Le gouvernement français a publié une dérogation exceptionnelle permettant la commercialisation d’un gazole dont la résistance au froid est réduite, en réponse aux difficultés d’approvisionnement liées au conflit au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz. La mesure concerne particulièrement les automobilistes circulant en zones montagneuses ou exposées au gel.
Face à des tensions d’approvisionnement croissantes liées à la guerre au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement français avait publié la semaine dernière au Journal officiel une décision autorisant, à titre exceptionnel, la commercialisation d’un gazole ne répondant pas aux normes habituelles de résistance au froid. La dérogation, prise mercredi dernier par la ministre déléguée à l’Énergie, est valable seulement jusqu’au 31 mars.
Une tolérance technique réduite
Concrètement, les distributeurs sont autorisés à vendre un gazole dont la température limite de filtrabilité (TLF) est de 0°C maximum, au lieu des -15°C exigés en temps normal. Les automobilistes circulant dans les zones montagneuses ou exposées à des épisodes de gel tardif sont donc particulièrement concernés par un risque de démarrage difficile ou de filtres bouchés. Les distributeurs ont l’obligation d’informer leurs clients et « assument l’entière responsabilité de tout problème pouvant survenir lors de l’utilisation de ce gazole », précise la décision.
Le gouvernement justifie cette mesure par les « difficultés exceptionnelles d’approvisionnement rencontrées dans le contexte de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz ». Depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, Téhéran a ordonné le blocage de ce passage stratégique par lequel transitaient environ 10% du commerce mondial de diesel. L’Europe est particulièrement vulnérable car avant la guerre, plus de la moitié de la consommation française de diesel était importée, notamment depuis le golfe Persique.
La Chine aggrave la situation mondiale
La suspension par la Chine, dès le 5 mars, de ses exportations de diesel, d’essence et de kérosène a encore aggravé la situation mondiale. En effet, l’Europe importe jusqu’à 40% de son gazole raffiné, principalement via des routes maritimes aujourd’hui fragilisées.
Le prix du gazole en France a connu une hausse rapide, dépassant les 2 euros le litre à la mi-mars. Le gouvernement a par ailleurs demandé aux six raffineries françaises d’augmenter leur production, en particulier celle de la plateforme de Port-Jérôme-sur-Seine, rachetée en 2025 à ExxonMobil par le canadien North Atlantic, qui vise une hausse de 10% de sa production. Les trois raffineries de TotalEnergies tournent déjà à pleine capacité.
Les autres normes techniques du gazole ( indice de cétane, teneur en soufre, propreté ) restent inchangées. Le ministère de l’Économie présente cette dérogation comme une « solution d’urgence » pour éviter les pénuries, alors que le conflit au Moyen-Orient perdure.


















