Des chercheurs chinois ont développé un robot semi-humanoïde et une plateforme de transport à six pattes pour la construction de la station lunaire internationale prévue au pôle sud de la Lune d’ici 2035. Leurs innovations s’inscrivent dans le cadre d’une feuille de route spatiale ambitieuse qui comprend également un système de fret économique et des missions habitées avant 2030.
Dans le silence des laboratoires de l’Institut d’ingénierie des systèmes spatiaux de Pékin, une nouvelle génération de machines se prépare à affronter les conditions extrêmes de la surface lunaire. Alors que la Chine accélère son programme d’exploration spatiale, les ingénieurs ont conçu un robot semi-humanoïde capable d’effectuer des travaux de construction et de maintenance dans l’environnement hostile du pôle sud lunaire.
Un robot polyvalent pour les travaux lunaires
Le dispositif combine une base à roues avec un torse articulé dont la mobilité permet des rotations de 180 degrés dans chaque direction et une inclinaison vers l’avant jusqu’à 90 degrés. Sa main articulée offre quatre degrés de liberté pour une manipulation précise des outils et des échantillons scientifiques. « Comparée à la marche bipède, une suspension active à roues se déplace plus rapidement et est plus stable, offrant une plateforme stable pour le travail du haut du corps », expliquent les chercheurs dans le Journal of Deep Space Exploration.
Les roues présentent une structure innovante avec un treillis métallique et des bandes de roulement en fil d’acier, conçues pour absorber les chocs et garantir des performances fiables dans le froid extrême du terrain accidenté lunaire. Cette approche s’appuie sur l’expérience acquise avec les rovers Yutu et Zhurong, qui ont démontré la viabilité de la locomotion à roues dans l’espace.
Un écosystème robotique complet
L’équipe de Pékin a également développé une plateforme de transport à six pattes spécialement adaptée à la logistique lunaire. La machine est capable d’effectuer un atterrissage en douceur avant de parcourir la surface pour transporter des marchandises. Ces deux robots font partie d’un écosystème plus large destiné à la construction de la future base lunaire.
Ces avancées techniques s’accompagnent d’initiatives institutionnelles significatives. L’Agence spatiale habitée chinoise a confirmé en février avoir finalisé la sélection d’un système de transport de fret à bas coût et lancé son développement. Un contractant public a parallèlement dévoilé un concept de « transport de fret lunaire économique », indiquant une approche systématique de la logistique spatiale.
La feuille de route vers 2035
La stratégie lunaire chinoise s’articule autour de plusieurs missions clés :
- Chang’e-7 prévue cette année pour étudier l’environnement du pôle Sud et rechercher de la glace d’eau
- Chang’e-8 vers 2028 pour tester l’utilisation des ressources in situ, notamment l’impression 3D de briques à partir de régolithe lunaire
- La Station internationale de recherche lunaire, initiative collaborative regroupant 17 pays et plus de 50 institutions de recherche
Un modèle de base de la station est attendu d’ici 2035, avec un réseau élargi dont l’achèvement est prévu vers 2050.
Le programme habité en parallèle
La Chine poursuit simultanément son programme lunaire habité avec des développements concrets. Le lanceur Longue Marche 10, le vaisseau spatial Mengzhou et l’atterrisseur Lanyue progressent selon les plans établis, avec un premier alunissage habité prévu avant 2030. L’agence spatiale prévoit également deux missions spatiales habitées et une mission de ravitaillement cargo vers la station Tiangong en 2026, incluant des astronautes de Hong Kong et de Macao.
L’approche duale – robotique et habitée – représente une vision intégrée de l’exploration spatiale. Les robots préparent le terrain pour les missions humaines, tandis que les systèmes de transport économique assurent la viabilité à long terme des opérations lunaires. La Chine positionne ainsi ses capacités techniques au service d’une ambition spatiale qui dépasse les frontières nationales, avec la Station internationale de recherche lunaire comme point d’orgue de cette stratégie.

















