Une équipe de chercheurs espagnols a annoncé une avancée spectaculaire dans la lutte contre le cancer du pancréas. En administrant une combinaison de trois molécules à des souris, ils sont parvenus à éliminer complètement et durablement les tumeurs, sans observer de résistance au traitement. Leur découverte, publiée début décembre 2025 et largement médiatisée ces derniers jours, suscite un immense espoir pour l’un des cancers les plus agressifs.
Une percée contre la résistance thérapeutique
Le cancer du pancréas, et plus précisément l’adénocarcinome ductal pancréatique, reste un défi thérapeutique majeur en oncologie. Son pronostic est sombre, avec seulement 10 à 20 % des patients diagnostiqués à un stade où la chirurgie est encore possible. L’une des principales raisons de cette difficulté est la capacité de la tumeur à développer rapidement une résistance aux traitements, les rendant inefficaces après quelques mois.
C’est précisément sur ce front que l’équipe du Pr Mariano Barbacid, du Centre National de Recherches Oncologiques (CNIO) en Espagne, a réalisé une percée. Leurs travaux, publiés dans la revue PNAS en décembre 2025, démontrent l’efficacité d’une trithérapie innovante. Le traitement a non seulement provoqué une régression massive des tumeurs, mais il a aussi empêché l’apparition de toute résistance, conduisant à une élimination définitive chez les rongeurs.
Le mécanisme d’une attaque sur trois fronts
L’innovation réside dans l’association ciblée de trois agents agissant de concert sur des mécanismes biologiques distincts et complémentaires de la tumeur. Cette approche multi-cibles semble être la clé pour contourner les stratégies d’évasion du cancer.
1. Cibler le moteur principal : La première molécule, le daraxonrasib, est un inhibiteur du gène KRAS. Une mutation de ce gène est présente dans plus de 90% des cancers du pancréas et agit comme un véritable accélérateur de la croissance tumorale. Bloquer KRAS revient à couper le contact.
2. Empêcher la multiplication : La seconde, l’afatinib, est un médicament déjà approuvé pour certains cancers du poumon. Son rôle est d’empêcher la prolifération incontrôlée des cellules cancéreuses.
3. Détruire les protéines de survie : La troisième composante, le SD36, est un « dégradeur de protéines ». Son action est plus radicale : il détruit spécifiquement certaines protéines essentielles à la survie même de la tumeur.
La combinaison a montré une efficacité remarquable et une toxicité limitée dans les modèles murins. Ainsi, les chercheurs ont observé une « régression significative et durable des tumeurs dans tous les modèles testés« , sans effets secondaires notables. Ces résultats ouvrent une voie totalement nouvelle, passant d’une approche palliative à une perspective d’éradication de la maladie dans ce modèle animal.
Un long chemin vers l’application humaine
Si l’enthousiasme de la communauté scientifique est palpable, les chercheurs et les observateurs rappellent avec prudence la distance qui sépare une réussite chez la souris d’un traitement efficace chez l’homme. Le cancer du pancréas humain est d’une complexité et d’une hétérogénéité bien plus grandes. Le système immunitaire, le microenvironnement de la tumeur et la génétique du patient sont autant de facteurs qui diffèrent.
La prochaine étape indispensable sera donc la mise en place d’essais cliniques de phase I, destinés à évaluer la sécurité et la tolérance de cette trithérapie chez l’humain. Ce processus est long, coûteux et semé d’embûches.
Néanmoins, leur découverte représente une inflexion majeure dans la recherche. Elle valide le concept selon lequel une attaque simultanée et coordonnée sur plusieurs vulnérabilités de la tumeur peut vaincre ses mécanismes de résistance. Elle relance également l’intérêt pour le ciblage du gène KRAS, longtemps considéré comme « incible ».
Un tournant conceptuel
L’annonce de l’équipe du CNIO dépasse le cadre d’une simple avancée expérimentale. Elle marque un tournant conceptuel dans l’approche thérapeutique du cancer du pancréas. En démontrant qu’il est possible d’éliminer la tumeur sans rencontrer de résistance dans un modèle animal, elle prouve que la fatalité associée à ce cancer n’est pas une loi immuable.
Le chemin vers la clinique reste à parcourir, et des années de recherche seront nécessaires pour savoir si ce succès chez la souris pourra se traduire chez les patients. Mais dans le paysage souvent austère de la lutte contre le cancer du pancréas, cette trithérapie apparaît comme une lueur d’espoir particulièrement vive.



















