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Cinq questions à Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez

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Dans la lettre de l’EPE (Entreprises pour l’environnement), le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet a expliqué le positionnement du groupe dans le secteur de l’environnement, ainsi que ses recommandations en matière de politique européenne de l’énergie avant de dire un mot sur la place du gaz dans le mix énergétique.

Comment intégrez-vous l’environnement dans votre stratégie ?

GM : En tant qu’énergéticien, nous avons des enjeux environnementaux multiples : en particulier, émissions de gaz à effet de serre, eau, biodiversité sont des enjeux sur lesquels nous avons des ambitions affirmées, par exemple la réduction de nos émissions spécifiques de 10 % entre 2012 et 2020. Notre réseau de transport gazier est de son côté un atout pour la biodiversité. Enfin, nous investissons intensivement dans les énergies renouvelables, l’hydraulique, la biomasse, l’éolien avec 1200 MW installés en France, le solaire avec des parcs au Chili, au Moyen-Orient,… Le photovoltaïque est maintenant compétitif au sud de la Méditerranée, dans dix ans il le sera partout en Europe. Notre métier est d’anticiper la transition énergétique.

Quelle politique européenne de l’énergie préconisez-vous pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

GM : La politique européenne de l’énergie a échoué sur ses trois objectifs climat, compétitivité et sécurité d’approvisionnement. Du fait du gaz de schiste américain et des bouleversements qu’il a introduits dans les marchés mondiaux des énergies, causant le retour massif au charbon, et malgré les subventions massives qui ont conduit à un développement extrêmement rapide d’énergies renouvelables à l’instar de l’Allemagne qui a financé 70 GW, l’Europe aurait vu croître ses émissions de gaz à effet de serre, s’il n’y avait eu la crise économique. Elles sont d’ailleurs en augmentation dans des pays tels que le Royaume-Uni ou l’Allemagne.

Au sein d’un groupe de douze patrons des plus grands producteurs d’électricité européens, nous formulons trois recommandations :

– Rétablir un marché du CO2, ou plutôt un signal-prix avec une visibilité au-delà de 2020 ; pour cela, le backloading et un objectif réaliste et ambitieux d’émissions pour 2030 – qui pourrait être autour de -40 % – devraient être accompagnés de mesures cohérentes dans les divers pays ;

– Réduire les subventions aux énergies renouvelables matures, et concentrer les aides sur les technologies et les énergies renouvelables du futur : le stockage d’électricité, le captage et stockage du CO2, le « power-to-gas » ;

– Créer un marché de capacité pour financer les centrales électriques qui ne servent que la pointe de consommation – aujourd’hui les centrales au gaz ferment au profit du charbon, source pourtant deux fois plus émettrice.

Nous espérons que ces idées seront retenues par le sommet européen du début 2014, et qu’une politique européenne pourra être construite sur ces bases – mais le risque de balkanisation est significatif. Nous souhaitons que le seul objectif commun affirmé porte sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, laissant aux Etats le choix de leur mix énergétique et des mesures pour atteindre cet objectif. Une telle politique stimulera aussi les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, mais avec une meilleure cohérence et rationalité économique.

Comment voyez-vous la place du gaz dans le mix énergétique ?

GM : Toutes les énergies ont leur place, mais les questions de climat et d’environnement local qui deviennent critiques en Chine ou ailleurs devraient favoriser le gaz. Passer du charbon au gaz réduit les émissions de gaz à effet de serre, d’autres polluants, de particules. GDF SUEZ prône en France le développement du biométhane, avec un objectif possible de 20 % des besoins en 2030, à partir de déchets agricoles, des ordures ménagères ou des boues d’épuration.

Aux USA, le gaz remplace le charbon dans les centrales électriques, mais devient aussi significatif dans les transports : en 2015, un tiers des camions pourraient rouler au gaz naturel liquéfié. Le GNL est aussi une solution pour le transport maritime. Enfin, pour absorber les pointes de production d’électricité des sources renouvelables, nous travaillons sur le « power-to-gas » qui permet de produire de l’hydrogène puis, combiné à du CO2, du méthane. Cette recherche-développement pourrait déboucher au plus tôt dans une dizaine d’années, mais doit être aidée à ce stade. Mais les énergies renouvelables doivent aussi augmenter, et notre objectif est de doubler notre capacité entre 2009 et 2015.

Le marché européen d’efficacité énergétique est pour vous un moteur de croissance. Peut-on l’accélérer ?

GM : Les services à l’efficacité énergétique représentent aujourd’hui pour nous un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros, et emploient près de 80 000 personnes. Nous embauchons dans ce secteur près de 4 000 personnes par an en France ; cette activité compense la baisse de la consommation d’énergie et contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous investissons dans la gestion intelligente de la demande énergétique.

Pour aller plus vite, le « passeport rénovation » pour le parc des bâtiments existants – diagnostic accompagné de préconisations de travaux chiffrées – est une solution. De même, le guichet unique pour les aides publiques est une bonne idée car l’ensemble actuel réparti entre plusieurs dispositifs (ANAH, CEE, PTZ…) est trop complexe.

Ajoutons la mise en œuvre de financements pour réduire l’investissement initial à presque rien pour les particuliers et le secteur public ou l’individualisation des charges de chauffage : notre expérience a montré qu’elle permet d’économiser 15 % de la consommation.

Que pourraient et devraient faire les entreprises pour contribuer au succès d’un accord mondial sur le climat en 2015 ?

GM : L’initiative des 12 CEO européens a montré que l’on peut réunir des profils très différents pour porter un message commun en faveur du climat. Les entreprises ont un rôle important à jouer dans les négociations climat et devraient élaborer et promouvoir des positions communes à travers le Pacte Mondial et le WBCSD.


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    3 Commentaires sur "Cinq questions à Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez"

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    Jp du carladez
    Invité

    Si 12 boss du secteur le disent… Pas besoin d’en rajouter.

    Guydegif(91)
    Invité

    Qqs iDs et propositions constructives et Bonnes pour la Planète dans cette prise de psoition de G.Mestrallet. YA+KA faire aboutir et concrétiser ! A+ Salutations Guydegif(91)

    Hilva
    Invité

    D’accord aved Guydegif tout ce qui est proposé ici relève du bon sens et de la saine politique économique. Espérons que pour une fois nos fonctionnaires écouterons les professionnels de l’énergie plutôt que de continuer à arroser sans discernement d’argent public les rentiers de la CSPE.

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