La startup nucléaire française Otrera New Energy a annoncé un financement de 17 millions d’euros, mêlant fonds propres et subventions France 2030. Ce tour de table réunit plusieurs industriels de la filière, dont EDF et ADF, pour accélérer le développement d’un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium. L’entreprise prépare également l’implantation d’une usine en Normandie.
Otrera New Energy franchit un cap. La jeune pousse française, fondée pour concevoir un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium (RNR-Na), annonce un financement de 17 millions d’euros. L’opération combine fonds propres et subventions publiques issues du programme France 2030, et rassemble un consortium d’actionnaires industriels : Groupe ADF, Groupe EDF, Fonds Exergon, Ingerop, Fortil Group, Fonds Normandie Participations, Onet Technologies, Groupe REEL et Groupe SNEF.
La levée de fonds propulse le programme dans une phase d’ingénierie avancée et de préparation industrielle. L’ambition affichée par la startup sera de faire émerger une nouvelle génération de réacteurs compacts, compétitifs et conçus pour un déploiement en série. Otrera capitalise sur plusieurs décennies de retour d’expérience français dans la filière sodium, tout en réinterrogeant les fondamentaux du cahier des charges historique pour aboutir à une architecture mieux alignée sur les impératifs contemporains de sûreté, d’industrialisation et de souveraineté énergétique.
Une ingénierie avancée désormais financée
Les fonds sécurisés permettent à Otrera de lancer plusieurs chantiers structurants. L’Avant-Projet Détaillé (APD) peut démarrer, ouvrant la voie à l’approfondissement des études de conception. L’entreprise engage également la démonstration de ses choix technologiques via des moyens d’essais dédiés à leur validation. Dans le même mouvement, les équipes d’ingénierie, de sûreté et d’industrialisation montent en puissance. Enfin, la structuration de la chaîne industrielle s’accélère, avec le lancement des premières études opérationnelles pour le projet d’usine, destiné à préparer l’industrialisation des composants stratégiques.
L’achèvement des études d’avant-projet sommaire et l’entrée en phase APD marquent également un point de bascule. Cette étape permet de consolider les démonstrations de sûreté, de dimensionner les principaux composants et d’anticiper les futures échéances réglementaires et industrielles.
Un écosystème qui prend corps en Normandie
Alors que la filière nucléaire française cherche à se réarmer, Otrera entend contribuer à la reconstruction d’une capacité industrielle nationale dans les technologies avancées. L’entreprise tisse progressivement un réseau d’ingénieries, d’équipementiers et d’acteurs de la supply chain autour de son programme.
L’implantation du futur site industriel en Normandie, à proximité de Cherbourg, illustre cette montée en puissance. L’usine visera, à terme, la fabrication et l’assemblage des composants critiques nécessaires au déploiement en série des futurs réacteurs.
Un tour de table stratégique et une nouvelle échéance
Le consortium d’actionnaires réuni par Otrera témoigne aussi de l’intérêt que la filière nucléaire française porte à sa technologie. Le Groupe ADF, par la voix de son directeur général Stephane Langrand, salue « une solution innovante et pragmatique pour les réacteurs de 4ème génération ». Il précise que les savoir-faire du groupe en conception et fabrication d’équipements chaudronnés, ainsi qu’en accompagnement à l’industrialisation via des lignes d’assemblage automatisées, contribuent à « optimiser le time-to-market de la technologie développée par Otrera ».
Le Groupe EDF, premier producteur d’électricité décarbonée en Europe et acteur historique de la filière sodium française, a pris une participation minoritaire. Bernard Salha, CTO et Directeur R&D d’EDF, indique que le groupe « accompagne les travaux de recherche et développement menés par la société autour des réacteurs rapides refroidis au sodium et suit l’évolution de cette technologie ». Il ajoute qu’EDF « se félicite du dynamisme de l’écosystème français et européen des réacteurs innovants et reste attentif aux avancées susceptibles de contribuer, à long terme, à la souveraineté énergétique et à la décarbonation ».
Fort de ce premier tour de table, Otrera New Energy prépare déjà la suite. L’entreprise annonce son intention de lancer, d’ici la fin de l’année 2026, une nouvelle levée de fonds d’au moins 40 millions d’euros. Ce troisième tour viendra financer la poursuite des études d’ingénierie avancées, la montée en maturité technologique des composants critiques, le renforcement des partenariats industriels et l’accélération du projet d’usine normand.
Source : Otrera
Newsletter Enerzine
Recevez les meilleurs articles
Énergie, environnement, innovation, science : l’essentiel directement dans votre boîte mail.

















