Imprimante

La décarbonisation mondiale "assez rapide" remise en cause

La décarbonisation mondiale "assez rapide" remise en cause"Pour la première fois depuis 2000, aucune réduction de l'intensité de carbone (qui reflète le mix énergétique, l'efficacité énergétique, ainsi que l'équilibre entre industrie et services) n'a été constatée pour les pays du G20, et cela malgré une modeste reprise économique mondiale" a annoncé mardi PwC dans sa nouvelle étude consacrée au « Low Carbon Economy Index ».

Ces résultats inversent ainsi la tendance à la baisse, lente mais progressive, de l'intensité des émissions de carbone observée depuis 2000.

En effet, au cours de la crise économique de 2008-2009, plusieurs pays ont vu leurs émissions de carbone chuter plus rapidement que le PIB, en raison d'une baisse de la production. Cette tendance s’est inversée en 2010, lorsque la croissance du PIB mondial de 5,1 % a été dépassée par celle des émissions, qui s’élève à 5,8 %. L'augmentation de l'intensité de carbone de 0,6 % est une première depuis plusieurs années.

Plusieurs facteurs ont contribué à l'augmentation de l'intensité de carbone l'année dernière : la croissance rapide des économies émergentes à forte intensité de carbone en 2010 (Chine, Brésil, Corée) ; les hivers plus froids en début et fin d'année ; la baisse des prix du charbon par rapport au gaz ; et le recul du déploiement des énergies renouvelables.

Ces résultats remettent en cause la vraisemblance d'une décarbonisation mondiale assez rapide qui permettrait de limiter le réchauffement planétaire à 2 degrés Celsius. Au niveau mondial, l'intensité de carbone doit être à présent réduite de 4,8 % par an, soit deux fois plus qu’en 2000, pour atteindre cet objectif. L’étude de PwC avertit qu’à moins que la corrélation entre croissance économique et hausse des émissions ne soit rompue, la réalisation de cet objectif semble peu probable

La décarbonisation mondiale "assez rapide" remise en cause


Selon Thierry Raes, associé Stratégie et Développement Durable au sein de PwC :

« Les résultats sont des plus frappants. Notre étude aboutit clairement à la conclusion que si nous comparons les prévisions de cycles de croissance pour les pays développés et en voie de développement avec le niveau de réduction des émissions de carbone requis pour respecter le scénario de 2 degrés, nous avons atteint la limite du possible en termes de réduction d'émissions de carbone. »

« Les économies du G20 qui s’acheminaient trop lentement sur la bonne voie vont désormais dans la mauvaise direction. Ce n’est que dans quelques rares cas que les pays ont réussi à réduire leurs émissions de carbone de 4,8 % en une décennie. »

La décarbonisation mondiale "assez rapide" remise en cause
 
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Selon Olivier Muller, directeur Energie et Climat au sein de PwC:


« La reprise économique, lorsqu'elle a eu lieu, a été très polluante. Même lorsque les pays membres de l'OCDE ont enregistré une certaine croissance au cours de la crise financière mondiale, celle-ci était associée à une trop forte intensité de carbone et n’a pas accru leur productivité carbone. »

La France prévoit de diviser par quatre ses émissions de CO2 d’ici 2050. A l’horizon 2020, les engagements pris lors du Grenelle de l’environnement permettront, d'après le Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement, de réduire de près de 23 % nos émissions par rapport à celles de 1990. Pour atteindre cet objectif, tous les secteurs de l’économie sont concernés.

Selon Benjamin Cros, directeur PwC, expert en Energies Renouvelables :

« Pour atteindre les taux de productivité carbone nécessaires, il faudrait révolutionner la façon dont le monde produit et utilise l'énergie. En outre, dans le contexte actuel de crise financière mondiale, nous devons transformer les financements pour réaliser la transition à l'échelle et à la vitesse requises. »

« Le compromis coût/carbone peut être évité. En particulier dans les pays en voie de développement qui ne disposent pas d’une infrastructure de réseau existante, les énergies renouvelables peuvent être compétitives avec les combustibles fossiles. »

« Les consommateurs contestent déjà la hausse des dépenses de carburant et d’électricité, et ne sont sans doute pas prêts à payer plus pour atteindre les objectifs en matière de changement climatique. Or, le report des mesures nécessaires pour briser le lien entre les émissions élevées de carbone et la croissance économique implique que les réductions qui seront requises à l'avenir seront plus importantes, plus coûteuses, et auront des répercussions négatives plus significatives sur les consommateurs. »


A propos de l’étude Low Carbon Economy index

L'intensité de carbone est l’unité de mesure privilégiée pour analyser les avancées des pays en faveur d'une économie à faibles émissions de carbone, dans la mesure où elle tient compte des prévisions de croissance économique, et elle peut générer des objectifs comparables.

L'intensité de carbone d'une économie correspond aux émissions par unité de PIB et est impactée par le mix énergétique, l'efficacité énergétique et la proportion des secteurs industriels par rapport aux secteurs des services dans un pays.

Taux historiques de décarbonisation : aucun pays ne présente un taux de décarbonisation approchant les 4,8 % désormais requis. Hormis la Chine dans les années 90, aucun des pays du G20 n'a atteint les 4,8 % de réduction depuis 1980. Six pays ont réduit leur intensité de carbone de plus de 3 % au cours de certaines décennies (la Chine, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, la Russie, le Japon) et ils y sont parvenus seulement dans des circonstances exceptionnelles. La France a atteint un taux de décarbonisation de 4,2 % dans les années 80 en augmentant la part du nucléaire dans le mix énergétique de 7 % à 33 %. La Royaume-Uni a atteint un taux de décarbonisation de 3,0 % dans les années 90 en raison de l'engouement croissant en faveur de la production d'électricité au gaz qui a remplacé la production d’électricité au charbon.

Bréve publiée le 09/11/2011 à 07:55 
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