Eva Joly, la candidate des écologistes à l'élection présidentielle 2012 a développé vendredi dernier son Pacte écologique pour l'emploi, alors même qu'elle rencontrait des salariés de M-real qui s'opposent vivement à la fermeture de leur usine de papier (l'Eure) "rentable" et défendent également sa conversion écologique.
"La raffinerie Pétroplus est en train de fermer ses portes. Si nous engagions la transition écologique, nous aurions dès demain les moyens de produire ici (NDLR : à Alizay) des agrocarburants de nouvelle génération qui correspondraient à 20% de la capacité de production de Pétroplus" a précisé Eva Joly.
Un consortium européen aurait proposé une offre combinée entre le papetier et le raffineur. Le premier produirait un nouvel agrocarburant à partir de bois, tandis que le second le raffinerait sur le site de Petroplus.
« La France poursuit des mirages et des impasses pour répondre au chômage, à commencer par l'espérance vaine d'une croissance retrouvée. La réponse des écologistes pour créer un million d'emplois, c'est l'économie verte et le vivre-mieux ; c'est l'économie de proximité ; c'est le retour du long terme dans l'économie par la rénovation du dialogue social. En changeant de perspective, de modèle, nous montrons aujourd'hui que nous sommes les seuls à ouvrir le chemin pour créer de nouveaux emplois », a déclaré par ailleurs Eva Joly.
Ce Pacte écologique pour l'emploi repose sur 5 piliers dont celui de la création nette d'1 million d'emplois par "la transition écologique", d'ici 2020. "Il ne s'agit pas d'une promesse en l'air, nous avons chiffré et mesuré l'impact de la transition écologique de l'économie. Ma priorité, c'est de montrer qu'en France, créer de l'emploi, oui c'est possible." a affirmé la candidate verte. Et d'affirmer son slogan : "Un million d'emplois, c'est faire le choix de la transition énergétique, des énergies renouvelables et des économies d'énergie !"
Dans son discours, elle a aussi interpellé Henry Proglio (PDG EDF), lui indiquant "que nous sommes les seuls à ouvrir le chemin pour véritablement créer de nouveaux emplois. Ces chiffres sont précis et calculés dans le dossier de presse que vous avez entre les mains."
Rien que dans les énergies renouvelables et les économies d'énergie, Eva Joly a chiffré le nombre de création d'emplois à plus de 400.000. Voici ci dessous, les éléments mis en avant par les Verts pour atteindre cet objectif, dont celui de la reconversion progressive de la filière nucléaire.
Extraits du chiffrage détaillé sur le document 1 million d'emplois (disponible ici en intégralité).
"Les énergies renouvelables : +141 000 emplois directs et indirects"
Le développement de la part des énergies renouvelables est fortement créateur d'emplois. Les énergies renouvelables sont en effet des énergies produites localement, contrairement au pétrole et au gaz importés. Les énergies renouvelables ont aussi un mode de production plus intensif en travail que les énergies fossiles.
Le développement des énergies renouvelables permettrait la création de plus de 110 000 emplois directs et indirects d'ici 2020 (2). En détail, la filière solaire permettrait la création de 80 000 emplois pour une puissance installée de 20 gigawatt (soit 20 fois la puissance du parc solaire installé à fin la 2010). La filière éolienne pourrait créer 40 000 emplois pour une puissance installée de 30 gigawatt (soit 6 fois le parc actuel). La filière bois pourrait créer 15 000 emplois directs et indirects et le biogaz 6 000.
En matière d'énergie renouvelable, la France doit suivre la voie tracée par l'Allemagne dont 10% de l'énergie totale est aujourd'hui d'origine renouvelable et a ainsi créé une filière qui emploie 5 fois plus de salariés qu'il y a 10 ans.
"Les économies d'énergie : +440 000 emplois directs et indirects"
La politique de l'énergie repose sur deux piliers : produire ET économiser. La réhabilitation énergétique des logements est prioritaire pour diviser par quatre les émissions de CO2. L'objectif est d'atteindre un rythme de 900 000 logements par an réhabilités aux normes basse consommation d'ici 2020. La réalisation de cet objectif permettrait la création de 440 000 emplois nouveaux dans le secteur du bâtiment. 70% de ces emplois seront créés par la rénovation des logements, le reste dans le tertiaire. Au total, 130 000 emplois directs et indirects seront créés dans les ouvertures, 260 000 dans l'isolation et 45 000 pour les systèmes de chauffage efficaces (3).
"Des emplois à reconvertir dans les énergies fossiles : -65 000 emplois directs et indirects"
Personne ne croit plus aujourd'hui en une croissance infinie de la consommation d'énergie fossile. Ces secteurs sont peu intensifs en main-d'œuvre et consistent principalement en la distribution de produits importés. D'ici 2020, la conversion à l'économie verte doit permettre une réduction de 30% de la consommation de pétrole et de gaz. Cette diminution de la
consommation des énergies fossiles se traduirait par la perte de 65 000 emplois directs et indirects.
"Une reconversion progressive de la filière nucléaire : -70 000 emplois directs et indirects"
L'industrie nucléaire et ses 240 000 emplois directs et indirects ne vont pas disparaître brutalement. Le démantèlement du parc nucléaire et le renforcement du niveau de sécurité des centrales en activité exigeront de maintenir une partie importante de l'emploi. D'ici 2020, les destructions d'emplois devraient principalement se concentrer dans les centrales qui fermeront d'ici 2020 (37 réacteurs, soit 63% du parc installé) ou verront leurs chantiers arrêtés (réacteur EPR de Flamanville).
L'étude PricewaterhouseCoopers pour Areva (4) estime que le démantèlement d'un réacteur implique de conserver un tiers des emplois d'une centrale en activité. L'arrêt de 37 réacteurs devrait donc se traduire par la suppression de 20 000 emplois directs sur les 47 000 emplois dans l'exploitation et la maintenance. L'arrêt de la construction de l'EPR de Flamanville et une réduction progressive des activités d'enrichissement et de retraitement entraîneront la perte de 20 000 emplois directs.
Le développement d'un savoir-faire en matière de démantèlement sera susceptible de créer des une nouvelle filière dont les emplois ne sont pas comptabilisés ici. Au total, 70 000 emplois directs et indirects seront supprimés d'ici 2020.
2 Source : Méthodologie P. Quirion, CIRED CNRS, et ratios emplois issus de l’étude ADEME /IN NUMERI, Marchés, emplois et enjeu énergétiques des activités liées à l’amélioration de l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables, situation 2008-09 perspectives 2010
3 Idem
4 Etude PricewaterhouseCoopers pour Areva : ICI