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Allemagne : Une transition énergétique à 1000 milliards d’euros

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L’Allemagne à laquelle nous faisons souvent référence, n’a pas fait mieux qui a décidé du jour au lendemain de la fermeture de huit de ses centrales en attendant la fermeture totale des autres prévue pour 2022. J’avais eu l’occasion de vous reporter dans un message du 3 mars 2013 le premier retour d’information de l’impact de cette fermeture sur l’approvisionnement en électricité de l’Allemagne et sur les problèmes que le remplacement de la source de production nucléaire avec ses caractéristiques par des sources d’énergie renouvelable avec les siennes propres posaient.

L’intervenant allemand à la conférence duquel j’avais assisté, considérait que l’aspect positif de ce début de transition était que la capacité de production d’électricité du pays avait tenu et qu’il n’y avait pas eu de rupture d’approvisionnement des habitations particulières ou des installations industrielles. Les difficultés qui étaient apparues étaient que l’Allemagne était devenu un pays dont le coût d’accès énergétique n’était plus compétitif, que l’intermittence des unités de production était un problème majeur et que les réseaux pour amener au sud l’électricité renouvelable produite au nord devaient largement être doublés ou réaménagés.

Nous voici 6 mois plus tard,alors que nous mêmes, en France avons juste abordé la transition énergétique française dans une ambiance de franche opposition entre les politiques et les industriels. Peut être serait il temps de regarder où ils en sont en Allemagne?

Le premier problème rencontré outre Rhin est financier. Les sources d’électricité renouvelables subventionnées ( Eolien Solaire et Biomasse donc hors hydroélectricité) sont passées de 12 à 18 % de la production d’électricité globale quand celle d’origine nucléaire a diminué de 23 à 16 % entre 2010 et 2012. Par contre, elle ne s’est développé que grâce à des subventions lourdes, 14 milliards d’euros en 2012, du fait de l’obligation de reprise de cette électricité à des prix bien supérieurs à ceux de l’électricité produite par des moyens existants, thermiques ou nucléaires. Le prix de l’électricité en Allemagne a ainsi augmenté de 30% de 2010 à 2012 et est le plus élevé d’Europe après celui du Danemark!

Pour arriver à la sortie totale du nucléaire, il en coutera à l’Allemagne d’après son Ministre de l’Environnement, Mr Altmaier, 1000 milliards d’euros d’ici 2040 !

Celui qui paye cette augmentation du prix de l’électricité, c’est le consommateur moyen, sachant que pour les industries dite électrointensives, le gouvernement à mis en place des subventions compensatrices pour leur conserver leur compétitivité. Jusqu’à quand ce matraquage durera t il ? L’avenir le dira.

Le problème suivant que l’on connaissait mais dont on peut voir l’impact en vrai grandeur désormais, c’est celui de l’intermittence des énergies renouvelables. L’électricité ne se stockant pas, il faut prévoir un approvisionnement en double pour les moments où elles sont aux abonnés absents. Il s’agit de centrales à gaz ou au charbon que l’on peut démarrer en quelques minutes et qui par définition n’offrent aucune rentabilité à leurs exploitants.Il faut donc trouver un système de compensation payé par le consommateur pour assurer la survie de ces "centrales en double". Par ailleurs le gaz étant plus cher en ce moment que le charbon ou le lignite dont l’Allemagne est largement pourvue, les industriels ferment leurs centrales à gaz pour les remplacer par des centrales à charbon/lignite!

Moralité, le système de production d’électricité allemand actuel est infiniment plus émetteur de CO2 qu’avant la transition énergétique, sans compter les polluants divers que charbon et lignite diffusent largement dans l’atmosphère.Le contenu en CO2 du kWh allemand est 5 fois plus élevé que le kWh français fortement nucléarisé.

Enfin l’industrie allemande qui comptait sur cette transition énergétique pour devenir le leader des équipements et infrastructures nécessaires à l’électricité nouvelle, n’y a rien gagné. Baisse des subventions et concurrence asiatique ont fait disparaitre l’industrie photovoltaïque. Les grands de l’industrie allemande, Siemens et Bosch ont du s’en retirer avec de lourdes pertes financières et en effectifs.Sans compter qu’à court terme les subvention à l’industrie pour leur coût élevé de leur électricité devraient diminuer aussi.

Globalement donc, c’est plutôt un désastre qu’une réussite. Mais en démocratie, c’est l’électeur moyen qui décide. Il aura ce pour quoi il a voté…

A suivre

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange


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