L’Agence nationale de sécurité sanitaire a rendu public aujourd’hui un rapport d’évaluation attendu sur les produits du vapotage. Si elle présente un « risque sanitaire moindre » par rapport au tabac fumé, l’Anses alerte sur des dangers « non négligeables » pour la santé et appelle à un encadrement renforcé. La publication de ce document intervient dans un contexte politique sensible, peu après le retrait d’une taxe sur la vape du projet de loi de finances.
Le débat sur la cigarette électronique entre dans une nouvelle phase. Après trois ans de travaux, l’Anses a publié**, ce mercredi 4 février 2026, un rapport exhaustif sur les risques sanitaires liés au vapotage. Le document dresse un bilan en demi-teinte. D’un côté, l’agence reconnaît le rôle de la vape comme outil de réduction des risques pour les fumeurs. De l’autre, elle pointe des dangers concrets et appelle les pouvoirs publics à durcir la réglementation, notamment sur la publicité et la vente aux mineurs.
La publication de cet avis est d’autant plus scrutée qu’elle survient à un moment clé. Fin 2025, le gouvernement a retiré in extremis du projet de loi de finances une taxe controversée sur les e-liquides, ainsi qu’une mesure visant à interdire la vente en ligne. Une décision intervenue sous la pression d’une pétition ayant recueilli près de 250 000 signatures et des professionnels du secteur, qui craignaient pour la survie de la filière. Le rapport de l’Anses vient donc éclairer, avec l’autorité de la science, un débat jusqu’ici très polarisé entre santé publique et considérations économiques.
Un risque « réduit » mais des dangers « non négligeables »
Le cœur du message de l’Anses tient dans une distinction essentielle. L’agence confirme que le vapotage présente un « risque réduit » comparé à la consommation de tabac fumé. La conclusion s’appuie notamment sur la présence en quantité moindre de substances toxiques comme les aldéhydes, fortement cancérogènes, dans l’aérosol des cigarettes électroniques par rapport à la fumée de cigarette. Pour les millions de fumeurs en France, la vape reste donc identifiée comme une option de transition pour arrêter de fumer.
Cependant, l’Anses ne verse pas dans un angélisme béat. Son expertise met en lumière des « risques non négligeables » pour la santé. Le rapport détaille plusieurs sources de préoccupation :
* La présence de métaux dans les aérosols, provenant des résistances de l’appareil.
* La formation de produits de dégradation du sucralose, un édulcorant très utilisé dans les e-liquides, lorsque celui-ci est chauffé à haute température.
* Une augmentation des effets de troubles cardiovasculaires et respiratoires chez les utilisateurs.
* Surtout, l’agence évoque un risque de cancer jugé « possible », s’appuyant sur des études animales et humaines ayant observé des modifications cellulaires précancéreuses.
« Le principe de précaution doit s’appliquer », peut-on lire dans le rapport, qui souligne que « l’absence de danger n’est pas établie», en particulier pour les personnes qui n’ont jamais fumé. Avec 6,1% des adultes français vapotant quotidiennement et 59% d’entre eux utilisant la cigarette électronique depuis plus de deux ans, l’exposition à long terme de cette population devient une question de santé publique.
Un appel à un encadrement renforcé dans un contexte réglementaire instable
L’agence formule une série de recommandations pour mieux encadrer le marché, qui repose aujourd’hui sur la directive européenne sur les produits du tabac de 2016 (limitant par exemple la nicotine à 20 mg/ml et le volume des flacons à 10 ml).
Elle appelle notamment à :
* Interdire toute publicité et promotion pour les produits du vapotage, y compris sur les réseaux sociaux.
* Renforcer l’interdiction de vente aux mineurs.
* Étendre l’interdiction de vapoter dans les lieux accueillant des enfants et les lieux de travail collectifs.
* Mieux encadrer la composition des e-liquides, en restreignant ou en interdisant certains ingrédients aromatisants ou édulcorants attractifs pour les jeunes.
Ces préconisations tombent alors que le cadre législatif français vient d’échapper à un durcissement fiscal.
Quelle suite politique pour un dossier explosif ?
La balle est désormais dans le camp du gouvernement et du législateur. Le rapport de l’Anses, bien que non contraignant, fait autorité et servira de base scientifique à d’éventuelles nouvelles lois. La ministre de la Santé, dont les services ont commandé cette expertise, devra trancher entre les impératifs de santé publique, la pression des vapoteurs et l’inquiétude des buralistes.
La Fédération interprofessionnelle de la vape (FIVAPE) a d’ores et déjà réagi, affirmant dans un communiqué que « la filière professionnelle prend acte des recommandations » mais réitérant son opposition à toute taxation « qui pousserait les consommateurs vers le marché noir ou vers le tabac ». Au niveau européen, le débat n’est pas clos non plus. Bruxelles planche sur une révision de la législation, et la question d’une taxation harmonisée des produits du vapotage pourrait refaire surface.
** « Evaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage » : Rapport (.PDF)



















