à nouveau durant son transport et sa distribution. Le gain en température chez les consommateurs finaux est alors encore de 5 à 10°C. Le contenu énergétique de 1 m3 d’eau potable augmentée de 10°C est de 42 MJ, équivalent à 1 kg de fioul ou 1,2 Nm3 de gaz naturel ou encore 12 kWh d’électricité.

A titre d’exemple, pour Paris « intra-muros » (2,1 millions d'habitants + 1,4 millions de pendulaires), soit environ 600’000 m3 d’eau potable par jour, durant la saison officielle de chauffage (du 1er octobre au 20 mai, soit 232 j/an), un gain de 10 °C sur l’eau potable correspondrait à une fourniture énergétique « nette » (sans perte chaudière) de 1,6 TWh, soit 140'000 tonnes équivalent pétrole et 300’000 tonnes d’émissions de CO2 (en moins). C’est encore égale à 10% des 16 TWh/an de consommation des 100’000 immeubles résidentiels parisiens et 1/3 de leur objectif de réduction pour 2020 du Plan Climat de Paris…

 

Qualité sanitaire de l’eau potable


L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande pour l’eau potable en réseau une température cible de 8 à 15°C, avec un maximum autorisé de 25°C, au moment de sa fourniture aux consommateurs. Une dégradation de la qualité microbiologique de l’eau potable en réseau peut provenir en été par son échauffement progressif dans le terrain sous la chaussée chauffée par le soleil et/ou par un débit insuffisant, voir une stagnation prolongée en extrémité du réseau. A contrario, en hiver l’eau potable déglacée à 16-18°C par le procédé CORSAIRE et qui tarderait à être distribuée redeviendrait spontanément à sa température originelle de « réfrigérateur », réduisant ainsi naturellement l’activité microbiologique. Le procédé CORSAIRE s’appliquerait donc, largement en dessous de la limite supérieure de l’OMS, à des agglomérations urbaines de densité suffisante où la distribution de l’eau potable, depuis sa « production », est relativement rapide (quelques heures au maximum) et évidemment où sa température hivernale d’origine est faible (condition climatique minimale).

 
Impact sur l’Eau Chaude Sanitaire (ECS)

Des mesures faites à Genève (sur 1'000 éq. logements), pour l'évaluation des performances d’installations thermo-solaires de préchauffage de l'Eau Chaude Sanitaire (ECS), ont montré que l'eau froide à l’entrée des immeubles varie entre 17°C en été et 6°C en hiver (± 2°C en dehors de la « cible » 8-15°C de l’OMS), alors que la demande d'énergie pour la production d'ECS double en hiver p.r.p. à l’été.

 
Evolution saisonnière de la température de l’eau potable du réseau urbain (à Genève) et besoin correspondant d’énergie pour la production d’Eau Chaude Sanitaire (ECS)
 
Fig.2 : Evolution saisonnière de la température de l’eau potable du réseau urbain (à Genève) et besoin correspondant d’énergie pour la production d’Eau Chaude Sanitaire (ECS)
 

La correction hivernale de la température de l'eau froide vers celle de l’été, par le procédé CORSAIRE, permettrait une économie énergétique annuelle pour l'ECS d'environ 1/3, soit 1/10 de l’Indice de Dépense de Chaleur d'un immeuble d’habitation standard (600-800 MJ/m²an pour le chauffage + ECS à Genève).

 
Impact sur l’Electricité

En plus d’une éventuelle production d’ECS d'origine électrique, les lave-linge et lave-vaisselle utilisent près de 90% de leur consommation électrique pour chauffer l’eau, avec un accroissement hivernal conséquent de l'ordre de 20 % vis-à-vis de l'été. La majorité des ménages utilisent ces machines la journée. L'électricité effaçable par le procédé CORSAIRE est donc ici aux tarifs «Heures Pleines» et «Pointes Mobiles», aux coûts marginaux particulièrement élevés (10 x le tarif de base). Hors chauffe-eau électrique, pour ces machines on peut déjà escompter une économie d’énergie électrique de l'ordre de 5%. Par ailleurs, rincer à l’eau tempérée (16°C) plutôt que glacée (6°C) en hiver réduit le « durcissement » par choc thermique du linge et donc en fin de compte le travail et l’énergie (électrique) pour son repassage.

 
Impact sur le Chauffage

La stagnation temporaire et systématique de l'eau froide dans les nombreux réservoirs (chasses d'eau) et les cuvettes des toilettes constitue une source « parasite » et inattendue de perte thermique. Chaque action d’une chasse d’eau peut emporter jusqu'à 700 kJ de chaleur pris sur le chauffage de l’immeuble (13 litres d’eau avec un échauffement parasite de 13°C en hiver).

 volution asymptotique de la température de l’eau froide des toilettes à Genève (accroissement moyen de 8°C déjà au début de la saison de chauffage !)

Fig.3 : Evolution asymptotique de la température de l’eau froide des toilettes à Genève (accroissement moyen de 8°C déjà au début de la saison de chauffage !)

 
Cette tendance a également été observée à Genève, lors de mesures faites sur une semaine, montrant que l'eau dans un réservoir augmente en moyenne déjà de 8°C au mois d'octobre soit en début de la saison de chauffage (fig. 3 ci-dessus). L'impact final des WC va néanmoins dépendre du temps moyen de résidence de l'eau dans le réservoir et la cuvette des toilettes, de son isolement thermique et de la ventilation des lieux (ventilateur temporisé, récupération de chaleur sur la ventilation à double flux, etc.).


En résumé

Le procédé CORSAIRE pourrait abaisser de 5 à 10% (± 1% / °C utile) la demande de chaleur de toute une agglomération urbaine, de moyenne à haute latitude, sans intervention ou équipement sur les immeubles desservis. L’infrastructure CORSAIRE bénéficierait d’une grande économie d’échelle et d’un effet d’aubaine. Elle se limiterait principalement à un bassin-tampon couvert, un bassin-déversoir sommital, une pompe, une conduite d’adduction de l’eau industrielle caloporteuse et une Station d’Echange Thermique (SET). La distribution finale de l’énergie-chaleur étant assurée par le réseau d’eau potable urbain (déjà existant).

Le procédé CORSAIRE entraînerait de facto une redistribution entre tous les flux d'énergie(s) entrant et sortant des immeubles chauffés ; réduisant (par anticipation externe) la « perte par consommation d’eau ». A terme, l'assainissement énergétique des bâtiments (isolation, récupération sur la ventilation, sur les eaux usées, électroménagers efficaces), fera augmenter l'importance relative de l’énergie dans la consommation d'eau potable du réseau et donc aussi l’impact du procédé CORSAIRE (± 50% du bilan énergétique d’un Bâtiment Basse Consommation).

 
(E)au secours ! Appel urgent pour une collaboration élargie


Le „Projet“ CORSAIRE fut inscrit au Plan directeur de l’Energie du Canton de Genève 2001-2005. Au préalable d’une éventuelle réalisation concrète, il était divisé en plusieurs études approfondies et spécifiques: impact énergétique (avec immeuble test), qualité sanitaire (bactériologique et physico-chimique), intégrité physique du réseau d’eau potable urbain, faisabilité technique et financière, potentiel d’application et acceptabilité publique; le tout pour un budget d’environ 3 millions de francs suisses (2 M€).

Ces études préliminaires de faisabilité auraient permis de décider de réaliser ou non un quartier d’habitation pilote (première mondiale), suivi d’une implantation à l’échelle du centre-ville de Genève (± 220'000 habitants = 1/2 du Canton). Son potentiel d’économie, en fioul, gaz et électricité, équivaut à 10'000 tonnes équivalent pétrole, d’une valeur d’environ 10 millions de francs suisses (7M€) et à 24'000 tonnes de CO2/an[1] ! En ordre de grandeur c’est 1/10 de l’impact sur Paris « intra-muros » ; à extrapoler aussi p. ex. pour : Bruxelles, Londres, Berlin, Prague, Moscou, Pékin, Québec, Stockholm, etc.

Toutefois, 15 ans de tergiversations font que ce programme de recherche approfondie et pluridisiplinaire est sans cesse reporté; un paradoxe compte tenu des ambitieux objectifs énergétiques de l’Etat et de la Ville de Genève. Dès lors, une collaboration élargie (p. ex. un partenariat inter-villes) est vivement souhaitée par William van Sprolant, inventeur du procédé CORSAIRE et directeur du bureau CvS énergies sàrl ( cvs-energies@mecacerf.ch )!

 Pour conclure, l’illustre Jet d’eau de Genève est (à l’époque de la construction de la Tour Eiffel) à l’origine d’une co-fourniture d’énergie mécanique par le réseau d’eau potable aux machines des artisans genevois (de 1886 à 1960). Le procédé CORSAIRE, en co-fournissant cette fois de l’énergie-chaleur par le dit réseau, renouerait Genève avec son Histoire industrielle…

[1] Le potentiel de réduction d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) serait de 2 ou 3 kg par m3 d’eau potable relevée de 10°C par substitution « nette » (sans pertes chaudière) de 42 MJ à la production d’Eau Chaude Sanitaire et au chauffage, respectivement au gaz naturel ou au mazout ; il est même de 6 kg de CO2/m3 d’eau en substitution à l’électricité (selon l’ADEME et RTE, le contenu marginal CO2 du mix européen d’électricité est de 0,5 à 0,6 kg CO2/kWh).


 

 
>Réduire de 5 à 10% l'énergie des immeubles d'une Ville (entière !)

 
Etude intéressante ,mais la difficulté est que l'on met les usines à la campagne puisqu'on n'y a pas pu y mettre les villes .
Autour de certaines centrales nucléaires ,l'utilisation des eaux basses calories se fait sur des installations proches de l'usine ;mais cela reste marginal .
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?       
>Réduire de 5 à 10% l'énergie des immeubles d'une Ville (entière !)

 
@Dédé29 et tous les lecteurs,

Merci pour votre réaction. J'aimerai y apporter quelques clarifications.

Le procédé CORSAIRE ne vise PAS les eaux de refroidissement des centrales nucléaires mais la pléthore d'autres sources de rejets de chaleur en périphérie des grandes villes (Centrales « thermo » électriques aux gaz naturel, fioul, et charbon, Usines d'incinération d'ordures, Stations d'épuration des eaux usées, etc.).

En effet, les agglomérations urbaines sont des « concentrées » de consommation d'énergies et de matières et donc aussi de production de rejets de toutes sortes. Il est donc normal que les infrastructures y afférant soient situées dans leur périmètre ou leur périphérie proche.

Pour reprendre l'exemple de Paris ; dans la région parisienne, outre les centrales thermiques et d'incinération cogénératrice d'électricité et de chaleur pour la CPCU (Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain), il y a 4 centrales électriques à flammes (fioul, charbon et gaz naturel) d'EDF, totalisant une puissance électrique de 3'600 MW (él) et qui fonctionnement essentiellement en « semi-base » (les CPT) et en « pointe » (les TAC) durant la saison de chauffage lorsque la demande d'électricité est plus forte:

1 - CPT de Porcheville (78) au fioul, 2'400 MW (él),
2 - CPT de Vitry-sur-Seine (94) au charbon de 500 MW (él),
3 - Turbine A Combustion (TAC) de Vaires-sur-Marne (77) de 555 MW (él),
4 - TAC d'Arrighi (94) de 125 MW (él).

Compte tenu de leur efficacité de production respective (CPT 40%, TAC 30%), elles génèrent de l'ordre de 6'000 MW de rejets de chaleur au 3/4 sous forme d'eau de refroidissement (prise et rejetée dans la Seine).

Typiquement la CPT de Vitry, à 5 km en amont de Paris, rejette ainsi dans la Seine par le refroidissement de ses « Condenseurs de vapeur » de l'ordre 600 MW de puissance-chaleur ; ceci durant environ 3'300 h/an (en 2010), soit 2 TWh d'énergie. A elle seule, elle pourrait subvenir à la totalité des besoins de chaleur pour le procédé CORSAIRE sur Paris intra-muros.

De la même manière la CPT de Porcheville (avec 5'000 MW en eau de refroidissement) pourrait servir au procédé CORSAIRE à l'échelle de l'Ile de France (10 millions d'habitants = Belgique). Et là, on n'a même pas considéré également la chaleur résiduelle des 30 m3/s des stations d'épuration d'eaux usées d'Ile de France (une récupération de 10°C sur ce débit d'eau usée représente 1'260 MW supplémentaires de puissance-chaleur, soit autant que la puissance-électrique d'une « tranche » nucléaire)...

Il ne faut pas perdre de vue que les niveaux de température (15-25°C) de ces rejets de chaleur sont trop faible pour être utilisé dans un réseau de Chauffage à Distance (CAD) tel que celui du CPCU de Paris (eau surchauffée et vapeur), sans parler que le CAD implique des coûts colossaux d'infrastructures dont les chaudières de secours « dormantes » dues à l'obligation contractuelle de fourniture aux clients raccordés hiver comme été (charge réduite).

Le procédé CORSAIRE ne nécessite rien de cela puisqu'il ne fait qu'abaisser le besoin de la capacité, déjà existante, de production d'Eau Chaude Sanitaire et de chauffage des immeubles tous raccordés au réseau d'eau potable. De plus, en abaissant la pointe hivernale de demande de chaleur, le procédé CORSAIRE améliore le Taux de charge moyen des réseaux CAD existants et donc leur rentabilité !

Bref, le procédé CORSAIRE est totalement inédit et il y a beaucoup de chose dire et a découvrir dessus, dont les indispensables essais sur le maintien de l'intégrité sanitaire et physique du réseau d'eau potable.

Encore une bonne lecture et commentaires bienvenues !

Sol(id)airement,

William van Sprolant
(inventeur du procédé CORSAIRE)
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?       
>Réduire de 5 à 10% l'énergie des immeubles d'une Ville (entière !)

 
2 petites corrections dans mon commentaire ci-dessus :

C'est 3 (au lieu de 5) GW en puissance d'eau de refroidissement pour la CPT de Porcheville (soit en gros 5 x la CPT de Vitry-sur-Seine),

Et lire « ... le procédé CORSAIRE (permet d'améliorer) le Taux de charge moyen des réseaux CAD, (de même que celui du réseau électrique et du gaz naturel)... ».

Le « Taux de charge » d'un réseau de distribution d'énergie ou autre est la puissance moyenne véhiculée pour une période donnée par rapport à la puissance « installée » (capacité nominale ou structurelle) du dit réseau.

William van Sprolant
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?       

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 William Van Sprolant - Genève (Suisse)
Mon site Internet

Technicien mécanicien, ingénieur électricien, master en science & technologie de l’Energie (EPFL, Suisse), orienté projets R&D (ULB, CERN, ESRF, bureau d’études), membre du Comité du Solar Club du CERN.

 

L’efficacité énergétique est ma marotte depuis plus de 30 ans ; enfin aujourd’hui on en reconnait la nécessité… d’agir aussi plus que par des mots, même si cela commence ainsi (comme ici).

 

Bonne lecture (réactions bienvenues)!

 

Sol(id)airement,

 

Courriel : cvs-energies@mecacerf.ch

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