La station Villejuif-Gustave Roussy, récemment sacrée « plus belle gare du monde » par le prix Versailles d’architecture, abrite en son sein une prouesse technique : seize ascenseurs conçus par KONE pour affronter les cinquante mètres de profondeur et les flux quotidiens de cent mille passagers. La réalisation, inaugurée il y a un an dans le Val-de-Marne, affiche clairement les défis spécifiques posés par les infrastructures souterraines du Grand Paris Express.
À cinquante mètres sous terre, dans les entrailles de la nouvelle station Villejuif-Gustave Roussy, le silence relatif des profondeurs parisiennes est rompu par le mouvement régulier de cabines d’ascenseurs. Les seize équipements, installés par le spécialiste finlandais KONE, ne sont pas de simples appareils de levage. Ils constituent l’épine dorsale mécanique d’une infrastructure conçue pour absorber, chaque jour, le passage de cent mille voyageurs. Leur présence dans cette gare, récemment distinguée par le prix Versailles d’architecture, souligne une réalité souvent occultée par le béton et le verre : la mobilité verticale est un enjeu déterminant pour le succès des réseaux de transport de grande profondeur.
Une réponse technique aux contraintes extrêmes
La conception de ces ascenseurs a nécessité une adaptation complète aux paramètres exceptionnels du site. La profondeur de cinquante mètres, un record pour le métro parisien, impose des contraintes structurelles et de sécurité inédites. Les équipes de KONE ont dû développer des composants spécifiquement dimensionnés pour un fonctionnement continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. L’endurance des mécanismes, la fiabilité des systèmes de contrôle et la capacité à gérer des pics de fréquentation ont guidé chaque phase de la réflexion, qui s’est étalée sur plus de deux ans et demi.
Les cabines, réalisées sur mesure, répondent aux normes exigeantes du Grand Paris Express. Leur design et leur agencement intérieur ont été pensés pour optimiser le flux des passagers, réduire les temps d’attente et garantir une accessibilité universelle. « Installer seize ascenseurs capables d’accompagner chaque jour des dizaines de milliers de voyageurs, à cinquante mètres de profondeur, est le résultat d’un engagement collectif et d’une expertise reconnue », explique Jérôme Audais, directeur général de KONE France, Belgique et Luxembourg. Cette déclaration met en lumière l’ampleur du défi, qui dépasse la simple installation technique pour toucher à la gestion fine de la mobilité humaine dans un espace contraint.
L’ascenseur, pivot invisible de la gare du futur
La station Villejuif-Gustave Roussy, avec ses neuf niveaux reliant la surface aux quais, fonctionne comme un organisme vivant dont la circulation dépend de ses ascenseurs. Sans ces équipements, la fluidité promise par le Grand Paris Express serait compromise, notamment pour les personnes à mobilité réduite ou chargées de bagages. Le choix de déployer seize unités, plutôt qu’un nombre moindre, témoigne d’une volonté de redondance et de résilience : en cas de maintenance ou de panne sur un appareil, le système global doit rester opérationnel.
Historiquement, l’ascenseur était souvent considéré comme un équipement secondaire, relégué dans des espaces annexes. Aujourd’hui, il devient un élément central de l’expérience voyageur, intégré dès la phase de conception architecturale. Le puits de lumière monumental de la gare, élément clé de sa distinction, dialogue ainsi avec les cages d’ascenseurs qui le jouxtent, créant un parcours à la fois esthétique et fonctionnel.
Un savoir-faire qui s’exporte vers d’autres mégaprojets
La réussite technique sur ce chantier renforce le positionnement de KONE sur le marché des grandes infrastructures de transport. L’entreprise, dont l’histoire remonte au début du XXe siècle, a progressivement développé une spécialisation dans les environnements à forte contrainte : aéroports, gares ferroviaires, et désormais métros de grande profondeur. Les leçons tirées du chantier du Grand Paris Express sont directement applicables à d’autres projets similaires à travers le monde, de Singapour à New York, où les réseaux de transport cherchent à gagner en profondeur pour éviter la congestion en surface.
Le paramétrage minutieux de chaque ascenseur, réalisé par des monteurs formés en continu, illustre cette quête d’excellence. Il s’agit concrètement de calibrer des systèmes complexes qui doivent interagir avec l’environnement bâti, les flux de passagers prévus par les modèles de simulation, et les impératifs de maintenance à long terme. La capacité à penser le cycle de vie complet de l’équipement, de sa conception à son exploitation, devient un argument différenciant dans les appels d’offres internationaux.
Alors que la ligne 15 Sud doit rejoindre cette station en 2026, doublant potentiellement sa fréquentation, les ascenseurs de KONE seront mis à l’épreuve. Leur performance sous le toit de verre de la « plus belle gare du monde » démontre que la beauté architecturale et l’efficacité technique ne sont pas antinomiques. Elles sont, au contraire, les deux faces d’une même médaille : celle d’une mobilité urbaine qui doit concilier ambition esthétique et réponse pragmatique aux besoins des citadins.











