Des chercheurs sud-coréens du KIST et de l’IAE ont développé un catalyseur à base de diséléniure de tungstène modifié qui améliore significativement les performances des batteries lithium-air. L’innovation permet d’atteindre plus de 550 cycles de charge-décharge stables et pourrait ouvrir l’accès à des applications pratiques pour une technologie longtemps restée au stade expérimental.
La quête de batteries plus performantes passe souvent par l’exploration de matériaux aux propriétés inédites. Dans ce domaine, les chercheurs sud-coréens de l’Institut coréen des sciences et technologies et de l’Institut d’ingénierie de pointe viennent d’apporter une contribution notable avec le développement d’un catalyseur bidimensionnel à base de diséléniure de tungstène. Leur approche repose sur une ingénierie des défauts à l’échelle atomique qui modifie fondamentalement le comportement du matériau.
L’art de créer des lacunes contrôlées
La technique mise au point par les équipes du Dr Sohee Jeong et du Dr Gwang-Hee Lee consiste à introduire des atomes de platine dans la structure lamellaire du WSe₂ tout en créant des lacunes de sélénium de manière délibérée. La double modification transforme le plan basal du matériau, normalement inerte, en une surface catalytique active. Ces lacunes artificielles agissent comme des sites privilégiés où se déroulent les réactions électrochimiques essentielles au fonctionnement des batteries lithium-air.
Le mécanisme est particulièrement intéressant : ces défauts contrôlés facilitent simultanément la réaction de réduction de l’oxygène pendant la décharge et la réaction de dégagement d’oxygène lors de la charge. La bifonctionnalité est rare dans les catalyseurs conventionnels. Parallèlement, l’approche préserve la conductivité électrique intrinsèque du matériau, garantissant un transport efficace des électrons nécessaire aux performances optimales.
Des résultats qui marquent une avancée
Les tests réalisés sur prototypes de batteries lithium-air équipées du nouveau catalyseur ont produit des résultats significatifs. Le système a démontré une durée de vie opérationnelle stable dépassant 550 cycles de charge-décharge à un taux de 1 C. Cette performance surpasse nettement celles obtenues avec les catalyseurs commerciaux de référence, notamment le platine sur carbone et l’oxyde de ruthénium.
L’avantage se manifeste à la fois en termes de durabilité et d’efficacité sur une large gamme de taux de charge, de 0,1 C à 3 C. Selon l’article publié dans Materials Science and Engineering: R, les cathodes utilisant le WSe₂ modifié ont également présenté une capacité de décharge de 9 868 mAh par gramme, un chiffre qui témoigne du potentiel énergétique de leur approche.
Une technologie longtemps attendue
Les batteries lithium-air suscitent l’intérêt des chercheurs depuis des années en raison de leur principe de fonctionnement particulier. Contrairement aux batteries conventionnelles qui stockent tous leurs réactifs internes, ces systèmes puisent l’oxygène nécessaire à leur fonctionnement directement dans l’air ambiant. La caractéristique permet une réduction substantielle du poids, un avantage déterminant pour des applications comme les véhicules électriques.
Pourtant, la promesse est restée largement théorique. La lenteur des réactions d’oxygène et la faible durabilité des catalyseurs disponibles ont maintenu la technologie confinée aux laboratoires. Les travaux du consortium KIST-IAE, réalisés en collaboration avec le Conseil national de la recherche scientifique et technologique, offrent une nouvelle perspective en maximisant le potentiel des matériaux bidimensionnels pour le stockage d’énergie.
Perspectives et défis
Si cette avancée technique est réelle, son passage à l’échelle industrielle représente un défi de taille. La commercialisation de batteries lithium-air basées sur cette technologie reste encore à plusieurs années, selon les chercheurs eux-mêmes. Les obstacles à surmonter incluent non seulement la production à grande échelle du catalyseur, mais aussi l’intégration dans des systèmes complets et fiables.
Néanmoins, la recherche ouvre des perspectives intéressantes. Une mise à l’échelle réussie pourrait accélérer le développement de véhicules électriques à plus longue autonomie et de systèmes de stockage d’énergie à l’échelle du réseau électrique. L’approche par ingénierie des défauts pourrait également inspirer d’autres travaux sur des matériaux bidimensionnels pour différentes applications énergétiques.

















