La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) critique sévèrement les annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu sur l’accélération de l’électrification des usages. L’organisation professionnelle estime que ces mesures, présentées le 13 avril 2026 à Paris, ignorent la réalité économique et sociale des entreprises artisanales déjà fragilisées par deux années de crise sectorielle.
Les annonces gouvernementales sur l’accélération de la transition énergétique tombent comme un couperet pour les artisans du bâtiment. Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu dévoile un renforcement massif des aides à l’électrification et une sortie progressive des énergies fossiles, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) dénonce une approche « déconnectée de la réalité économique et sociale » que traversent aujourd’hui les entreprises artisanales.
Un choc pour les métiers du chauffage
La mesure la plus problématique concerne l’interdiction de l’installation des chaudières gaz dans les constructions neuves dès fin 2026. Pour les artisans chauffagistes spécialisés dans cette technologie, cette décision représente une menace existentielle. « Des entreprises très spécialisées dans les chaudières gaz risquent une rupture brutale de leur activité dans le neuf », alerte la CAPEB. La transition technologique apparaît difficilement absorbable dans des délais aussi courts, avec un risque de désorganisation des entreprises artisanales déjà fragilisées par la baisse d’activité.
Le plan gouvernemental prévoit pourtant un renforcement massif des aides à l’électrification, porté à 10 milliards d’euros par an, ainsi qu’une accélération du déploiement des pompes à chaleur présentées comme solution centrale de substitution. Mais selon l’organisation professionnelle, cette approche ignore plusieurs réalités de terrain:
- Le marché des pompes à chaleur reste insuffisamment dynamique malgré les aides existantes
- Leur coût demeure trop élevé pour les ménages, ce qui freine le passage à l’acte
- La rénovation globale et l’isolation ne sont pas suffisamment prises en compte
L’oubli de la sobriété énergétique
La critique principale de la CAPEB porte sur l’absence d’équilibre entre électrification et sobriété. L’organisation défend une approche fondée sur la réduction des consommations via l’isolation, à travers un parcours de rénovation global, avant de recourir à l’électrification des équipements. « Cette logique de sobriété constitue un préalable indispensable à toute stratégie de décarbonation efficace et soutenable », insiste-t-elle.
L’absence d’équilibre fragilise selon elle la cohérence globale de la politique de rénovation énergétique. « Il est essentiel que le Plan d’électrification et ses moyens dédiés n’écartent pas des dispositifs publics les soutiens aux économies d’énergies », souligne la CAPEB, rappelant que l’isolation des logements reste indispensable pour une rénovation énergétique cohérente et efficace.
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Un secteur en pleine tourmente
Le timing des annonces gouvernementales est particulièrement mal perçu dans un contexte de crise durable du secteur. Après plus de deux années de tension sur le marché du bâtiment, les entreprises artisanales traversent une période difficile. « Dans un secteur en récession, ce message est inaudible pour des artisans qui attendent des réponses concrètes », explique Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB.
L’organisation professionnelle dénonce une approche trop directive et insuffisamment concertée avec les professionnels. « Nous partageons l’objectif de décarbonation, mais cette transition doit être progressive, lisible et construite avec les artisans », affirme le président de la CAPEB. « Aujourd’hui, les annonces créent de l’incertitude et un choc pour des entreprises déjà fragilisées ».
Des demandes concrètes pour une transition réaliste
Face à ce qu’elle considère comme un cap trop brutal, la CAPEB formule plusieurs demandes au gouvernement:
- Construire une trajectoire plus progressive et concertée avec les professionnels
- Garantir une stabilité réglementaire indispensable aux investissements
- Mettre en place un plan de soutien à l’activité incluant un dispositif d’urgence pour l’emploi
- Relancer la demande via des mesures ciblées, notamment une baisse provisoire de la TVA sur les travaux de rénovation énergétique à 5,5%
- Repenser une approche globale intégrant rénovation, isolation et solutions hybrides
La CAPEB rappelle que « le marché ne se décrète pas et que sans confiance des ménages et des entreprises, les objectifs resteront théoriques ». Pour l’organisation professionnelle, la priorité doit être la sobriété, avec un parcours de rénovation fondé sur l’isolation avant l’électrification. « Sans visibilité ni confiance, cette transition risque d’aggraver la crise plutôt que de la résoudre », conclut Jean-Christophe Repon.
Le décalage entre les ambitions gouvernementales et la réalité du terrain apparaît ainsi comme le principal obstacle à une transition énergétique réussie. Alors que l’exécutif mise sur une accélération des objectifs de décarbonation, les artisans du bâtiment réclament une approche plus pragmatique, tenant compte des contraintes économiques et sociales d’un secteur en difficulté.


















