Le blocage du détroit d’Ormuz depuis cinq semaines, qui paralyse 20% du commerce mondial de pétrole et de gaz, provoque un retour en force du charbon en Europe et en Asie. L’Allemagne envisage de redémarrer ses centrales à charbon, tandis que la Corée du Sud, l’Inde et plusieurs pays d’Asie du Sud-Est intensifient leur recours à ce combustible fossile, menaçant ainsi des années d’efforts de décarbonation.
La fermeture du détroit d’Ormuz depuis cinq semaines, conséquence directe du conflit dans le golfe Persique, opère un renversement spectaculaire des politiques énergétiques mondiales. Alors que la communauté internationale s’était engagée dans une transition progressive vers des énergies moins carbonées, la paralysie de cette artère maritime stratégique par laquelle transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié contraint les nations à revenir vers le combustible fossile le plus polluant.
Un retour en force du charbon
Les signaux de ce revirement se multiplient sur plusieurs continents. En Allemagne, la coalition gouvernementale a convenu de réexaminer le redémarrage des centrales au charbon maintenues en réserve, représentant 8,8 gigawatts de capacité dont les trois quarts en charbon de houille. Leur décision intervient alors que la part du charbon dans la production électrique allemande a déjà augmenté d’environ deux points de pourcentage ce mois-ci, tandis que la production au gaz a chuté de plus d’un tiers.
En Asie, le phénomène prend une ampleur encore plus marquée. La Corée du Sud a levé les restrictions sur la production d’électricité au charbon. L’Inde intensifie sa production avant l’été, avec des autorités qui ont ordonné à la centrale de quatre gigawatts de Tata Power dans le Gujarat de fonctionner à pleine capacité jusqu’en juin. L’Indonésie s’appuie désormais davantage sur ses réserves nationales, tandis que la Thaïlande, les Philippines et le Vietnam développent tous leurs capacités de production électrique au charbon.
Des conséquences économiques immédiates
Les répercussions économiques de cette crise énergétique commencent à se matérialiser dans les prévisions des institutions internationales. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation globale pour le G20 à 4,0% pour 2026, soit 1,2 point de pourcentage de plus que son estimation précédente. Cette révision s’explique par le choc d’offre causé par le conflit dans le golfe Persique.
La croissance du produit intérieur brut mondial a été projetée à 2,9% pour 2026, contre 3,2% en 2025. Ces projections reposent sur l’hypothèse que les perturbations énergétiques s’atténueront d’ici la mi-année.
Sur les marchés pétroliers, le Brent a grimpé d’environ 60% depuis le début des hostilités le 28 février, enregistrant sa plus forte hausse mensuelle depuis plus de trois décennies (hors invasion du Koweït en 1990). Les cours restent plus de 40% au-dessus des niveaux d’avant-guerre, malgré les interventions coordonnées des pays consommateurs.
Interventions limitées des pays consommateurs
Face à cette flambée des prix, les États-Unis et leurs alliés ont déployé plusieurs mesures d’urgence. Ils ont libéré 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques de pétrole, constituant le prélèvement coordonné le plus important jamais réalisé. Washington a également temporairement suspendu les sanctions sur certains pétroles russes et iraniens dans le but d’alléger les pressions sur l’approvisionnement.
Ces initiatives n’ont cependant pas suffi à stabiliser durablement les marchés. « Les prix élevés de l’énergie vont pousser les gouvernements, les industries et les ménages à envisager d’autres options », analyse Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie. « Je ne serais pas surpris s’il y avait, au moins temporairement, une pression à la hausse sur l’utilisation du charbon, tant pour la production d’électricité que pour le secteur industriel ».
Une crise sans précédent depuis les années 1970
La fermeture effective du détroit d’Ormuz plonge le monde dans sa pire crise énergétique depuis les chocs pétroliers des années 1970. La guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui entre maintenant dans sa quatrième semaine, continue d’étouffer environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, sans qu’aucune résolution ne se profile à l’horizon.
Les tentatives de désescalade restent fragiles. Après que le président américain Donald Trump a affirmé le 23 mars que les États-Unis et l’Iran menaient des « discussions très poussées » visant à résoudre le conflit, le ministère iranien des Affaires étrangères a rejeté ces déclarations, les qualifiant de stratégie « pour faire baisser les prix de l’énergie et gagner du temps pour mener à bien ses objectifs militaires ».



















