L’Observatoire Vera C. Rubin au Chili a identifié plus de 11 000 astéroïdes inconnus lors de ses tests préliminaires, dont 33 objets géocroiseurs et 380 corps transneptuniens. Ces découvertes, validées par l’Union astronomique internationale, préfigurent la capacité exceptionnelle de cet instrument à cartographier le système solaire et à contribuer à la défense planétaire.
Alors que l’Observatoire n’a pas encore officiellement débuté sa mission principale, ses premières campagnes d’optimisation ont déjà produit des résultats qui dépassent les attentes les plus optimistes. En moins de deux mois d’observations estivales, le télescope Simonyi Survey installé au sommet d’une montagne chilienne a détecté plus de 11 000 astéroïdes jusqu’alors inconnus, un chiffre qui place cette campagne au rang de la plus importante soumission annuelle au Minor Planet Center de l’Union astronomique internationale.
Une moisson scientifique inattendue
La collecte de données, réalisée durant l’été 2025, représente environ un million d’observations réparties sur un mois et demi. Au-delà des nouvelles découvertes, ce catalogue inclut plus de 80 000 astéroïdes déjà répertoriés, dont certains avaient été considérés comme « perdus » en raison de trajectoires trop incertaines pour permettre des prédictions fiables. Sa capacité à retrouver des objets égarés démontre la précision des instruments de l’observatoire.
Parmi les trouvailles les plus notables figurent 33 objets géocroiseurs jusqu’alors inconnus, bien qu’aucun ne présente de risque immédiat pour notre planète. Mais ce sont les 380 candidats transneptuniens qui retiennent particulièrement l’attention des astronomes. Ces corps glacés, évoluant au-delà de l’orbite de Neptune, constituent des témoins précieux des confins du système solaire. Deux d’entre eux, provisoirement désignés 2025 LS2 et 2025 MX348, suivent des trajectoires si allongées qu’ils s’éloignent jusqu’à mille fois la distance Terre-Soleil, les classant parmi les trente astéroïdes les plus distants jamais observés.
Crédit : NSF–DOE Observatoire Vera C. Rubin/NOIRLab/SLAC/AURA/R. Proctor. Carte stellaire : NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio. Gaia DR2 : ESA/Gaia/DPAC. Traitement de l’image : M. Zamani (NSF NOIRLab)
Une accélération sans précédent de la découverte
Ces résultats s’ajoutent aux 1 500 astéroïdes identifiés lors des observations First Look d’avril et mai 2025, ainsi qu’aux 73 découverts lors des tests de fin 2024, portant le total de l’observatoire à environ 12 700 objets. La rapidité de ces découvertes marque un tournant dans l’exploration du système solaire. « Ce qui prenait autrefois des années ou des décennies à découvrir, Rubin le mettra au jour en quelques mois », souligne Mario Jurić, professeur d’astronomie à l’Université de Washington et responsable de l’équipe du système solaire de Rubin.
Les 380 candidats transneptuniens détectés en moins de deux mois représentent à eux seuls une contribution significative aux quelque 5 000 objets de cette catégorie découverts au cours des trois dernières décennies. La productivité s’explique par la combinaison d’un miroir de 8,4 mètres, d’une caméra de 3,2 milliards de pixels et d’un champ de vision exceptionnellement large qui permet de balayer l’ensemble du ciel visible du Chili tous les trois à quatre nuits.
Vers une nouvelle ère de la défense planétaire
Lorsque le Legacy Survey of Space and Time débutera officiellement plus tard cette année, les scientifiques anticipent que Rubin découvrira autant d’astéroïdes toutes les deux à trois nuits, triplant ainsi le nombre d’objets connus dans notre système solaire. La capacité de détection massive positionne l’observatoire comme un instrument essentiel pour la défense planétaire, avec la perspective d’identifier près de 90 000 nouveaux objets géocroiseurs, dont certains pourraient présenter un danger potentiel.
La recherche de ces corps célestes lointains représente un défi technique considérable. « Chercher un objet transneptunien, c’est comme chercher une aiguille dans un champ de meules de foin », explique Matthew Holman, astrophysicien principal au Harvard & Smithsonian Center for Astrophysics, qui a participé au développement des algorithmes de détection. « Des objets comme ceux-ci offrent une sonde alléchante des confins les plus éloignés du système solaire ».
Ces découvertes préliminaires confirment que l’ère de l’astronomie systématique à grande échelle a véritablement commencé. Alors que les astronomes attendaient avec impatience le début officiel des opérations de Rubin, les résultats des tests d’optimisation démontrent que l’instrument est non seulement fonctionnel mais qu’il dépasse déjà les performances anticipées. La cartographie complète du système solaire, longtemps considérée comme un objectif lointain, devient progressivement une réalité observable.
Ces résultats sont disponibles sur le tableau de bord « Rubin Asteroid Discoveries ».

















