Alors que l’Union européenne s’apprête à exclure les onduleurs issus de pays à haut risque des financements publics, les données de S&P Global Energy confirment que les capacités de production occidentales dépassent déjà la demande annuelle d’installation du marché communautaire. Une enquête de l’ESMC révèle par ailleurs l’implantation solide des fabricants occidentaux en Europe de l’Est, avec une base installée de plusieurs gigawatts et des équipes locales prêtes à monter en puissance.
Alors que Bruxelles finalise son mécanisme d’exclusion des onduleurs issus de pays à haut risque des financements publics européens, la question de la capacité industrielle occidentale à répondre à la demande paraît désormais tranchée. Selon les données de S&P Global Energy présentées le 23 juin 2026, la production disponible excède déjà les besoins annuels d’installation de l’Union européenne.
Une couverture industrielle immédiatement disponible
Les chiffres rassemblés par S&P Global Energy dessinent un panorama sans ambiguïté. La capacité de production d’onduleurs en Europe atteint environ 104 GWac. À cela s’ajoutent plus de 120 GWac provenant de fabricants situés sur le continent américain et dans la région Asie-Pacifique, hors République populaire de Chine. La part de la production européenne spécifiquement disponible pour le marché communautaire dépasse 53 GWac, un volume qui correspond presque à la totalité des installations solaires réalisées dans l’UE en 2025.
« L’approvisionnement n’est pas le goulot d’étranglement. La capacité de remplacer les fournisseurs à haut risque existe déjà aujourd’hui », a déclaré Christoph Podewils, secrétaire général de l’European Solar Manufacturing Council (ESMC).
Quinze ans de présence en Europe de l’Est
L’argument d’une faiblesse occidentale sur les marchés d’Europe centrale et orientale ne résiste pas davantage à l’examen. Une enquête de l’ESMC menée auprès de six fabricants occidentaux révèle une base installée cumulée d’environ 14 GW, répartie sur huit marchés. Les industriels interrogés y sont présents depuis 2010 environ, avec quelque 330 collaborateurs commerciaux et techniques sur place ou dédiés à distance, ainsi qu’une capacité à accroître sensiblement les ventes et le support en l’espace de six mois environ.
La Pologne arrive en tête avec 4 430 MW installés, 74 employés dédiés et une capacité de montée en charge estimée à trois mois. La Hongrie (1 831 MW), la République tchèque (1 468 MW), la Roumanie (1 147 MW), la Bulgarie (810 MW) et la Slovaquie (364 MW) complètent le maillage territorial. Dans chacun des huit marchés étudiés, cinq ou six des fabricants interrogés disposent déjà d’un support local. D’autres fournisseurs occidentaux étant également actifs dans la région, les estimations de l’ESMC restent prudentes : la présence réelle est en réalité supérieure aux chiffres avancés.
Un surcoût marginal pour la sécurité énergétique
La sécurité énergétique n’implique pas non plus un renchérissement prohibitif. Une analyse de Wood Mackenzie chiffre à environ 2 % le surcoût lié au choix d’un onduleur occidental pour un projet solaire à grande échelle ou tertiaire. Pour les onduleurs de chaînes résidentiels, l’écart oscille entre 3 et 4 %. Les marchés d’Europe de l’Est étant globalement alignés sur ceux de l’Allemagne et de l’Espagne, aucun désavantage structurel de coût ne pénalise l’achat occidental dans la région.
« L’onduleur est le cerveau de chaque installation solaire. Celui qui contrôle le cerveau contrôle le réseau. Le débat sur la capacité de l’Europe à se passer des onduleurs à haut risque est clos, la capacité existe, les fabricants sont là, et en Europe de l’Est, ils sont présents depuis quinze ans », a ajouté Christoph Podewils.
Pour rappel, la décision de l’Union européenne vise à cesser d’orienter des fonds publics vers des projets énergétiques utilisant des onduleurs fournis par des entreprises détenues ou contrôlées par des entités issues de pays à haut risque (Chine, Russie, Iran et Corée du Nord). La mesure s’applique à l’ensemble des instruments financiers européens et, par conception, ne peut être contournée par une relocalisation de la production ou la création de filiales dans des pays tiers.
Source : ESMC
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