Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont annoncé le 22 juillet 2026 les trois lauréats de la première vague du mécanisme de soutien à la production d’hydrogène décarboné par électrolyse. Portés par Engie Solutions, Elyse Energy et Fertighy, ces projets totalisent 161,4 MW de capacités et bénéficieront de 778 millions d’euros de subventions sur quinze ans.
Hydrozere, eM-Rhône, FertHySomme. Trois consortiums industriels ont été désignés lauréats de la première vague de l’appel d’offres de soutien à la production d’hydrogène décarboné par électrolyse. L’annonce, intervenue en amont du comité de pilotage de la stratégie nationale hydrogène, ouvre la voie au déploiement de 161,4 MW de capacités d’électrolyse sur le territoire national. Les trois projets retenus, sélectionnés parmi six offres déposées, bénéficieront d’un appui financier de 778 millions d’euros, réparti sur une durée de quinze ans.
Un appel d’offres très sélectif
Initiée fin 2024, la procédure conduite par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et opérée par l’ADEME a d’abord présélectionné dix candidats. Une phase de dialogue concurrentiel, menée durant l’été 2025, a permis d’affiner le cahier des charges en fonction de la réalité industrielle des porteurs de projets. Le lancement de l’appel d’offres en décembre 2025 a suscité six dossiers. Trois seulement ont passé l’ultime barre de sélection.
Le mécanisme de soutien constitue l’un des piliers de la Stratégie nationale hydrogène, révisée en avril 2025 après concertation avec l’ensemble des acteurs de la filière : industriels, développeurs, équipementiers et organismes de recherche. Il vise à accompagner la production d’hydrogène décarboné destinée à des usages industriels directs et à stimuler l’installation de nouvelles capacités d’électrolyse. Conformément au code de l’énergie, les lauréats disposent désormais de huit semaines pour constituer leurs garanties financières et solliciter l’établissement de leur contrat. Un éventuel désistement permettrait aux projets suivants du classement d’être désignés à leur tour.
Trois projets, trois filières
Les lauréats couvrent un spectre industriel diversifié :
- Hydrozere, porté par Engie Solutions H2 : 5 MW de capacité d’électrolyse soutenue, dédiée à des usages de combustion dans la métallurgie.
- eM-Rhône, porté par Elyse Energy : 61,1 MW de capacité soutenue, destinée à la production de méthanol décarboné pour l’industrie chimique.
- FertHySomme, porté par Fertighy : 95,3 MW de capacité soutenue, orientée vers la fabrication d’engrais azotés décarbonés à partir d’hydrogène électrolytique.
Pour eM-Rhône et FertHySomme, le soutien public ne porte que sur une fraction de leur capacité électrolytique totale, ce qui suggère des projets d’envergure supérieure aux seuls volumes subventionnés. L’hydrogène produit par FertHySomme se substituera au gaz fossile dans la synthèse d’ammoniac, matière première des engrais azotés.

Une trajectoire vers le gigawatt
Avec ces 161,4 MW, la France pose un premier jalon vers l’objectif d’environ 1 GW de capacité installée inscrit dans la stratégie nationale révisée. Le mix électrique français, largement dominé par le nucléaire et les renouvelables, permet de produire un hydrogène électrolytique à l’empreinte carbone réduite.
Au-delà des trois projets retenus, le comité de pilotage du 22 juillet a permis d’aborder plusieurs dossiers structurants : l’état de l’industrie française des fabricants d’électrolyseurs, la décarbonation des raffineries, les carburants de synthèse pour l’aérien et le maritime, ainsi que le développement des infrastructures de transport et de stockage. Autant de chantiers qui conditionneront l’essor de la filière au cours des prochaines années.
Arrimage aux plans nationaux
Maud Bregeon a salué le franchissement de cette première étape : « Les trois premiers projets soutenus permettront d’utiliser l’électricité française bas carbone pour produire de l’hydrogène qui décarbonera notre industrie et pourra produire des engrais sans utiliser de gaz fossile. »
Sébastien Martin y voit une avancée industrielle tangible : « En soutenant des projets dans la chimie, la métallurgie et la production d’engrais, nous accompagnons l’émergence de nouvelles chaînes de valeur industrielles fondées sur l’hydrogène décarboné. La France dispose des acteurs, des technologies et des projets nécessaires pour bâtir une industrie plus souveraine et moins dépendante des énergies fossiles importées. »
L’annonce s’inscrit dans la continuité du plan d’électrification présenté le 23 avril 2026 et du plan engrais dévoilé le 9 juillet, qui ambitionne de faire émerger une filière nationale de production d’engrais décarbonés et souverains. Reste à observer si le rythme des prochaines vagues de l’appel d’offres permettra d’atteindre la cible du gigawatt dans les délais envisagés par l’exécutif. Les services de l’État, sous l’égide de la DGEC et de l’ADEME, préparent déjà les modalités de la deuxième vague de sélection.
Projet n°1 – Hydrozère
HydroZère est un projet d’électrolyseur de 5 MW porté par Engie Solutions H2. Le projet sera implanté à Saint-Chély-d’Apcher (48) en lien avec le site industriel existant d’Arcelor Mittal qu’il alimentera en hydrogène électrolytique bas carbone. Les volumes d’hydrogène décarboné produits par cet électrolyseur seront destinés à remplacer un usage existant d’hydrogène aujourd’hui produit par vaporeformage de méthane. Cette bascule de l’hydrogène produit à partir de méthane vers de l’hydrogène électrolytique permettra, grâce au mix électrique peu émetteur français, de réduire les émissions de gaz à effet de serre liés à l’approvisionnement en hydrogène du site. Concrètement, l’hydrogène produit alimentera le four de recuit du sidérurgiste pour effectuer des traitements de surface des aciers permettant d’obtenir une finition propre et brillante, et empêcher la formation d’oxydes pendant les traitements thermiques.
Projet n°2 – eM-Rhône
eM-Rhône est un projet situé à Salaise-sur-Rhône (38) et porté par la PME industrielle française active dans le secteur de l’hydrogène décarboné et des carburants de synthèse Elyse Energy. Il s’agit d’un projet intégré de production de méthanol. Le méthanol sera synthétisé à partir d’hydrogène et de dioxyde de carbone. La production de l’installation sera destinée aux secteurs de la chimie et du transport, le méthanol pouvant entre autres servir de carburant pour les navires, de précurseur pour la production de carburant de synthèse pour l’aérien ou encore dans la chimie. Ces composés sont utilisés pour la fabrication de produits divers, tels que des peintures, plastiques, adhésifs ou encore détergents.
L’installation produira son méthanol grâce à l’hydrogène produit par un électrolyseur d’une puissance de 210 MW et de dioxyde de carbone capté sur la cimenterie de Lafarge du Teil. Seule la partie du projet qui correspond aux volumes vendus pour des usages autres que la production de carburants de synthèse est aidée dans le présent dispositif de soutien. Cela correspond à 61,1 MW d’électrolyse. Cette capacité d’électrolyse permettra de produire 50 000 tonnes de méthanol par an, soit 750 000 tonnes sur la durée du soutien. Le reste de l’installation n’était pas éligible au mécanisme de soutien puisque les usages de l’hydrogène dans le transport font l’objet d’autres dispositifs de soutien.
Projet n°3 – FertHySomme
Le projet FertHySomme est porté par la société FertigHy, qui prévoit d’installer un électrolyseur de 200 MW à Languevoisin-Quiquery (80) au sein d’une usine nouvelle de production d’engrais azotés bas-carbone. L’hydrogène produit servira directement d’intrant pour la synthèse de l’ammoniac, avant sa transformation en ammonitrates. Au-delà de contribuer à installer une activité industrielle nouvelle dans l’hexagone, ce projet contribuera directement à renforcer significativement la souveraineté française en matière de production d’engrais. Il permettra en outre de conforter la place de la France dans la production d’engrais bas-carbone, en lien avec les objectifs poursuivis de réduction de l’impact environnemental lié aux pratiques agricoles.
Avec ce projet, premier du type sur le territoire, c’est une part de l’émancipation de l’agriculture en France qui s’initie. La première relève de cet appel d’offres permet de soutenir le projet sur un périmètre de 95,3 MW sur les 200 MW de l’installation future.
Source : CP/ .Gouv
















