IQM Quantum Computers a présenté le 22 juin des codes de correction d’erreurs réduisant jusqu’à mille fois les taux d’erreur logiques. Des équipes de Sydney et d’IBM identifient le bruit de mesure comme obstacle principal, tandis qu’un cadre mathématique unifié émerge des travaux de l’Académie chinoise des sciences.
La course à l’informatique quantique tolérante aux pannes vient de franchir un cap. IQM Quantum Computers, société finno-allemande, a dévoilé le 22 juin une approche de correction d’erreurs qui, selon ses concepteurs, permettrait d’abaisser les taux d’erreur logiques d’un facteur pouvant atteindre mille par rapport au code de surface, méthode de référence dans le domaine.
Des codes de tuiles pour architectures planaires
Baptisée « codes de tuiles directionnels », la nouvelle approche s’adapte aux architectures de processeurs planaires bidimensionnelles classiques. Elle mobilise exclusivement des portes iSWAP entre qubits voisins, opérations déjà natives sur les processeurs Crystal développés par IQM. Corédigé avec des chercheurs de la Freie Universität Berlin, de l’Université d’Édimbourg et de la Johannes Gutenberg-Universität de Mayence, le travail démontre une protection de l’information quantique avec une empreinte matérielle d’environ trente qubits physiques par qubit logique, sans recourir à des coupleurs longue portée ni à un routage tridimensionnel.
L’annonce fait suite à la présentation, plus tôt en juin, des « codes haltères » (barbell codes), autre famille de codes quantiques à faible densité de parité (LDPC) exploitant la connectivité accrue de la topologie du processeur Constellation d’IQM. Les deux familles poursuivent un objectif commun : contourner les coûts en ressources, traditionnellement lourds, associés à la correction d’erreurs quantiques.
Le bruit de mesure, talon d’Achille des qubits logiques
Dans un développement connexe, une équipe de l’Université de Sydney et d’IBM a identifié le bruit de mesure en milieu de circuit comme facteur limitant la fiabilité des opérations logiques quantiques sur les dispositifs actuels. Travaillant sur le processeur supraconducteur Heron r2 à 156 qubits d’IBM, les chercheurs ont démontré qu’une refonte des circuits de correction d’erreurs, visant à réduire les temps d’inactivité lors des mesures, permettait d’augmenter le taux de survie des qubits logiques de moins de 90 % à plus de 96 % par cycle de correction.
« Nous souhaitions identifier quels processus physiques limitaient les performances des dispositifs quantiques modernes. Ce que nous avons découvert, c’est que l’acte de mesurer les qubits pendant un calcul peut lui-même créer de l’instabilité », ont déclaré les chercheurs de l’Université de Sydney.
Parallèlement, D. S. Wang, de l’Université de l’Académie chinoise des sciences, et ses collègues ont publié un article démontrant que la distillation, l’atténuation des erreurs et le découplage dynamique, techniques longtemps perçues comme des méthodes distinctes, constituent en réalité des cas particuliers d’un cadre unique de correction des erreurs quantiques. Les travaux révèlent un fondement mathématique commun, ancré dans l’encodage redondant de l’information quantique, permettant de détecter et corriger les erreurs sans perturber l’état quantique sous-jacent.
Vers des machines opérationnelles
Pris ensemble, les trois axes de recherche illustrent une dynamique d’accélération au sein de la communauté quantique. L’objectif partagé : réduire l’écart entre le matériel bruité disponible aujourd’hui et les machines tolérantes aux pannes dont dépendront les applications pratiques, qu’il s’agisse de simulation moléculaire, de cryptographie ou d’optimisation combinatoire.
Les résultats d’IQM suggèrent qu’une réduction drastique des ressources matérielles nécessaires à la correction d’erreurs est envisageable, tandis que les travaux de Sydney et d’IBM rappellent que le chemin reste semé d’obstacles physiques fondamentaux. La proposition d’un cadre unifié par l’équipe de Wang apporte, quant à elle, une assise théorique susceptible de guider les futures implémentations. Reste à confronter ces résultats à des déploiements à plus grande échelle, sur des processeurs comptant plusieurs centaines, voire milliers de qubits. La correction d’erreurs quantiques demeure le verrou technologique par excellence, dont dépendra la viabilité économique et scientifique de l’ordinateur quantique.
Article : « Nearest-neighbour gates are all you need: High-rate quantum low-density parity-check codes on a planar grid » – DOI: arxiv.org/pdf/2606.19482
Source : IQM
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