Pendant des siècles, l’imagerie biologique a reposé sur des colorants et des marqueurs fluorescents pour visualiser les structures cellulaires – une pratique qui non seulement altère les échantillons, mais peut aussi retarder des décisions médicales cruciales. La coloration traditionnelle peut prendre 20 à 30 minutes pendant une chirurgie, retardant potentiellement des décisions critiques sur les marges tumorales. Même la pathologie de routine exige des protocoles de préparation longs qui modifient les molécules mêmes que l’on étudie.
Dans un nouvel article publié dans eLight, une équipe de scientifiques dirigée par le professeur Guoan Zheng de l’Université du Connecticut a développé le deep-ultraviolet ptychographic pocket-scope (DART) – une plateforme portable qui transforme l’imagerie moléculaire grâce à un contraste spectroscopique intrinsèque en ultraviolet profond.
DART change le paradigme de l’imagerie en exploitant une propriété fondamentale de la biologie : l’ADN et les protéines absorbent naturellement des longueurs d’onde spécifiques de la lumière ultraviolette profonde. En imageant à 266 et 280 nanomètres – des longueurs d’onde où les acides nucléiques et les protéines ont des signatures d’absorption distinctes – DART crée des cartes moléculaires quantitatives avec une précision au femtogramme, sans aucun marqueur externe.
« DART fournit des informations moléculaires instantanément, et parce qu’il est basé sur les propriétés moléculaires intrinsèques plutôt que sur la liaison de colorants, les résultats sont intrinsèquement quantitatifs et reproductibles », explique Zheng.
Le système atteint des spécifications remarquables dans un format portable : une résolution de 308 nanomètres, un champ de vision à l’échelle du centimètre et une profondeur de champ à l’échelle du millimètre. Cette combinaison, impossible avec la microscopie conventionnelle, permet une imagerie tissulaire complète sans refocalisation mécanique.
Une caractéristique clé de DART est sa capacité de coloration virtuelle. Contrairement aux approches basées sur l’IA qui peuvent générer des artefacts ou halluciner des caractéristiques, les colorations virtuelles de DART dérivent directement du contenu moléculaire mesuré. Le système quantifie les masses d’acides nucléiques et de protéines avec une précision au femtogramme, puis traduit ces mesures en apparences histologiques familières.
« Nous donnons essentiellement aux cliniciens une vision moléculaire aux rayons X », souligne Zheng. « Ils peuvent voir non seulement les structures cellulaires, mais aussi les distributions réelles de protéines et d’ADN qui définissent l’identité cellulaire et les états pathologiques. »
Les implications vont au-delà des laboratoires terrestres. La conception compacte et sans marqueur rend DART idéal pour les missions spatiales, où la surveillance de la santé des astronautes et l’étude de l’adaptation microbienne en microgravité sont des défis critiques. L’appareil pourrait également permettre des diagnostics sur le terrain dans des régions aux ressources limitées, où l’infrastructure de coloration traditionnelle est indisponible.
L’équipe a obtenu ces capacités grâce à plusieurs innovations techniques. Ils ont modifié des capteurs d’image commerciaux pour améliorer la sensibilité aux ultraviolets profonds. Une surface codée désordonnée convertit la lumière diffusée à grand angle en signaux détectables. Plus critique encore, leur algorithme virtual state élimine les artefacts dus aux limitations de cohérence des LED et aux imperfections optiques.
À l’avenir, les chercheurs envisagent d’élargir la gamme de longueurs d’onde de DART pour une discrimination moléculaire plus fine et de développer des versions endoscopiques pour l’imagerie in vivo. La technologie pourrait transformer les flux de travail en pathologie, permettre un guidage chirurgical en temps réel et ouvrir de nouvelles frontières en biologie spatiale – tout en préservant les échantillons dans leur état naturel et non altéré.
La convergence de l’imagerie computationnelle, de la spectroscopie et de la miniaturisation incarnée par DART représente plus qu’un progrès incrémental. Elle offre une manière fondamentalement nouvelle d’observer la biologie : directement, quantitativement et sans perturbation.
Article : Deep-ultraviolet ptychographic pocket-scope (DART): mesoscale lensless molecular imaging with label-free spectroscopic contrast – Journal : eLight – DOI : Lien vers l’étude











