Première unité de méthanisation à la ferme portée par une SEM locale

C’est au cœur des Vosges, à Ban-de-Laveline que se construit la 1ère unité de méthanisation portée par une SEM Locale (Société d’Économie Mixte) créée spécifiquement pour la production d’énergie à partir de biogaz.

À l’origine de ce projet, Frédéric et Willy Pierron. Ces deux frères agriculteurs conscients de l’enjeu territorial d’un tel projet, décidèrent dès 2009 de se rapprocher de la Communauté de communes du Val de Galilée. De ce rapprochement est née la SEML Methaval.

La création d’une telle structure voulait d’une part démontrer la volonté d’entreprendre d’acteurs d’horizons différents : collectivité, agriculteur, riverains. Et d’autre part, leur capacité à mettre en commun leurs forces afin de développer des activités économiques nouvelles, durables et respectueuses de l’environnement.

Cette union d’agriculteurs et d’élus motivés autour d’un projet en tous points exemplaire aurait dû faire la force du projet. Ils ne réussirent pas cependant à obtenir un accord de financement des banques consultées. Faute de trouver les financements, tout est alors bloqué. En mai dernier, l’alliance des compétences d’un expert technique, Methaval, et d’un expert financier, UNICA CONSEIL, permet finalement de convaincre les banques en moins de deux mois. Dès lors, la SEML Methaval peut lancer les travaux. L’unité sera opérationnelle en décembre 2013.

Un projet vertueux mais pas seulement

Soutenue par un plan gouvernemental dont l’ambitieux objectif est d’atteindre 1.000 unités en France d’ici 2020, la méthanisation agricole consiste à laisser se dégrader en milieu clos la matière organique (fumiers, lisiers, déchets végétaux…) afin de produire un mélange gazeux, le "biogaz", transformé ensuite en électricité et chaleur. Le reste de la matière, le "digestat", est riche en fertilisants (engrais) et en matières carbonées stables (formant l’humus dans le sol).

Methaval a été de suite intégré dans les projets éligibles de l’ADEME. Car ici seuls les déchets verts bruts de deux déchetteries voisines, les déchets alimentaires et les déjections d’élevages bovins et équins de 7 fermes alentours dont 4 bio, seront traités. L’électricité produite sera vendue à EDF et injectée dans le réseau.

La chaleur quant à elle sera valorisée à 100%. En été, les fourrages seront mis dans un séchoir ; les agriculteurs de montagne pourront alors récolter un herbage plus riche en protéine et de ce fait réduire les achats d’aliments pour leurs bêtes. En hiver, 20 habitations riveraines de l’unité seront chauffées et fournies en eau chaude sanitaire. Étant auparavant chauffées au fuel, une énergie renouvelable remplace ainsi une énergie fossile. Pour ces habitants, le gain financier est évalué à 30% sur leur facture actuelle, sans risque et sans investissement de départ. 2 ans de discussions avec les habitants auront été nécessaires pour les convaincre du bien-fondé du projet. La réussite de ce projet tient dans la réflexion conduite très en amont pour valoriser la chaleur produite.

Un procédé par voie sèche discontinue

La nature des déchets organiques qui seront traités (6 370 t/an de fumier et déchets verts) a orienté très tôt l’équipe projet vers la technologie dite de voie sèche discontinue. Celle-ci a l’avantage de nécessiter moins d’eau ou de matières liquides que la technologie classique en infiniment mélangé. Dès lors, le digestat est également plus sec et structuré, un net avantage en moyenne montagne où l’épandage de matières liquides est interdit en zone de fortes pentes. La voie sèche discontinue permet également de réduire les charges d’exploitation (peu de matériel sophistiqué, moins de charge d’entretien, consommation électrique faible…).

Un projet créateur d’emplois

La Communauté de communes du Val de Galilée étudie actuellement la création d’un ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) adossé à cette nouvelle unité de méthanisation. L’objet est de fabriquer des panneaux isolants en chaux et chanvre que le séchoir pourra sécher à moindre coût.

En parallèle, une activité de culture de spiruline, algue microscopique commercialisée comme complément alimentaire, est envisagée. En effet, la spiruline nécessite pour son développement une eau légèrement chauffée ; l’unité de méthanisation pourrait alors fournir cet apport calorifique.

Pour ces deux projets, la Communauté de communes du Val de Galilée prévoit de créer une vingtaine d’emplois locaux. Enfin à court terme, 10 habitations supplémentaires pourraient être raccordées au réseau de chaleur.

Un projet soutenu localement

En septembre 2012, la SEML Methaval et Methaneva, maître d’œuvre du projet, responsable de la conduite du chantier et du démarrage de l’unité, établissent le budget de l’unité de méthanisation à 1,58 M€. Dès lors, la cohérence du dossier (matières locales sans cultures énergétiques, valorisation de la chaleur par réseau urbain et séchage en grange) leur permet d’obtenir les subventions de l’ADEME (216 k€), la Région Lorraine (100 k€), le Commissariat au Haut-Massif des Vosges (50 k€) et les fonds Leader (50 k€). A ces subventions, s’ajoutent 117 k€ des actionnaires de la SEML.

Restait donc à trouver 1,1 ME. Peu habituées à avoir une SEML face à eux, les banques hésitent. Finalement, l’arrivée d’un expert en financement de projets répondant aux enjeux énergétiques et environnementaux, UNICA CONSEIL, permet de débloquer la situation en moins de deux mois.

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7 Commentaires sur "Première unité de méthanisation à la ferme portée par une SEM locale"

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Bruno lalouette
Invité
Le biogaz est une bonne chose, stupide d’en faire de l’électricité, surtout en zone de moyenne montagne qui peut accueillir de petits barrages à turbines ichtyophiles. L’interdiction d’alimenter le dispositif avec des cultures énergétiques est tout aussi stupide, surtout si c’est de la luzerne, plante méllifère qui peut tout aussi bien nourrir le bétail… Par ailleurs, une plante est forcément énergétique, et l’estomac d’une vache n’est rien d’autre qu’un digesteur qui dégaze du méthane à interval régulier. Produire des vaches en batteries, nourris avec du maïs et du soja transgéniques, plus des engrais chimiques, plus la consommation d’eau, pour ensuite… Lire plus »
Jfk
Invité

Il ne vous reste plus qu’à convaincre le consommateur d’arrêter de consommer le lait et la viande produite par ces élevages. Si il suffisait de grande théorie pour règler les problème environnementaux, ils le seraient depuis longtemps. Les rivières sont redevenus propres tant qu’on n’y cherche pas les polluants qui les infestent, sinon les saumons reviendraient d’eux même, avec un peu de temps la nature reprende ses droits. Je crois que je préfère encore un écolo responsable, qu’un excentrique de quelque bord que ce soit.

Sicetaitsimple
Invité

Tel que présentée, voilà une unité de méthanisation “correcte”, qui n’utilise en grande majorité que des déchets. Si il faut y coller de temps en temps un peu de fourrage ( et pourquoi pas de la luzerne pour faire plaisir à B. Lalouette), ce ne sera pas un drame.

Guydegif(91)
Invité
Très Belle initiative! Joli projet ! avec plein d’aspects judicieux intégrés, dont la réflexion sur des INTRANTS méthanogènes judicieux, le PROCESS en pensant à l’aspect épandage (forte teneur MS, car pentes, et sans passer par un évapo-concentrateur cher), les débouchés CHALEUR issue du Moteur-Co-générateur, séchage fourrage, chauffage bâtiments, mais AUSSI spiruline! Très Bien ! Ce descriptif fait PLAISIR ! Bravo! à tous les initiateurs et acteurs, dont la SEM, méthaval, etc… Il est omis de parler de la puissance du moteur-alternateur, qui pourrait être de l’ordre de 200 kW(?) par estimation. En tout cas, ce projet vosgien mérite d’être souligné.… Lire plus »
Tech
Invité

je sais que l’eau et le gaz ne font pas bon ménage ;o), mais pourquoi ne pas avoir ajouté des tuyaux de gaz aux tuyaux d’eau chaude? ainsi le gaz pourrait servir directement à la cuisine ou au complément de chauffe des 20 habitations reliées à l’unité. ou GPLisé pour les tracteurs des 7 fermes?

Sicetaitsimple
Invité

Parce que le biogaz sortie méthaniseur ça peut après lavage relativement simple alimenter un moteur, mais que ça ne peut pas alimenter des cuisinières (je vous parle d’un contexte réglementaire européen bien évidemment, en Inde par exemple c’est forcément différent).

Tech
Invité

Merci 6CT de me rappeler les délice de l’afnor and co c’est vrai qiue j’avais vu fonctionnner de très petites unités à la bouse de yack qui alimentaient des cuisinières, et j’ai pensé donc à tort que cela était possible en europe. il faut donc changer la norme ;o) ça ne devrait pas prendre plus de 10 ans ;o))

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