L’Union TLF, organisation professionnelle du transport routier, demande au gouvernement français d’aligner temporairement la fiscalité du gazole sur le niveau espagnol, le plus bas d’Europe. La mesure viserait à compenser la flambée des prix et à endiguer le déclin structurel des transporteurs français, dont la part de marché est passée de 90% à 58% en trente ans.
La flambée des prix du carburant agit comme un révélateur implacable des fragilités structurelles du transport routier français. Alors que les entreprises du secteur subissent un nouveau choc conjoncturel, la crise actuelle met en lumière un décrochage plus profond. En trois décennies, la part des transporteurs français dans le marché intérieur de marchandises s’est effondrée de 90% à 58%. L’érosion progressive trouve ses racines dans un différentiel de fiscalité qui désavantage systématiquement les acteurs nationaux face à leurs concurrents européens.
Un alignement fiscal comme solution d’urgence
L’Union TLF, organisation représentative du secteur, fait une proposition qui serait d’aligner temporairement le niveau de la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE) appliquée aux transporteurs français sur celui de l’Espagne. En effet, ce pays applique le taux net le plus bas autorisé au niveau européen, à 33 euros par hectolitre, contre 45,19 euros en France après remboursement partiel. La distorsion de concurrence, supportable en période normale, devient intenable lorsque les cours du pétrole s’emballent.
La mesure proposée présenterait plusieurs avantages concrets. Elle permettrait une baisse immédiate de plus de 6% du prix du gazole pour les transporteurs, absorbant ainsi près d’un quart de la hausse enregistrée entre fin février et la mi-mars. Pour des entreprises dont les marges figurent parmi les plus faibles d’Europe, cette bouffée d’oxygène pourrait faire la différence entre survie et cessation d’activité.
Un coût maîtrisé pour les finances publiques
Le dispositif envisagé représenterait un coût estimé à 70 millions d’euros mensuels, une somme significative mais ciblée sur un secteur stratégique pour l’économie française. La proposition s’inscrirait dans la logique des aides spécifiques que le gouvernement souhaite déployer en direction des secteurs les plus exposés aux fluctuations énergétiques.
Au-delà de l’urgence conjoncturelle, l’Union TLF appelle à une réflexion plus structurelle sur l’alignement de la fiscalité française sur celle de ses principaux concurrents européens. « Nous devons apporter des réponses conjoncturelles et ciblées pour aider les transporteurs à passer cette crise », explique Jean-Thomas Schmitt, président de l’Union TLF. « La demande de l’Union TLF apporterait une réponse immédiate et directe pour baisser le prix des carburants pour les transporteurs, avec un effet limité sur les finances publiques. Mais il faut aussi que la réponse apportée à cette nouvelle crise soit plus qu’un pansement sur une jambe de bois. Il faut, enfin, sonner la fin du déclin du pavillon français. »
Une question de souveraineté économique
La situation actuelle dépasse la simple question du pouvoir d’achat des transporteurs. Elle interroge la capacité de la France à maintenir une filière stratégique pour son économie. Le transport routier constitue en effet l’épine dorsale des échanges commerciaux, avec des implications directes sur la compétitivité des entreprises françaises dans leur ensemble.
L’analyse des trente dernières années montre que le différentiel fiscal n’est pas le seul facteur explicatif du déclin du pavillon français, mais il en constitue un élément déterminant. Les transporteurs français doivent composer avec des coûts d’exploitation supérieurs à ceux de leurs homologues espagnols, polonais et même allemands, tout en respectant les mêmes normes sociales et environnementales.
La proposition de l’Union TLF soulève cependant des questions complexes. Comment garantir que la baisse de fiscalité bénéficiera effectivement aux transporteurs et ne sera pas absorbée par les distributeurs de carburant ? Comment éviter les effets d’aubaine et cibler précisément les entreprises les plus fragilisées ? Comment préserver une capacité logistique nationale face à la concurrence européenne ?
Soit la crise actuelle accélère le déclin déjà amorcé du transport routier français, soit elle sert de catalyseur pour une réforme structurelle de sa fiscalité.

















