Secteur énergétique : l’après crise en boomerang ?

Selon une étude annuelle** publiée par Capgemini concernant les marchés de l’énergie en Europe, la crise a provoqué une baisse mondiale historique de la consommation d’électricité et de gaz, attendue à hauteur respectivement de -3,5% et -3% pour 2009.

Les Utilities – ainsi mises sous pression – ont été contraintes d’appliquer un certain nombre de mesures. A court terme, elles différent – ou même annulent – leurs investissements prévus dans des projets d’infrastructures, pourtant nécessaires, et procèdent à des cessions d’actifs ; A plus long terme, les Utilities devront faire évoluer leur modèle économique.

L’étude indique également que même si l’Union européenne est la seule région dotée d’une politique claire de lutte contre le changement climatique, davantage d’efforts sont nécessaires pour atteindre les objectifs « 3×20% » du paquet Energie-Climat.

Selon l’Observatoire Européen des Marchés de l’Energie, ces tendances de fond vont inciter les Utilities à revoir leurs approches des marchés de l’énergie. Plusieurs grandes Utilities qui ont récemment effectué des acquisitions transfrontalières ont vu fondre leurs « trésors de guerre ».

De plus, la baisse des prix et de la consommation (environ 5% pour l’électricité et 9% pour le gaz sur le premier semestre 2009 dans les principaux pays européens) a grevé leur chiffre d’affaires. C’est pourquoi plusieurs analystes ont abaissé leurs notations liées à la perception d’un risque financier afférent au secteur.

L’analyse de Société Générale Global Research and Strategy (qui a participé à la rédaction du chapitre de l’Observatoire intitulé « Finance and Valuation of Utilities companies ») fait ainsi ressortir une dette cumulée des 10 principales Utilities de 213 milliards d’euros en 2008, en augmentation de 113% depuis 2006.

L’Etude préconise à moyen terme une adaptation de la part des Utilities face aux changements de la réglementation européenne et notamment au paquet Energie-Climat. Elles doivent s’efforcer de construire des moyens de production d’électricité qui n’émettent pas de CO2 (comme les énergies renouvelables  et l’énergie nucléaire), mais aussi d’agir sur la maîtrise de la consommation d’énergie en utilisant au mieux les nouvelles technologies telles que les compteurs intelligents ou les réseaux  intelligents.

L’installation  des compteurs intelligents dans le secteur tertiaire et chez les particuliers permettra de réduire la consommation d’électricité et de diminuer les pointes de demande, d’améliorer la gestion du réseau et de créer une nouvelle relation avec les clients.

Les Utilities doivent également  établir une stratégie pour la mise en œuvre des réseaux intelligents ; ceux-ci permettent au réseau électrique (notamment  de distribution) de gérer la production d’électricité centralisée comme la production décentralisée. Ils permettent aussi d’intégrer des productions intermittentes (comme les énergies renouvelables) et de gérer des flux bidirectionnels (les consommateurs pouvant devenir des producteurs occasionnels), des programmes d’effacement de la consommation d’électricité et d’opérer le réseau davantage en temps réel.


Après la crise,
la consommation d’électricité devrait croître à nouveau mais de façon plus modérée en raison des réglementations relatives aux économies d’énergie et des changements de comportement des consommateurs.

Prenant en compte ces facteurs, l’Union pour la Coordination du Transport de l’Electricité (UCTE) a révisé à la baisse ses prévisions en matière de nouvelles capacités de production (de 50 000 MW à 20 000 MW) nécessaires pour maintenir la sécurité d’approvisionnement à l’horizon 2020. Cette estimation repose sur deux postulats : que les investissements planifiés aujourd’hui ne seront pas annulés et que, après la crise, les investissements repartiront. Aucune de ces deux hypothèses n’est cependant confirmée à ce jour.

Pour Colette Lewiner, Directeur International du secteur Energie, Utilities et Chimie chez Capgemini : « L’électricité et le gaz sont des industries lourdes où les investissements se planifient à long terme. Il faut par exemple continuer d’investir dans les infrastructures gazières – terminaux méthaniers, stockages de gaz et gazoducs – ainsi que dans l’exploration-production en mer du Nord et dans l’Arctique mais également dans le gaz non conventionnel pour assurer la sécurité d’approvisionnement. Ces projets doivent être poursuivis durant la crise, sinon les problèmes d’avant crise risquent d’être exacerbés lors du retour à la croissance. »

Lors de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Copenhague en décembre 2009, l’Europe sera probablement la seule région parmi les pays industrialisés à avoir établi des objectifs clairs de réduction des émissions de CO2 ainsi qu’un système de limitation et d’échange des droits d’émission.

Cependant, selon l’Observatoire, même si les émissions de CO2 diminuent en 2008 et 2009, ces baisses sont surtout liées à la crise économique et non à des changements structurels. Il est par exemple inquiétant de constater que les trois quarts des centrales de production d’électricité en construction fonctionneront avec des combustibles fossiles et donc émettront du CO2. Les plans engagés ne semblent donc pas suffisants. Il faut lancer de nouvelles actions sur l’efficacité énergétique, sur le mix énergétique – en construisant plus de centrales n’émettant pas de CO2 – et sur le développement de technologies compétitives de Capture et Stockage du CO2 (CSC).


** Onzième étude sur l’Observatoire Européen des Marchés de l’Energie (OEME), avec la collaboration de Société Générale Global Research and Strategy, CMS Bureau Francis Lefebvre et VaasaETT.

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2 Commentaires sur "Secteur énergétique : l’après crise en boomerang ?"

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irisyak
Invité

Il n’est pas possible de faire l’impasse sur le stockage de masse. M. Lempérière s’y est attelé; c’est le moment venu de développer les atolls artificiels.

bmd
Invité

Un aspect des projets de Monsieur Lampérière dont on parle peu: Les atolls  feront perdre, comme le font actuellement les STEP, perdre environ 25 % de l’énergie produite. Un surinvestissement en centrales sera donc nécessaire pour faire face à la consommation. Ce coût sera à ajouter aux sommes pharaoniques dépensées pour la construction des atolls.

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