La start-up française Geolinks Services a annoncé une levée de fonds de l’ordre de six millions d’euros auprès d’investisseurs spécialisés dans les technologies de pointe. L’opération financière vise à commercialiser FlowTerra, une solution de modélisation dynamique du sous-sol en temps quasi réel. Les applications concernent principalement les secteurs miniers, la séquestration de CO2 et la prospection d’hydrogène naturel.
La société française Geolinks Services vient de finaliser une opération de financement auprès de plusieurs acteurs spécialisés dans les technologies avancées. Leur levée de fonds intervient à un moment où la surveillance des ressources souterraines devient un enjeu stratégique pour l’industrie et la transition énergétique.
Une technologie issue de la recherche publique
Le développement de FlowTerra s’appuie sur des travaux menés au CNRS dans le domaine de la sismique passive. Cette approche scientifique permet d’obtenir des images du sous-sol sans avoir recours à des sources sismiques actives, réduisant ainsi l’impact environnemental des opérations d’exploration. La méthode repose sur l’analyse des vibrations naturelles de la Terre pour reconstituer la structure géologique en profondeur.
La particularité de cette technologie réside dans sa capacité à fournir des données en continu, créant ainsi une forme de surveillance permanente des mouvements de fluides dans les formations souterraines. Cette dimension temporelle représente une avancée significative par rapport aux méthodes d’exploration traditionnelles, qui ne fournissent généralement que des instantanés du sous-sol.
Des applications industrielles multiples
Les domaines d’application de FlowTerra couvrent plusieurs secteurs stratégiques pour l’économie et l’environnement. Dans l’industrie minière, la solution permet de mieux comprendre les mouvements des fluides dans les gisements, contribuant à optimiser les opérations d’extraction tout en renforçant la sécurité des sites. Pour la séquestration du dioxyde de carbone, la technologie offre un moyen de surveiller l’intégrité des réservoirs de stockage, garantissant que le CO2 injecté reste confiné dans les formations géologiques.
La prospection de l’hydrogène naturel constitue un autre axe majeur de développement. Contrairement à l’hydrogène produit industriellement, l’hydrogène géologique se forme naturellement dans le sous-sol par des processus géochimiques. Sa détection et son exploitation représentent un défi technique considérable, car ce gaz migre rapidement à travers les formations rocheuses. La capacité de FlowTerra à reconstituer les chemins de migration en profondeur pourrait faciliter l’identification de gisements exploitables.
Un écosystème d’investisseurs spécialisés
Le tour de table réunit plusieurs acteurs institutionnels et privés. Calderion, fonds spécialisé dans les carburants de nouvelle génération, apporte son expertise dans le domaine de l’hydrogène. Le fonds French Tech Seed, géré par Bpifrance dans le cadre du plan France 2030, représente l’engagement de l’État dans le soutien aux innovations technologiques. BRGM Invest, filiale du Bureau de recherches géologiques et minières, apporte quant à elle une connaissance approfondie des sciences de la Terre. Enfin, InnoEnergy, déjà présent au capital de la société, confirme son soutien à travers un réinvestissement.
« Nous entrons aujourd’hui dans une phase clé de notre développement : celle du déploiement commercial. FlowTerra marque le passage de la preuve technologique à une solution opérationnelle, capable d’apporter aux industriels une vision continue et fiable du sous-sol », explique Jean-Charles Ferran, cofondateur et président de Geolinks Services.
Cette diversité d’investisseurs reflète la nature transversale de la technologie, qui intéresse à la fois les acteurs de l’énergie, de l’environnement et des ressources minérales.
Les défis techniques à venir
Le lancement commercial de FlowTerra prévu pour 2026 s’accompagne d’un renforcement des équipes techniques. La société prévoit d’intégrer de nouvelles compétences en intelligence artificielle, modélisation numérique et géosciences. Cette montée en puissance vise à transformer un prototype de laboratoire en une solution industrielle robuste, capable de fonctionner dans des conditions opérationnelles variées.
Les défis techniques restent cependant nombreux. La modélisation en temps réel des mouvements de fluides dans des milieux géologiques complexes nécessite des capacités de calcul importantes et des algorithmes sophistiqués. La validation des résultats sur le terrain constitue également un enjeu majeur, car les données fournies par la technologie doivent être confrontées aux observations géologiques directes.
« Dans sa verticale dédiée à l’hydrogène naturel, Calderion cherche à répondre à la question suivante : peut-on exploiter de manière compétitive de l’hydrogène naturellement présent dans le sous-sol ? La technologie développée par Geolinks apporte une capacité inédite : reconstituer les chemins de migration de l’hydrogène en profondeur. C’est un prérequis essentiel pour évaluer le potentiel de cette nouvelle source d’énergie décarbonée », souligne Vincent Brillault, founding partner de Calderion.
Un contexte géopolitique et environnemental
Le développement de technologies de surveillance du sous-sol s’inscrit dans un contexte plus large de recherche d’autonomie stratégique. La dépendance européenne aux importations de matières premières critiques pour la transition énergétique a mis en lumière la nécessité de mieux connaître et exploiter les ressources nationales. Les métaux nécessaires aux batteries électriques, aux éoliennes et aux panneaux solaires se trouvent souvent dans des formations géologiques complexes, dont l’exploration nécessite des outils avancés.
Parallèlement, les exigences environnementales imposent de nouvelles contraintes aux industries extractives. La surveillance en continu des sites miniers et des installations de stockage de CO2 répond à cette demande croissante de transparence et de sécurité. Les régulateurs et les populations locales attendent désormais des garanties sur l’impact environnemental des activités souterraines.
« La technologie de pointe de surveillance du sous-sol développée par Geolinks s’applique à de nombreux cas d’usage, tels que le stockage de CO2, l’exploration de ressources non carbonées ou encore la gestion prédictive des aquifères. Nous sommes donc ravis d’accompagner cette société qui répond à des enjeux majeurs de transition énergétique et environnementale », indique Maud Henrotte, directrice de participations chez Bpifrance Deeptech Venture.
La commercialisation de FlowTerra représente ainsi une étape importante dans l’évolution des méthodes d’exploration géologique. En permettant une vision dynamique du sous-sol, cette technologie pourrait modifier les pratiques industrielles dans plusieurs secteurs stratégiques. Son succès dépendra cependant de sa capacité à démontrer sa fiabilité opérationnelle et son intérêt économique pour les industriels confrontés à des défis techniques et environnementaux croissants.



















