Près de six œufs sur dix analysés dans le cadre d’une enquête menée en France contiennent des polluants éternels. Derrière ce constat, des élevages familiaux et quelques exploitations découvrent que leurs œufs peuvent contribuer à une exposition chronique, sans que la présence de ces substances signifie un risque immédiat.
📌 L’essentiel en 3 points
- 57% des 91 œufs analysés contiennent au moins un des quatre PFAS recherchés, dans une enquête qui n’est pas représentative de l’ensemble de la production française.
- 23 échantillons dépassent les normes de qualité, avec un pic à près de vingt-quatre fois le seuil dans les Ardennes.
- Les dépassements concernent davantage les œufs de particuliers, mais des producteurs professionnels sont également touchés.
L’enquête conjointe du réseau ICI et de la cellule investigation de Radio France, publiée aujourd’hui, a fait analyser par le laboratoire agréé Labocéa 91 œufs. Cinquante-deux échantillons renferment au moins un des quatre PFAS recherchés : PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS. Vingt-trois dépassent les normes de qualité utilisées comme repères, soit environ un quart des prélèvements. Ces limites s’appliquent juridiquement aux œufs destinés à la vente.
Les échantillons provenaient de particuliers comme de producteurs, dans des secteurs déjà connus pour leur pollution ou sans indice particulier de contamination. Ce coup de sonde révèle des situations préoccupantes, mais ne constitue pas un échantillon représentatif de l’ensemble des œufs consommés en France.
Une pollution de proximité
Dans les poulaillers domestiques, les volailles sont au contact de leur environnement. À Pierre-Bénite, dans la vallée de la chimie du Rhône, un échantillon prélevé chez un particulier affichait un taux environ dix fois supérieur à la norme de qualité. Les poules avaient pu être exposées aux fumées d’Arkema et à l’eau qu’elles buvaient.
Un jardin peut sembler sain alors que ses sols ont été chargés par des retombées industrielles, des épandages de boues ou, plus localement, par le brûlage répété de déchets. La présence de PFAS dans un œuf invite donc à rechercher les sources d’exposition autour du poulailler. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, d’en déterminer l’origine ni l’étendue.
Des exploitations et des jardins piégés
Les dépassements sont plus fréquents dans les œufs de particuliers, mais les producteurs ne sont pas épargnés. Quatre échantillons issus de producteurs contenaient des PFAS, dont deux au-dessus des normes de qualité.
La situation la plus préoccupante a été relevée dans les Ardennes, chez des maraîchers de Haraucourt. La somme des quatre PFAS y atteint 40,1 microgrammes par kilo, soit près de vingt-quatre fois la norme de qualité de 1,7 microgramme par kilo. L’origine de la pollution est documentée : le précédent propriétaire avait épandu des boues de la station d’épuration d’une papeterie de Stenay, dans la Meuse, à une trentaine de kilomètres.
Pour les professionnels, la découverte peut avoir des conséquences immédiates sur l’activité : un dépassement empêche la mise sur le marché des œufs concernés. À Haraucourt, les résultats posent aussi la question de l’usage de terres dont la contamination était déjà connue. Le problème dépasse alors le seul poulailler et touche les sols qui nourrissent l’exploitation.
Renouveler les sols, une piste ciblée
Après la publication de l’enquête, Xavier Coumoul, professeur de biochimie et toxicologie à l’Université Paris Cité, a proposé de tester les sols ou de les renouveler sur les sites de production, d’utilisation ou d’incinération de PFAS, ainsi que dans les secteurs concernés par des épandages de boues.
Pour les particuliers, le toxicologue recommande de varier l’alimentation et de ne pas consommer les œufs dépassant les normes. Lorsque les concentrations s’en approchent, il conseille de ne pas en manger un par jour.
Dans plusieurs communes autour de la plateforme industrielle de Pierre-Bénite, les autorités recommandent aux particuliers de ne pas consommer les œufs de leurs poulaillers. En Île-de-France, la recommandation concerne les élevages domestiques situés dans l’unité urbaine de Paris. Elle repose sur la présence de plusieurs familles de polluants persistants, dont les PFAS, et appelle à une vigilance particulière pour les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes.
















